Scottie Pippen Vs Kawhi Leonard

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Chaque semaine, Duel de Génération compare une star actuelle à son équivalent du passé. Place cette fois à une confrontation 4 étoiles : David enfilera le short du futur leader des Spurs, Kawhi Leonard, quant à Sylvain il chaussera les baskets du lieutenant légendaire des Bulls, Scottie Pippen.

Le week-end dernier, Kawhi Leonard battait son record de points en carrière avec 33 points. Tiens 33... c'est justement le numéro mythique de Scottie Pippen. Ce dernier validait récemment la comparaison avec l'ailier des Spurs en terme de capacités défensives et de polyvalence. Raison de plus, pour passer les deux joueurs à la moulinette.

 

  • Round 1 : Apport offensif/défensif


Sylvain : Drafté en 5ème position par Seattle en 1987, Scottie Pippen aurait dû former un incroyable Big Three avec Gary Payton et Shawn Kemp. L'histoire en a décidé autrement. A la recherche d'un ailier pour seconder leur joyau Michael Jordan, les Bulls font pression sur les Sonics pour le récupérer. Un échange avec le massif Olden Polynice fera l'affaire. Chicago vient de poser les fondations d'une dynastie. L'association des deux Hall Famer engendre un monstre, une machine à gagner qui va marcher sur la Ligue près d'une décennie, laissant sur le carreau des prétendants aux dents longues. Pippen s'intègre tout de suite dans les schémas des Bulls. L'attaque en triangle mise en place par Phil Jackson lui permet de s'épanouir offensivement (4 saisons à plus de 20 points de moyenne) et de distribuer des caviars à ses partenaires (5,3 passes en moyenne sous le maillot de Chicago). Si l'attaque des Bulls est un triangle, la défense de Pippen est carrée. Avec son physique longiligne et sa hargne permanente, il est le cauchemar des fines lames de la Ligue. L'ailier s'est coltiné toutes les stars de sa génération, de Reggie Miller à Charles Barkley en passant par Magic Johnson lors des Finals 1991.

 

David : Meilleur lycéen de l'année en 2009, Kawhi Leonard intègre les Aztecs en NCAA qu'il conduira à deux titres de champions de conférence. Ultra polyvalent avec 14pts de moyennes et 10 rebonds, Leonard est logiquement cité régulièrement parmi les meilleurs joueurs. Il se présente à la Draft NBA en 2011 et est choisi en quinzième par les Pacers. Dans la foulée, les Spurs et leur flair légendaire proposent Erazem Lorbek, David Bertans et George Hill pour acquérir le jeune rookie. Le transfert est bouclé, les Spurs tiennent peut-être leur futur Franchise Player !
Il parvient à s'imposer directement dans cette équipe, figurant dans la All-NBA Rookie Team. Pour sa seconde saison, il est déjà le 3ème scoreur derrière Tony Parker et Tim Duncan. Kawhi s'impose donc très vite par sa polyvalence, il est un attaquant fiable et un défenseur de choix, se voyant même confier la lourde tache de stopper LeBron James lors des finales 2013.

 

Résultat : 1-0 pour Pippen. Les deux joueurs sont très polyvalents mais Pippen a encore quelques longueurs d'avances sur Leo. Peut-être que le Spur tiendra la comparaison statistique dans les années à venir, c'est encore trop tôt.

 

  • Round 2 : Polyvalence et Leadership

 

David : Dans une équipe qui compte quatre autres All-Stars (Duncan, Parker, LaMarcus Aldridge et Manu Ginobili), Kawhi Leonard a su se trouver une place durable. Certes, Manu et Tim sont en fin de carrière mais Kawhi a petit à petit pris leur place pour mener l'équipe. Parker dit d'ailleurs que l'ailier aux cornrows lui permet de prolonger sa carrière en prenant le jeu à son compte et en facilitant le travail de ses coéquipiers. Kawhi est aujourd'hui le meilleur scoreur des Spurs avec 21pts de moyenne. Il est également le meilleur intercepteur et le 3ème rebondeur à San Antonio derrière Dream Tim et LMA. Si Duncan et Ginobili devaient quitter la NBA demain, il resterait encore un grand Big Three avec Leonard, Parker et Aldridge. Entre temps, le N°2 des éperons peut compter sur un effectif hors-normes dans lequel il pèse déjà malgré son jeune âge et la qualité de ses coéquipiers. 

 

Sylvain : Bien sûr, Scottie Pippen n'est pas le leader charismatique de la grande équipe des Bulls, mais il en est le principal playmaker. Meilleur passeur de la franchise de 1991 à 1998, il est le maître à jouer de Chicago. Les spécialistes vont même jusqu'à inventer le terme de Point Forward pour illustrer sa polyvalence : un mélange de point guard et de small forward. Si MJ peine en attaque, il prend le scoring à sa charge. Au contraire, les jours où Jordan a la main chaude, il se transforme en meneur de talent et prend le commandement de la défense. Lors du premier back to back en 1992, il réalise sa saison la plus complète avec 21 points, 7,7 rebonds et 7 passes. En 1994, lorsque Sa Majesté s'invente une carrière dans le baseball, il devient le chef incontesté des Bulls : il bat sa moyenne de points (22,0), de rebonds (8,7), d'interceptions (2,9), intègre pour la première fois la All-NBA First Team et décroche le titre de MVP du All Star Game.

 

Résultats : 2-0 pour Pippen. Si Leonard a su s'intégrer rapidement chez les Spurs et à prendre les choses en mains quand il le fallait, il n'a pas encore la polyvalence de Pippen. L'ailier des Bulls a montré qu'il avait tout d'un Franchise Player pendant la première retraite de MJ.

 

  • Round 3 : Distinctions personnelles
     

David : Finaliste en 2013 Champion NBA en 2014, Kawhi Leonard compte déjà deux finales sur son CV à 24 ans, beaucoup n'en sont pas là à 30 ans. S'il n'a pas encore la longue liste de titres de  Pippen, Leonard n'a pas à rougir. A cet âge, Pippen n'avait pas encore de bague ! Leonard a donc un peu d'avance sur son illustre prédécesseur, il le dépasse même sur le plan des récompenses individuelles. Barré par Michael Jordan, Scottie Pippen n'a pas pu être MVP, ni meilleur défenseur de l'année malgré son talent immense. De son côté, Leonard a déjà soulevé le trophée de MVP des Finales et celui de défenseur de l'année. On ne le dit jamais assez, mais les ailiers élus DPOY sont rares. Ce titre revient généralement aux intérieurs et il faut remonter à Ron Artest en 2004, puis Dennis Rodman en 91 (il n'était pas encore ailier fort) pour trouver d'autres postes 3 récompensés ! A cela, on ajoute bien sûr une sélection au All-Star Game et deux apparitions dans les All-NBA defensives teams. Pour sa défense, Leonard joue à une époque où il est difficile de se frayer un chemin dans les All-NBA Team au poste d'ailier... La concurrence est rude entre LeBron James et Kevin Durant pour ne citer qu'eux.

 

Sylvain : Avec deux Three Peats au compteur, difficile de concurrencer Scottie Pippen sur le terrain des bagues de champion. Sur le plan individuel, il truste également les trophées et autres récompenses prestigieuses : 3 fois élu dans la All-NBA First Team et 2 fois dans la Second, 7 fois All Star dont un titre de MVP, 8 nominations dans le meilleur cinq défensif. Point d'orgue de sa notoriété, Pippen intègre la Dream Team de 1992, la seule, la vraie dans la tête des fans. Aux côtés de ce Hall of Fame ambulant, il remporte l'or olympique à Barcelone et récidive en 1996 en étant élu meilleur joueur du tournoi. En s'exportant du côté de Houston puis Portland, Pip n'aura pas la même aura que sous l'uniforme des Bulls. Même s'il participe activement au bon parcours en playoffs de ces franchises respectives, il ne réussit pas à les hisser aux Finales NBA.

 

Résultat : 2-1 pour Pippen, Leonard remonte au score. Pippen a un bien meilleur palmarès que son jeune concurrent du jour... Mais Leonard a plus accompli que Pippen au même âge, surtout, il a obtenu des titres individuels en NBA que Pip a laissé échapper.

 

  • Round 4 : La technique
     

Sylvain : Le physique filiforme de Scottie Pippen lui permet à la fois de slasher les raquettes adverses et de mener des contre-attaques fulgurantes. Dans ce domaine, il est le roi. Après une interception, il n'a pas son pareil pour envoyer sur orbite un coéquipier ou finir le travail lui même au terme d'un coast to coast. Avec ses bras immenses, il a posterisé tous les pivots de la Ligue, de Manute Bol à Alonzo Mourning et surtout le grand Patrick Ewing qu'il piétine au terme d'un dunk devenu mythique. Pip c'est aussi le poison défensif des Bulls, un domaine où son physique atypique fait merveille. Exerçant une pression constante sur son adversaire, il vole des ballons dans les mains des plus vifs (meilleur intercepteur de la Ligue en 1995) et contre les intérieurs les plus robustes (5 saisons à plus d'un block par match). Sa pugnacité dans ce secteur sera largement récompensée : entre 1991 et 2000, il intègre 8 fois le premier cinq défensif de la NBA et 2 fois le second ! La preuve en images...
 

 

David : Comme Pippen, Leonard dispose d'un physique longiligne et d'une grande envergure lui permettant d'être régulier des deux côtés du terrain. Dans le jeu Old School de Gregg Popovich, Kawhi détonne par son explosivité et la fraîcheur qu'il apporte à cette équipe. Fraîcheur d'ailleurs encore renouvelée cette saison avec l'arrive d'Aldridge. Car Kawhi n'est pas seulement technique et polyvalent, c'est aussi un athlète énorme. Ces tomars retentissent régulièrement dans l'AT&T Center et il n'a pas grand chose à envier aux posters de Blake Griffin.  On vous laisse juger par vous-même avec ce mix !

 

 

Résultats : 3-1 pour Pippen. L'ancien Taureau était un modèle de technique, il est rare de trouver plus complet que lui, même dans toute l'histoire de la NBA. Leonard ne peut pas encore lutter contre l'un des 50 meilleurs joueurs all-time

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive
     

Sylvain : Pour un lieutenant, Pippen laisse derrière lui un énorme héritage. Intronisé au Hall of Fame en 2010, son nom reste accolé à celui des Bulls, malgré ses prestations chez les Rockets et les Blazers. Lors de la première retraite de Jordan, il est le leader de Chicago aux points, rebonds, passes, interceptions et contres. Seuls Julius Erving, Kevin Garnett et LeBron James ont réussi cette performance. Pip est également le meilleur intercepteur de l'histoire des playoffs. Sa reconversion post-basket est, cependant, plus critiquable. En 2010, il est au bord de la faillite après la perte de 120 millions de dollars dans des investissements foireux. Il intente alors un procès à ses propres avocats, coupables de ne pas avoir suivi l'achat d'un jet privé. Il leur réclame plus de 8 millions. Il en obtient deux. Désormais, Pip se contente d'analyser la NBA à qui veut bien l'entendre. Dans sa dernière déclaration, il affirme que ses Bulls auraient sweepé les Warriors. Constat éclairé ou commentaire amer... difficile de juger.

 

David : Kawhi Leonard, c'est le gendre parfait de l'Amérique. Pas de fausse note pour le moment, aucun fait divers à déplorer. Du basket efficace et beau à voir par dessus le marché. Leonard, c'est le modèle à montrer dans les écoles, ce type qui bosse dur et qui comprend très vite ce qu'il doit faire pour aider l'équipe. Surtout, il est la preuve vivante qu'avec beaucoup de persévérances, un joueur peut se greffer dans n'importe quelle équipe et même se retrouver au sommet très vite.

 

Résultat : Leonard recolle au score dans ce dernier round. Contrairement à Pippen, sa carrière n'est pas entachée par des frasques extra sportives et son attitude de nice guy lui donne une meilleur image. Surtout, Pippen a cette réputation de lieutenant qui lui collera toujours à la peau alors qu'on sent que Leonard sera bientôt le leader incontestable de son équipe. Mais Pippen a encore trop d'avance et une carrière plus longue et trop bien remplie. Score final : 3-2 Pour Pippen qui remporte ce duel des générations. A la semaine prochaine pour un duel au sommet entre deux pros du triple-double !

 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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