Elgin Baylor Vs Charles Barkley

Cette semaine, on profite de la draft pour honorer les Lakers et les Sixers. Dans ce numéro spécial de Duel de Génération, nous comparons aujourd'hui deux anciens hauts pick de Philly et L.A, Charles Barkley et Elgin Baylor.

Ben Simmons et Brandon Ingram sont les deux gros poissons de cette draft 2016. La pression sur leurs épaules est d'autant plus grande qu'ils vont évoluer chacun dans une franchise mythique de la NBA. Des ailiers sélectionnés au top de la draft, il y en a eu à Philadelphie et Los Angeles et certains ont mieux réussis que d'autres. Pour fêter l'arrivée de deux pépites en NBA, Duel de Génération confronte deux anciennes gloires. Sylvain représentera Philly avec Charles Barkley. Face à lui, David tentera de lui tenir tête pour L.A avec Elgin Baylor.

 

  • Round 1 : Apport Offensif

 

David : Elgin Baylor, aujourd'hui agé de 81 ans, évoluait au collège d'Idaho puis à l'Université de Seattle qu'il a emmené en finale en 1958. Après cette défaite contre Kentucky, il s'inscrit à la draft NBA où il est sélectionné en première position par les Lakers... de Minneapolis à l'époque. On peut le dire, une star est née à cet instant. Pour ses deux premières saisons, Baylor impressionne. Rookie de l'année, MVP du All-Star Game, il commence très fort avec 24pts de moyenne en première année puis 29 durant sa saison sophomore. Après le déménagement des Lakers vers Los Angeles, ses stats montent encore les années suivantes en dépassant les 30pts et en allant même jusqu'à 38 durant l'exercice 61-62. Mr Inside, comme on l'appelle, alliait technique, grâce et puissance sur les parquets et a inspiré les générations suivantes. C'était un phénomène offensif comme on en a rarement fait. Ses 71pts inscrit le 15 novembre 1960 auront été pendant un temps le record de points marqués sur un seul match. S'il n'est plus que 8ème aujourd'hui à ex aequo avec David Robinson, seuls trois joueurs ont pu faire mieux. David Thompson (73), Kobe Bryant (81) et bien sûr Wilt Chamberlain (72, 73 deux fois, 78 et 100). Elg' possédait aussi le record de points marqués lors d'un match de finale NBA avec 61 unités... Mais Michael Jordan l'a battu 24 ans plus tard avec 63pts. En 14 saisons en NBA, toutes à L.A, Baylor enregistre une moyenne de 27.4pts (4ème All-Time) pour un total de 23 149pts. Il est quatrième meilleur marqueur All-Time de la Franchise derrière Kareem Abdul-Jabbar, Jerry West et Kobe Bryant, excusez du peu.

 

Sylvain : Grande bouche, gros short, voilà comment on pourrait résumer le personnage Barkley. Ses déclarations comiques ou provocantes ont fait le miel des journalistes dans les nineties. Quant à son embonpoint, c'est devenu une force pour s'imposer en NBA. Sir Charles ne mesure officiellement que 1m98 et devrait logiquement évoluer à l'aile. Mais son physique de déménageur (115 kg, là encore officiellement) en fait une arme de poids dans la raquette. D'ailleurs à Auburn, il évolue au poste de pivot, un small ball anachronique qui permet à la modeste fac d'atteindre le tournoi final NCAA en 1984. Dans la foulée, il se présente à la draft. Dans cette cuvée mythique qui compte Michael Jordan, John Stockton et Hakeem Olajuwon, Sir Charles se glisse à la 5ème place et rejoint les 76ers.

Phila vient de remporter le titre deux ans auparavant. Mais, l'effectif est vieillissant et Barkley est attendu pour dynamiser les troupes. Rookie, il peaufine sa technique au rebond avec Moses Malone. Titularisé l'année suivante, il tourne à plus de 20 points et 10 rebonds, des standards qu'il va maintenir pendant 10 saisons de suite. Avec le départ des cadres des Sixers, Chuck devient le leader de la franchise. Intense des deux côtés du parquet, il parvient à hisser les Sixers en playoffs presque chaque saison avec une pointe à plus de 28 points de moyenne en 1988. Son statut change, il devient une mégastar de la Ligue. Pourtant, le front office ne l'entoure pas d'éléments à sa hauteur. Le torchon brûle en 1992, les 76ers sont excédés par ses déclarations outrancières et ses séjours prolongés au poste de police.

Chuck est transféré en Arizona, mais pas pour une traversée du désert. Il décroche d'emblée le titre de MVP sous le maillot des Suns. La Conférence Ouest fait la connaissance de la puissance de Sir Charles. Avec Kevin Johnson et Dan Majerle en lieutenants, il propulse Phoenix en Finale NBA contre les Bulls. Son duel face à Michael Jordan reste au panthéon de l'Histoire. Au terme d'une série folle, Barkley échoue d'un cheveu. Eternel regret pour l'ailier qui tente bien de rebondir une dernière fois chez les Rockets en 1997. Mais, le Big Three qu'il forme avec Hakeem Olajuwon et Clyde Drexler est vieillissant et ne parviendra pas à décrocher le Graal.

 

1-0 pour Baylor. Le Laker est largement devant Sir Charles au scoring dans l'Histoire : meilleure moyenne de points en carrière, un coup de chaud à 71 unités, une saison à 38 pions... des chiffres qui défient l'imagination, qui plus est à une période où les tirs derrière l'arc ne faisaient pas encore partie des manuels.

 

  • Round 2 : Polyvalence et leadership

 

David : A une époque où la ligne à 3pts n'existe pas encore en NBA, Elgin Baylor joue bien plus près du panier que les ailiers du small-ball actuel. En plus d'être le scoreur incroyable dont nous avons parlé au premier round, Baylor est un rebondeur génial. Dès sa première saison, il attrape 15 rebonds par matchs, exploit qu'il réitérera par la suite, montant même à 19.8rbds de moyenne en 61-62. On rappelle que l'énergumène ne mesure qu'1m96, les joueurs n'étaient pas aussi grands qu'aujourd'hui mais le Laker n'avait pas les 30cm d'avance qu'ont eu Chamberlain et Bill Russell. Baylor ajoute encore à ses moyennes dingues 4.3 passes de décisives de moyennes. Un chiffre qui n'intimidera pas les fans de LeBron James mais qui reste plus que correct pour un ailier. Malheureusement, la NBA ne comptabilisait pas encore les interceptions et contres à cette époque et il n'est pas vraiment possible de comparer avec Barkley dans ces deux domaines. En tout cas, même si on connaît la suite, on ne peut que s'incliner devant les talents de leader de Baylor qui a amené son équipe en finale NBA à huit reprises.

 

Sylvain : Dans la raquette, Barkley est indéfendable : son postérieur compense sa petite taille. Inimitable dans sa manière de faire reculer l'adversaire pour un tir facile sous le cercle ou pour jouer les ramasse miettes au rebond. Car c'est bien dans ce domaine que Chuck excelle. En 1987, il devient le meilleur rebondeur de la Ligue. Une performance unique, puisque même à ce jour, aucun joueur en dessous de 2 mètres n'a réussi cette gageure. Sa hargne et sa férocité masquent son manque de cms. Et quand on lui demande d'où vient cette science du placement, Barkley répond : "Elle s'appelle va chercher cette putain de balle !". Au fil des années, il est également devenu un excellent passeur et un shooteur plus que correct à mi distance. L'image du bourrin des premières années se dissipe et laisse place à un joueur hyper-polyvalent avec plus de 20 triple double en carrière.

Question leadership, Barkley n'a pas d'équivalent partout où il est passé. Sa grande gueule sert de boosteur à ses coéquipiers. Réputé par ne pas mâcher ses mots, Chuck n'hésite à secouer le cocotier de ses coéquipiers pour les remettre dans le droit chemin. Quant à son charisme, il a largement dépassé les frontières des Etats-Unis dans les années 90, où les fans découvrent un trublion qui envoie paître le story telling de la NBA. Illustration en images déconseillées au moins de 12 ans !
 

 

2-0 pour Baylor. A taille à peu près équivalente, Elg' prend plus de rebonds que Sir Charles. Des moyennes à deux chiffres dans ce domaine sont ahurissantes pour des postes 3, mais le Laker avec une saison à presque 20 prises met Chuck au tapis. Une position que l'intéréssé n'apprécie guère et qui annonce des représailles dans les rounds suivants.

 

  • Round 3 : Distinctions personnelles

 

David : Rookie de l'année en 1959 et très vite MVP du All-Star Game, Baylor n'a pourtant jamais remporté d'autres trophées en NBA. Il est sélectionné 10 fois dans la NBA First Team mais la concurrence est trop rude à l'époque. Entre Oscar Robertson, Kareem Abdul-Jabbar et Bill Russell, difficile de s'imposer et même au sein des Lakers, sa propre équipe, il est dur d'exister à coté de Wilt Chamberlain et Jerry West. Baylor y parvient pourtant et devient l'un des meilleurs ailiers de l'histoire.  Grand scoreur devant l'éternel, il peut toujours se vanter pour ses records de points marqués mais traîne cette réputation de loser avec une finale perdue en NCAA et huit en NBA, toutes contre les Celtics de Bill Russell. Un comble quand on sait que L.A décrochera le titre un après la retraite de Baylor, enregistrant au passage le record de 33 victoires consécutives.

 

Sylvain : Les 11 étoiles de All Star, dont le titre de MVP en 1991, témoignent de l'importance qu'a eu Barkley dans l'histoire. Son titre de MVP en 1993 acquis en plein règne de Michael Jordan le fait directement entrer dans la légende. Cinq fois nommé dans la All-NBA First Team et autant de fois dans la second team, Chuck est un habitué des distinctions personnelles. Mais là où le bât blesse, c'est au niveau des titres. Avec Patrick Ewing et Karl Malone, il fait partie de ces monstres sacrés des 90's sans bague au doigt. Le titre olympique acquis avec LA Dream Team de 1992 est une maigre consolation. Icône à Barcelone, il déclare : "La seule équipe capable de nous battre est la sélection féminine des USA". Une boutade qui surmotiverait les adversaires de l'ère actuelle, mais qui a juste fait sourire à l'époque.

 

2-1 pour Baylor. Pour une fois, ce round ne se joue pas au nombre de bague. Sir Charles prend l'avantage grâce à son titre de MVP. Contrairement à Baylor, Barkley ne se coltine pas une image de loser mais est plutôt perçu comme le dauphin de Jordan qui a failli lui voler sa couronne.

 

  • Round 4 : La technique

 

David : Technique et athlétique, Baylor a inspiré les générations futures. Grand dunkeur, bon dribbleur et shooteur, il révolutionne le jeu et lance les prémices du style actuel... C'est grâce à lui que la NBA a évolué avec des joueurs aux styles comme Julius Erving, puis Michael Jordan, Kobe Bryant et Kevin Durant aujourd'hui. Baylor était un magicien des parquets, ses mouvement étaient surréalistes et terriblement en avance sur son époque. On va faire simple, les images valent toujours mieux que les mots... images bien vieillottes d'ailleurs mais vous comprendrez qu'on n'a pas pu faire mieux !

 

 

Sylvain : A la manière d'un Draymond Green ou d'un DeMarcus Cousins, Barkley a besoin d'aboyer pour exprimer la totalité de son talent. Comme ses alter-ego actuels, Chuck assume ses déclarations en répondant présent sur le terrain. Arrivé à Houston en 1996, les journalistes le disent cramé. Il réplique en battant son record de carrière au rebond avec 33 prises. Barkley est comme ça, un joueur entier qui se nourrit de défis. Roi des coast to coast, mi TGV, mi bulldozer à son début de carrière, il peaufine d'autres facettes de son jeu. Meilleur passeur et gestionnaire, il glisse petit à petit au poste 3. Même à l'aile, il reste un guerrier permanent. Chuck c'est un dur à cuire qui ne craint pas les coups et n'hésite pas à jouer des coudes et à haranguer les foules. A ce sujet, il se fend d'ailleurs d'une déclaration qui fait couler beaucoup d'encre : "Si j'étais commissioner de la NBA, je ferais passer une nouvelle règle. Une fois par match, on aurait le droit de sortir quelqu'un des tribunes pour lui casser la gueule".

 

3-2 pour Baylor. Match nul sur ce round : Rapide, adroit, polyvalent, Elgin Baylor est l'un des grands pionniers des ailiers modernes. Tout le contraire d'un Barkley dont le jeu est inimitable. Un style bien à lui, fait de coups de fesses, d'épaules mais aussi de passes aveugles. Une symphonie à lui tout seul qui a marqué les fans de toute une époque.

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive

 

David : Certains voient en lui un éternel loser mais Elg' est l'exemple parfait pour illustrer la difficulté de réussir en NBA. Il n'est pas évident de trouver cinq ailiers shooteurs meilleurs que lui dans l'histoire de la NBA. Pour mettre quelques grands noms dans le débat, on citera Julius Erving, LeBron James, Larry Bird, Dominique Wilkins, Kevin Durant et Scottie Pippen... mais on est loin d'être sûr que tout ce lot de joueurs soit meilleur que Baylor. Mais techniquement, Elgin n'a rien à envier à ces légendes, ce ne sont que les titres qui lui manquent... Malgré tout ce talent, le joueur n'a jamais rien gagné, la faute à une concurrence incroyable à l'époque. En presque 15 ans, Baylor s'est coltiné quelques-uns des meilleurs joueurs de l'histoire. On pardonne aux Malone, Barkley, Ewing d'avoir buté sur Michael Jordan mais Baylor a combattu tout aussi fort que sa majesté. Après sa carrière, Elgin Baylor a rejoint le staff du Jazz qu'il coachera par la suite sans grand succès. Il devient ensuite vice-président des Clippers en 1986. En 2006, il est élu Executive of the year pour la bonne saison de l'équipe, cela restera son plus haut fait puisque la Franchise le remplacera la saison suivante par Mike Dunleavy Senior. 

 

Sylvain : Il n'y aura jamais deux Charles Barkley en NBA. Dès qu'une forte tête agite la ligue, la comparaison avec Chuck vient tout de suite sur le tapis. Il reste l'un des pionniers en matière de trashtalking et n'a pas son pareil pour transgresser les règles. Sa reconversion est à son image. Consultant sur TNT dans l'émission Inside the NBA aux côtés de Kenny Smith et Shaquille O'Neal, ses commentaires et analyses font toujours grincer les dents. Le duo comique qu'il forme avec Shaq est l'une des attractions d'après-match. Même retraité, Sir Charles continue d'assumer ses paroles. Lorsqu'il descend en flèche Yao Ming en gageant que si le géant chinois marque 20 points dans un match, il embrassera les fesses de Kenny Smith, Barkley s'exécute devant des milliers de téléspectateurs. La cote de sympathie pour l'ancien Sixer ne baisse pas d'un iota comme un témoigne son titre de commentateur préféré des américains en 2012.

 

3-3. Proche du Knock-Out dans ce duel, Barkley arrache le match nul sur le fil. Côté impact et reconversion, difficile de lutter avec l'ancien Sixer. Aussi à l'aise derrière un micro que dans une raquette, Chuck régale par ses analyses humoristiques. Premier match nul, donc, dans Duel de Génération, qui fait une pause estivale pour mieux revenir dès le mois de septembre avec d'autres combats de légendes. N'hésitez pas à nous soumettre vos idées dans cette chronique ou sur les réseaux sociaux d'Inside Basket.

 

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