Tim Hardaway Vs Kyrie Irving

Duel de génération compare une star actuelle avec son alter-ego du passé. Certains naissent avec un ballon dans les mains, c'est le cas des deux dribbleurs d'exception de cette semaine. Tim Hardaway, représenté par Sylvain, va essayer de donner le tournis au talentueux manieur de balles des Cavs, Kyrie Irving, défendu par David.

L'excellent parcours de Cleveland en playoffs n'est pas dû au seul LeBron James. Cette campagne marque le retour au premier plan de Kyrie Irving. Meneur de génie et pourfendeur de défense, le Cavalier ne devra pas ménager sa monture pour doubler au poteau, le légendaire Tim Hardaway. De la côte Ouest à la côte Est, ce dernier a brisé les chevilles de ses adversaires par ses dribbles dévastateurs. Passons à la loupe, le cv de ces deux candidats dignes des Harlem Globe Trotters.

 

  • Round 1 : Apport offensif


David : Malgré une courte carrière en NCAA à Duke (une seule saison tronquée par les blessures), Kyrie Irving se présente à la draft 2011 avec une solide réputation. Il est drafté en première position par les Cavaliers qui cherchent un remplaçant à l'enfant du pays, LeBron James, parti à Miami. Kyrie ne fait pas le timide et encaisse bien la pression de suppléer le King. Le meneur scoreur finit son année rookie avec 18.5pts et 5.4pds de moyenne. Il est logiquement sacré ROY malgré une belle concurrence (Kawhi Leonard, Klay Thompson, Kenneth Faried entre autres). Malgré le départ de LBJ, Kyrie permet donc à Cleveland de rester une équipe de playoffs... sans pour autant disputer sérieusement le titre. Pourtant, lors de son année sophomore, Irving monte encore en puissance en multipliant les gros scores et en se faisant sélectionné au All-Star Game ainsi qu'avec sa victoire au concours à 3pts... contre Paul George et tiens, Stephen Curry !
La nouvelle star des Cavaliers continue alors son chemin, nouvelle sélection au All-Star Game, une victoire au Championnat du monde avec Team USA et bien entendu, une re-signature au montant maximal avec les Cavs (90M$ sur cinq ans).
En 2014, le Staff des Cavaliers donne à Kyrie les moyens de disputer le titre. Outre le grand retour de LeBron qui a glané deux titres avec le Heat, c'est Kevin Love qui débarque dans l'Ohio. Les moyennes d'Irving ne changent pourtant pas, il reste à environ 20pts et 5pds de moyenne bien qu'il doive maintenant partager la gonfle. Cette première saison du Big Three des Cavaliers se finit comme on le sait, par une blessure en finale de conférence pour Kyrie et une élimination en finale NBA. Cette année, Irving n'a disputé que 53 matchs en saison régulière pour des moyennes toujours bonnes de 19.6pts et 4.7pds, il explose pendant les playoffs actuels avec 23.8pts !

 

Sylvain : Quand on ne mesure que 1m82 et que l'on ambitionne de jouer en NBA, mieux vaut avoir quelques atouts en poche. Ça, Tim Hardaway l'a bien compris. Dès son plus jeune âge, il imite son père Donald Hardaway, une légende des playgrounds de Chicago. Il peaufine son art du dribble qui va devenir son arme de prédilection. Lors de son année senior à l'Université de Texas El Paso, ses statistiques décollent (22 points et 5,4 passes). Malgré cela, beaucoup de franchises se montrent frileuses pour miser sur un meneur de poche. Golden State tente le pari en le draftant à la 14ème position et lui attribue directement les clés de l'équipe.
Timmy va s'imposer vitesse grand V au sein de l'attaque la plus prolifique de la Ligue. Le run and gun des Warriors colle parfaitement à son jeu. Il compile 14,7 points et 8,7 assists et devient le 3ème meilleur rookie de l'histoire à la passe. Associé à Chris Mullin et Mitch Richmond, ce Big Three marque sa génération en devenant le Run TMC. Le trio cartonne les défenses en enquillant 72,5 points, chaque membre tournant à plus de 20 points de moyenne. Pourtant en playoffs, les Warriors butent inexorablement sur les autres cylindrées de l'Ouest. Après une saison gâchée par une rupture du ligament du genou gauche, la coupe est pleine. Tim Bug réclame son transfert. Il l'obtient en 1995 et pose ses valises à Miami. Sous la houlette de Pat Riley, le meneur retrouve des couleurs et devient le top scoreur de l'équipe. Entouré de Jamal Mashburn et Alonzo Mourning, le Heat devient l'un des contender les plus sérieux à l'Est. Mais, barré par les Intoucha'Bulls, Hardaway ne parviendra jamais à se hisser en finale NBA.

 

1-0 pour Irving. Les deux meneurs ont tout de suite eu un impact sur l'attaque de leur équipe. A la différence de Tim Bug, Irving a débarqué dans une franchise en deuil après le départ de LBJ et s'est ensuite adapté à son retour. Meilleur scoreur que Hardaway, Irving réussit en plus à hisser le niveau de son jeu en playoffs.

 

  • Round 2 : Polyvalence et leadership

 

David : Imaginez ce que ressentent les jeunes des Lakers qui doivent aujourd'hui compenser le départ de Kobe Bryant ? Kyrie Irving a dû remplacer LeBron James dès son premier match, il n'a pas eu la chance de disputer une saison de transition avec l'ancienne star de l'équipe, comme a pu le faire D'Angelo Russell. Ce baptême du feu, Uncle Drew l'a passé à merveille en devenant très vite à joueur sur qui on peut compter. Mister Fourth Quarter dynamite les défenses adverses, met les shoots de la gagne et surtout galvanise ses coéquipiers comme peut le faire Russell Westbrook à OKC. Côté leadership, Irving est le roi de Cleveland (ou plutôt le prince puisque LeBron est à nouveau là). Pour la polyvalence, si on regarde simplement ses statistiques, on pourrait se dire qu'il n'est qu'un scoreur. C'est pourtant bien plus que ça, Kyrie peut shooter de toutes les positions, en pénétration ou à 3pts et excelle à marquer malgré les contacts. Ce serait une erreur de se dire qu'il n'est pas un gros meneur avec simplement 5pds de moyennes... on rappelle qu'il joue avec LeBron, le point forward par excellence.

 

Sylvain : Par son sourire enjôleur et ses mimiques espiègles, Hardaway est un leader charismatique naturel. Aux côtés du taiseux Chris Mullin et du discret Mitch Richmond, Tim Bug est l'atout charme des Warriors. Il n'en reste pas moins un battant capable de hausser le ton pour se faire respecter. Lors d'un and-one musclé sur Charles Barkley, le micro meneur va éructer un "In Your Face" d'anthologie dans les oreilles de l'imposant joueur des Suns. Lutin au pays des géants, Hardaway ne se cantonne pas loin du cercle. "Petit mais costaud !", il a les biscotos pour aller défier les big men dans la peinture. C'est bien là que se situe la polyvalence de son jeu. Capable d'artiller longue distance malgré un shoot peu académique, Tim n'a pas son pareil pour infiltrer une défense où son explosivité et sa vitesse laissent ses adversaires sur place. C'est encore sa vélocité qui lui permet d'être un intercepteur prolifique avec trois saisons consécutives à plus de 2 steals par match.

 

1-1. Hardaway égalise dans ce round. Côté leadership, le natif de Chicago est resté la tête de gondole de Golden State et Miami pendant 12 ans. Même au sein du Run TMC, le meneur avait la plus grosse hype avec ses actions d'éclat et ses grimaces pour amuser la galerie. Meilleur passeur et intercepteur que Kyrie, il remporte logiquement cette manche.

 

  • Round 3 : Distinctions personnelles

 

David : ROY 2012, Champion du monde en 2014 et meilleur joueur du tournoi, vainqueur du Thee-Point Shootout 2013, 3 fois All-Star, MVP du ASG en 2014 et deux finales NBA ! Le bilan est plus que correct puisque tous les participants des Duels de Générations n'ont pas tous autant de trophées à vanter. Pourtant, Kyrie n'en est qu'à sa cinquième saison en NBA ! L'avenir s'annonce radieux pour lui qui devrait encore glaner bon nombre de coupes... avec un titre de champion imminent ? Les prochaines semaines nous diront si Irving sera champion et si sa carrière continuera au côté de LeBron James. Si l'ailier venait à quitter l'Ohio une nouvelle fois, Irving redeviendrait le maître du navire, lui qui est passé lieutenant depuis deux ans. 

 

Sylvain : Avec 5 sélections au All Star Game (trois sous l'uniforme des Warriors et deux avec le Heat), Hardaway laisse son empreinte dans la NBA des 90's. Malgré sa 14ème place dans la draft de 1989, il arrive second des votes pour le titre de Rookie of the Year, juste derrière David Robinson. Il intègre 3 fois la All-NBA Second Team et une fois la First Team. Lors de cette saison 1997, il se mêle à la discussion pour le titre de MVP. Avec 20,3 points, 8,6 passes et 2 interceptions, il est sans conteste le meilleur meneur de la Ligue. Etonamment, c'est aussi lors de cette année, qu'il va battre un record NBA : le 27 décembre 1997, Tim Bug réussit la prouesse de prendre 17 tirs... sans en rentrer un seul. En niveau collectif, Tim Bug fait partie de ses stars sans bague au doigt. Avec une finale de conférence comme meilleure performance, Hardaway s'est quand même consolé avec la médaille d'or olympique décrochée en 2000.

 

2-1 pour Irving. A seulement 24 ans, Uncle Drew a un palmarès qui fait des jaloux, y compris pour un vieux de la vieille comme Hardaway. Sur le plan personnel, Irving a déjà un titre de ROY et de MVP du match des étoiles ! Avec deux finales NBA consécutives, le playmaker des Cavs a déjà fait mieux que Tim Bug.

 

  • Round 4 : La technique

 

David : Après seulement quelques années dans la ligue, Kyrie s'impose déjà comme un des plus gros dribbleurs que la NBA ait connu. Après Tim Hardaway et Allen Iverson, la nouvelle génération peut admirer les crossovers de Chris Paul, Russell Westbrook, Stephen Curry et donc Kyrie Irving pour ne citer que le gratin. Sa vitesse couplée à sa précision lui valent le surnom de Killer Crossover et le dribble n'est pas son seul point fort. Irving est un shooteur hors pair. On parle bien entendu beaucoup plus de l'extraterrestre Curry en ce moment mais Kyrie excelle lui aussi dans son registre. Il peut se créer son shoot à tout moment grâce à son step back et est incontrôlable lorsqu'il drive. Ses mouvements précis, sa capacité à changer de main et son habileté pour marquer malgré les chocs en font un finisseur redoutable. Pour ceux qui n'ont pas suivi les Cavs récemment, petite piqûre de rappel avec ce mix !
 

 

Sylvain : Si un joueur mérite bien son surnom c'est Hardaway. Tim Bug c'est la punaise qui sème la zizanie dans les défenses courant derrière l'insecte sans le rattraper. Tim Bug c'est aussi ce virus qui s'introduit dans les systèmes adverses pour les faire capoter. Rapide et insaisissable, le meneur se faufile où bon lui semble. Son centre de gravité très bas lui donne une assurance incroyable balle en main. De cette dextérité naturelle, Hardaway va en faire l'une des armes fatales de ce sport : le cross-over. Bien avant Allen Iverson ou Kyrie Irving, le meneur se sert de ce move qu'il maîtrise à la perfection. Sa rapidité d'exécution associée à ses feintes de corps cassent littéralement les chevilles de ses défenseurs, lui laissant le champ libre pour aller jusqu'au cercle. Illustration en images.

 

 

3-2 pour Irving. Difficile de donner un vainqueur sur la note technique. On serait tenter d'accorder le point à Hardaway pour avoir porté aux nues le cross-over. Mais Irving n'est pas un manchot dans cet exercice et sa capacité de drive est équivalente à Timmy. En plus, le Cavs possède un bien meilleur shoot que l'ex Warrior. En fin de carrière, Hardaway a vu son pourcentage chuter en dessous des 40% alors qu'Uncle Drew se maintient à un très honnête 45%.

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive

 

David : Kyrie est un bel exemple de persévérance. Né en Australie, il aurait pu jouer pour ce pays avec qui il aurait été assuré d'être titulaire. Il a choisit Team USA avec qui il est plus facile de gagner bien entendu mais où il est beaucoup plus dur de jouer avec la concurrence. Malgré ses blessures en première année de NCAA et en finale NBA 2015, Kyrie a su revenir au top à chaque fois, encore une exemple de persévérance... on finira avec ce diplôme à Duke, qu'il a promis de passer en cinq ans pendant ses étés, malgré son arrivée en NBA. 
Bref, Irving est une personne qui semble se donner les moyens d'aller au bout de ses rêves sans forcément prendre le chemin le plus facile. 
Il a réussi ce dont beaucoup de jeune rêvent, débarquer en NBA et être au top très vite jusqu'à se retrouver à jouer le titre avec des joueurs qu'il adulait quelques années plus tôt. Surtout, le N°2 des Cavs est un showman qui contribue à remplir les salles à chaque matchs. L'une des plus belles preuves du sens de spectacle du joueur, c'est ses pubs avec Pepsi qui lui ont valu le surnom d'Uncle Drew

 

Sylvain : Dans la tête des fans nostalgiques des années 90, Tim Hardaway est synonyme de cross-over. Il est le premier meneur à avoir démocratisé ce mouvement désormais copié abondamment. Si les jeunes basketteurs de sa génération ont tous essayé d'imiter Tim Bug, rares sont ceux qui ne se sont pas dribblés sur les pieds. A Golden State, le Run TMC a marqué toute une époque. Hardaway est l'effigie de ce basket champagne ressuscité sur certains points par les Warriors actuels. Considéré comme un joueur au grand cœur, notamment lorsqu'il cède sa place à Magic Johnson dans le starting five du All Star Game d'Orlando, Hardaway va sévèrement écorner son image de marque en fin de carrière. Après le coming out de son coéquipier John Amaechi, le meneur va tenir des propos homophobes en déclarant qu'il ne souhaitait pas la présence de ce dernier dans le vestiaire. Même s'il est revenu sur ses propos, le mal est fait. Aujourd'hui, il travaille pour le compte des Pistons et compte bien sur son fiston Tim Hardaway Jr pour entretenir la tradition familiale de la passion du basket.

 

4-3 pour Irving. Victoire finale pour le joueur de Cleveland même si dans ce dernier chapitre, les deux meneurs sont côte à côte. Hardaway, malgré des propos choquants en fin de carrière, dispose encore d'une grosse côte de sympathie chez les anciens fans. Irving n'est pas en reste : sa hype chez les jeunes est énorme. Showman d'exception, son futur duel contre le meneur de l'Ouest en Finale NBA va forcément faire des étincelles.

 

Episode 12 : Bulls 1996 Vs Warriors 2016
Episode 11 : Lakers 2001 Vs Thunder 2016
Episode 10 : Julius Erving Vs Vince Carter
Episode 9 : Alonzo Mourning Vs Dwight Howard
​​Episode 8 : Larry Bird Vs Dirk Nowitzki
Episode 7 : John Starks Vs Jimmy Butler
​Episode 6 : Magic Johnson Vs LeBron James
Episode 5 : Scottie Pippen Vs Kawhi Leonard
Episode 4 : Dennis Rodman Vs Draymond Green
Episode 3 : Shawn Kemp Vs Blake Griffin
Episode 2 : Allen Iverson Vs Russell Westbrook
Episode 1 : Reggie Miller Vs Stephen Curry

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