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Arvydas Sabonis Vs Marc Gasol

Arvydas Sabonis Vs Marc Gasol

 

Duel de génération compare une star actuelle avec son alter-ego du passé. Place aujourd'hui à Marc Gasol et Arvydas Sabonis, deux big men européens dont la technique et l'intelligence de jeu n'ont pas beaucoup d'équivalents en FIBA comme en NBA.

Fraîchement élu joueur de la semaine en NBA, Marc Gasol est considéré actuellement comme le pivot le plus complet de la Ligue et porte à bout de bras sa franchise de Memphis. Face au grizzly du Tennessee représenté par David, un autre monument du basket européen, le géant Arvydas Sabonis, icône vivante de la Lituanie qui sera défendu par Sylvain.

 

  • Round 1 : Apport Offensif

 

Sylvain : A seulement 20 ans, le rookie Domantas Sabonis fait ses premiers pas en NBA avec le Thunder cette saison. Un privilège que n'a pas eu son père, Arvydas. Né dans les années 60 à Kaunas, le paternel se coltine la Guerre Froide, une période où les talents nationaux ne s'exportent pas. Pour ne rien arranger, la Lituanie est à cette époque sous le joug russe. Fervent patriote et activiste de l'indépendance lituanienne, Sabonis choisit le sport pour lutter. A 17 ans, il intègre le club du Zalgiris Kaunas, la fierté locale. Son but mettre fin à l'hégémonie du CSKA Moscou, l'équipe porte-drapeau de l'Armée Rouge.

En enchaînant 5 saisons à plus de 20 points de moyenne (avec une pointe à 28.9 unités en 1985), le Zalgiris va remporter trois fois le championnat russe. Ces victoires vont permettre à Sabas de voyager et de montrer son talent à l'élite européenne. Kaunas apparaît sur la scène du Vieux Continent et se qualifie pour deux finales consécutives en 1985 et 1986. Malgré ses 27 points, Arvydas s'incline en 1986 face au Cibona Zagreb, de l'autre légende continentale, Drazen Petrovic, puis se rompt le tendon d'achille une première fois la saison suivante.

 

Parallèlement à son parcours en club, Sabonis participe à toutes les compétitions internationales avec la Russie, un autre moyen de se montrer à l'échelon planétaire. A 18 ans, il devient champion du monde en battant les USA puis il continue sa moisson avec un titre de champion d'Europe en 1985 et l'or olympique en 1988. Il profite de ces campagnes pour participer à une tournée aux Etats-Unis. L'Oncle Sam va découvrir le Tsar Sabas au top de sa condition physique. Plus svelte et rapide, il surclasse Ralph Sampson et tient la dragée haute à David Robinson. Le coach légendaire d'Indiana Bob Knight admettra que Sabonis est le meilleur joueur non américain qu'il ait jamais vu. En 1988, il se rompt une seconde fois le tendon d'achille, les autorités russes l'autorise à se soigner à Portland, la franchise qui l'a drafté deux ans auparavant. Mais, le grand saut pour les States n'est pas pour tout de suite.

Sabas signe en Espagne au CB Valladolid et sort le club castillan de l'anonymat en passant de la 17eme à la 4ème place. Ses 27.8 points en moyenne en 1991 permettent à l'équipe de tenir tête à Barcelone en championnat et de participer à la défunte Coupe Korac. Après trois saisons gargantuesques, il signe un gros contrat chez l'ennemi d'en face, le Real Madrid. Sous l'impulsion du géant balte, le club rafle tous les trophées nationaux et continentaux. Arvydas boucle deux saisons à plus de 28 points de moyenne. Il a 30 ans et règne sur l'Europe.

 

Il est temps pour lui de se jeter un dernier défi : la conquête de l'Ouest. Les relations diplomatiques entre les deux blocs étant moins tendues en 1995, Arvydas honore, enfin, la draft des Blazers neuf ans plus tôt. Le gaillard a vaincu le Vieux Continent, non sans en avoir payer le tribut. Il débarque dans l'Oregon perclus d'arthrite, les genoux et les pieds en bouillie. Qu'importe, même diminué, le talent du pivot éclabousse la Ligue dès ses débuts : en 23 minutes, Sabas tourne à 14.5 points. La NBA découvre un intérieur rookie de 31 ans dont la technique n'a pas beaucoup d'équivalent. Devenu titulaire, il réalise sa meilleure production en 1998 : 16 points, 10 rebonds et 3 passes. Hélas pour lui, à cette époque, Portland fait plus de bruit dans les cellules de dégrisement que sur le parquet. Les Jail Blazers sévissent pendant plusieurs saisons en défrayant régulièrement la chronique. Malgré son corps meurtri et les vagues dans le vestiaire, Arvydas reste stoïque. Son but, décrocher le seul butin qui manque à son palmarès : la bague NBA.

En 2000, aidé par les vétérans Scottie Pippen et Detlef Schrempf, Sabas parvient enfin à la Finale de l'Ouest. Héroïque contre le Jazz de Karl Malone en demi-finale, le lituanien retrouve sur sa route un autre mastodonte, Shaquille O'Neal. Arvydas sait qu'il s'agit de son dernier combat, au terme d'une série tendue et indécise, Portland pousse les Californiens à un Game 7 d'anthologie qui s'achevera par un alley oop du Shaq sur la tête du pauvre Sabonis. L.A. triomphe et Sabas a la tête basse. Il rentre au bercail rincé, n'ayant montré qu'une petite partie du potentiel de ses débuts. Il finit sa carrière par deux saisons supplémentaires chez lui à Kaunas et raccroche définitivement ses baskets à 40 ans.

 

David : Quand Pau Gasol a débarqué à Memphis, Marc en a profité pour le suivre et squatter l'appart de son frangin. Il en profite également pour faire deux saisons au lycée de Lausanne Collegiate School. Marc découvre le jeu américain, mieux que ça, il s'y intègre parfaitement. Il retourne pourtant en Espagne après avoir été élu Mr Basket 2003. Il rejoint Barcelone, l'ancien club de Pau. Malheureusement, le Barça ne donne pas de passe-droit à Marc malgré son nom. Il empoche des titres... mais sur le banc. La situation ne lui plait pas et Gasol décide de changer de club. En 2008, il gagne l'Eurocup avec Girona et devient MVP du championnat d'Espagne... Barcelone doit encore regretter de ne pas lui avoir donné sa chance.

 

Depuis 2007, c'était les Lakers qui détenaient les droits de Marc Gasol après qu'ils l'aient drafté. A l'époque, L.A tente de retrouver les sommets avec Kobe Bryant, Lamar Odom et un Andrew Bynum en pleine bourre. Mais leur élan se stoppe net après la blessure de ce dernier. Il faut un nouvel intérieur chez les pourpres et ors qui réagissent parfaitement. Ils envoient les droit de Marc à Memphis avec Javaris Crittenton, Kwame Brown et autres Aaron Mckie. Les fans ne connaissent pas Marc et font de ce transfert un scandale... quelques années, on sait que les deux équipes ont gagné au change. L.A a obtenu deux titres, Memphis a trouvé un nouveau Franchise Player.... Pau serait parti tôt ou tard tant il voulait un titre. 


Moins mobile, moins technique que le grand frère, mais plus grand, plus puissant et bien meilleur défenseur, les Grizzlies adoptent très vite Marc. L'Espagnol de 2m16 joue pivot à Memphis, un poste qu'il n'a pas lâché depuis son arrivée en NBA. Le géant venu d'Espagne en est aujourd'hui au début de sa 9ème saison dans la ligue, il tourne à 14.5pts à 50% de réussite en plus de ses 7.7rbds, 3.1pds, 0.9ints et 1.5ctrs de moyennes. Marc a été All-Star, Defensive Player Of The Year et a fermé la bouche de tous ceux qui avaient critiqué son transfert. 

Avec l'équipe nationale d'Espagne et Pau, Marc a aussi brillé en international. Double champion d'Europe, champion du monde et deux fois médaillé d'argent derrière Team U.S.A, l'Espagne doit énormément aux deux Frangins Gasol. 

 

Résultats : 1-0 pour Sabonis. Le Lituanien est meilleur attaquant que ne l'est Marc, pourtant loin d'être un manche. Sabonis a bien entendu moins marqué en NBA... mais il y est arrivé à l'âge où Gasol entame sa neuvième saison. 

 

  • Round 2 : Polyvalence et Leadership

 

Sylvain : Si Sabonis est un scoreur prolifique dès son arrivée dans le grand bain européen, son emprise défensive ne peut être sous-estimée. Dans la peinture, Sabas est un roc de 132 kg, une montagne russe qu'il faut contourner pour arriver à l'arceau. Gros gobeur de rebonds en FIBA, Arvydas a compensé son manque de mobilité en NBA du fait de ses blessures, par une science du placement. En 1998, il termine à 10 prises par match et monte même à plus de 12 rebonds sur 36 minutes. Le talent du géant ne s'arrête pas là. Le pivot est également le moteur du collectif grâce à des passes rarement vues chez un big man. Ancré au poste, il distribue et aiguille le jeu avec une aisance naturelle.

Côté leadership, Sabonis est le porte-drapeau de toute la nation lituanienne dans les années 90 et 2000. Le premier basketteur de ce jeune pays à exporter son talent sur toute la planète. Sabas a réussi à placer ce minuscule bout de terre balte sur l'échiquier de la balle orange.
 

 

David : On résume souvent les frères Gasol comme si Pau était le spécialiste de l'attaque et Marc celui de la défense. Pourtant, le petit frère est performant dans les deux domaines. Il n'a plus rien à prouver en défense après neufs saisons dans la ligue mais s'il laisse Zach Randolph attaquer, Marc est pourtant une valeur sûre de ce côté du terrain également. Moins technique que Pau, Marc est plus old school mais diablement efficace. Il attend la saison 2014-2015 pour dépasser les 15pts de moyennes et monte tout doucement jusqu'à frôler les 20pts (19.8 cette saison à l'heure où sont écrites ces lignes). Avec 50% de réussite en carrière, on sait que donner la balle à Gasol dans la peinture, c'est toujours un bon choix. 

 

Marc et Zach, qui score désormais moins que le pivot, n'ont jamais fait une campagne à plus de 15 matchs en playoffs. Malgré un effectif intéressant avec Mike Conley, Chandler Parsons et le vieux Vince Carter, Memphis n'est pas un challenger pour le titre, la concurrence est tellement forte derrière les Clippers, Spurs et Warriors. Tout ça n'empêche pas Marc d'être un grand leader des deux côtés du terrain. 

 

Résultats : 2-0 pour Sabonis. L'ancien Blazer est aussi polyvalent que ne l'est Gasol. En terme de Leadership, ce dernier a souvent partagé le rôle du patron. Avec Zach Randolph à Memphis ou son frère avec l'Espagne par exemple. Sabonis est le leader d'une nation qui a su faire chuter les Etats-Unis !

 

  • Round 3 : La technique

 

Sylvain : A son prime, le colosse balte est injouable à son poste. Sabonis allie la puissance et la technique, une main de fer dans un gant de velours. Dominant sous les panneaux, le géant peut gober des rebonds et envoyer un touchdown en contre-attaque, d'un simple revers de la main. Son cursus au sein du formidable filon lituanien lui a inculqué une maîtrise parfaite des fondamentaux dans la raquette, associé à un Q.I. basket sur-développé. Avec le ballon au poste, Sabonis peut tout aussi bien finir l'action par un sky hook que trouver un coéquipier démarqué en cas de prise à deux. Sa lecture du jeu poste bas est phénoménale : du haut de ses 2m20, Sabas distribue les passes aveugles ou en back door comme un véritable meneur. Une vista qui a bluffé tous les observateurs Outre-Atlantique et lui a valu des highlights dans les Top 10 de l'époque.

Grâce à son toucher exceptionnel, Arvydas s'est décalé loin du cercle, au fur et à mesure de sa carrière. Capable de dégainer derrière l'arc, le lituanien tourne à près de 38% à 3 points à son arrivée en NBA. Un anachronisme début 2000, mais un précurseur des pivots massifs adroits de loin comme Marc Gasol ou Brook Lopez.

 

David : Un grand avec de bonnes mains, c'est l'une des choses que veulent tous les coachs. Malgré son apparence et son style de jeu brutal ; Marc est un un exemple de technicité. C'est un pur produit issu de style FIBA avec un énorme QI basket. Marc fait généralement les bons choix et, comme son frère, il est plutôt bon passeur pour un intérieur. 

Ses mouvements s'améliorent chaque année en attaque où il devient de plus en plus performant. Avec près de 20pts de moyenne cette année, Marc passe un cap et va devenir un leader offensif comme il l'est déjà défensivement.

 

Résultats : 2-1, Le point revient à Marc dans ce round. Gasol s'améliore de jours en jours et devient une force en attaque comme l'était Sabonis, en défense, il est encore meilleur techniquement que ne l'était son aîné. 

 

  • Round 4 : Impact sur le basket et vie extra-sportive

 

Sylvain : Le petit bout de carrière NBA de Sabonis est à l'origine d'un des plus grands "What if" de l'Histoire. La Grande Ligue n'a vu que la partie émergée du talent de Sabas. Amoindri par de nombreuses blessures, il n'a qu'effleuré du doigt la finale NBA. Que ce serait-il passé si le géant avait débarqué dans l'Oregon à son prime ? Le rythme effréné des saisons aurait sans doute eu raison de sa santé, mais son impact aurait certainement été décuplé au point de rejoindre le cercle des Patrick Ewing ou Hakeem Olajuwon. Un mystère qui fait désormais partie de sa légende.

Car du côté européen, Arvydas incarne l'excellence basketballistique. Militant de l'indépendance lituanienne, il est l'une des personnalités les plus écoutées dans son pays et a pris logiquement la présidence de la Fédération de Basket en 2011. Une légende vivante sur les bords de la Mer Baltique qui a écrit les plus beaux chapitres du sport de cette nation sur le terrain et en dehors. Après la médaille de bronze obtenue aux J.O. de Barcelone, il se raconte que Sabas aurait enquillé les bras de fer avec différents athlètes contre des shots de vodka. Une biture énorme pour fêter cette victoire sur l'Histoire qui l'a même empêcher d'être présent le lendemain sur le podium.

 

David : Vous le verrez en lisant notre série de duels familiaux (voir plus-bas), il est difficile de trouver une famille avec deux joueurs NBA qui se valent. Robin n'a jamais eu le niveau de Brook Lopez, Kobe Bryant et Stephen Curry ont pulvérisé les carrières de leurs pères, etc, etc. Chez les Gasol, les deux frangins ont été Franchise Player avec des statistiques énormes. Marc et Pau se partagent la plupart des records de Memphis et seuls les deux titres de Pau font de lui le vainqueur de ce duel fraternel.

Marc aura bientôt 32 ans, il risque de quitter la ligue sans bague mais peut aussi rebondir dans une autre équipe comme l'a fait Pau... à moins que Marc ne réussisse à amener le titre chez les Grizzlies, chose que son frère n'est pas parvenu à réaliser. Après tout, on n'était pas tous unanimes à l'idée que LeBron James fassent de Cleveland le champion NBA, tout parait faisable à présent.

Marc Gasol est en tout cas le héros d'une belle histoire, celle d'un joueur qui a su briller en Europe et aux Etats-Unis et ce malgré le lourd fardeau d'être le frère de Pau Gasol. Marc joue avec la pression depuis ses débuts en NBA et même avant à Barcelone, il a toujours dû prouver qu'il était aussi bankable que son frère et il y est d'ailleurs parvenu à chaque fois. 

 

Résultats : 3-2, égalité sur ce round, impossible de départager les deux joueurs. Gasol et Sabonis ont tous les deux eu un impact énorme partout où ils sont passés. Marc a une chance d'égaliser sur le dernier round de ce duel de génération. 

 

 

  • Round 5 : Distinctions personnelles

 

Sylvain : A l’échelon européen, Sabonis possède le palmarès le plus fourni de tous les temps : 3 titres de championnat russe, 2 titres du championnat espagnol, un trophée d’EuroLeague. Des titres de MVP comme s’il en pleuvait : MVP du championnat d’Europe 1985, MVP du Final Four en 1995 puis de l’EuroLeague en 2004, MVP du Lega All Star Game en 1992, 2 fois MVP de la ligue espagnole. Malgré son apparition tardive en NBA, il est élu dans la All-Rookie First Team en 1996.

Sur le plan collectif, c'est encore plus impressionnant. Arvydas a remporté avec l'armada russe tout ce qui est humainement possible : championnat du monde, championnat d'Europe et Jeux Olympiques. Toutefois, c'est certainement sa médaille de bronze acquise lors des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 qui reste son plus grand souvenir de basketteur. Enfin indépendante, la Lituanie participe à sa première compétition sur la scène internationale. Loin de la surmédiatisation de la Dream TeamSabas savoure cette victoire diplomatique en décrochant la première médaille de la jeune nation.

 

David : Le titre NBA semble encore loin mais Marc Gasol a déjà une belle collection avec l'Espagne et sa carrière en Europe. Il a déjà cumulé 7 médailles avec la Roja toutes compétitions confondues. En Espagne, il a gagné la Supercoupe, le championnat et l'Eurocup.

Individuellement, Marc n'est pas en reste non plus ; MVP de la Liga en 2008, DPOY en 2013 et plusieurs fois dans les teams All-NBA.

Malheureusement pour Marc, le round qui lui aurait permis d'égaliser dans ce duel est le point fort de Sabonis.

 

 

Résultats : 4-2... Sabonis envoie Gasol au tapis dans ce duel. Le palmarès du géant de 2m21 est juste aussi colossal que lui. Marc Gasol a encore quelques années pour décrocher le titres NBA que Sabonis n'a pas eu. Avec ce précieux trophée, l'envie nous prendrait de donner le point à Gasol dans ce round si le duel était à refaire. 

 

Article rédigé par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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