Magic Johnson Vs LeBron James

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Duel de génération compare une star actuelle avec son alter-ego du passé. Cette semaine, place à une joute entre deux légendes, as du triple double : Magic Johnson représenté par David et LeBron James défendu par Sylvain.

Bien sûr, Magic Johnson et LeBron James n'évoluent pas au même poste. Le Laker est un meneur de génie dans un corps d'ailier, quant au King, il est le meilleur passeur de la catégorie Forward. Raison suffisante pour comparer l'impact et la polyvalence de ces deux monstres sacrés du basket.

 

  • Round 1 : Apport offensif


Sylvain : Dès le lycée, LeBron James fascine les observateurs par ses qualités athlétiques hors normes. Sa dernière année en High School est surmédiatisée : ses matchs sont retransmis sur le câble et toute l'Amérique s'émeut lors d'un carton à 74 points. En 2003, il se déclare éligible à la draft à seulement 19 ans. Le jeune espoir fait fantasmer toutes les franchises NBA qui espèrent récupérer le futur Michael Jordan. Au terme d'un tanking inavoué c'est l'équipe locale des Cavaliers qui empoche le butin. Dès ses débuts, LBJ va battre tous les records de précocité : plus jeune joueur à réaliser un triple double, à scorer 50 points dans un match et à remporter le trophée de MVP du All Star Game. Avec deux saisons à plus de 30 points de moyenne, il fait des Cavaliers, une place forte de la Conférence Est, sans toutefois réussir à emmener le Trophée dans l'Ohio. En 2010, c'est le Clash ! Roi sans couronne à Cleveland, The King s'envole à Miami pour former un Big Three mythique avec Dwyane Wade et Chris Bosh. Il atteint enfin le sommet en 2012 et en 2013 en s'attachant au passage les titres de MVP de la saison et des Finals, une première depuis Jordan et Kareem Abdul-Jabbar. En 2014, LBJ rentre au bercail et guide les Cavs vers la finale. Il domine de la tête et des épaules les playoffs (30,1 points, 11,3 rebonds, 8,5 passes) mais butte sur les Warriors. Cleveland attend toujours son trophée...

 

David : En NCAA, Earvin Johnson a joué pour les Spartans de Michigan. Son jeu complet est déjà bien présent à cette époque puisque le futur "Magic" est déjà dominant dans tous les secteurs. Du haut de ses 2m06, Johnson a un physique atypique pour un meneur. Mais sa vision du jeu et sa mobilité en font déjà un joueur incroyable. Après une bonne première saison, il s'incline en finale régionale contre les Wildcats du Kentucky qui défendent en zone dans le seul but de le stopper. Il est alors tenté de rejoindre la NBA mais ses derniers matchs refroidissent les Franchises qui ne veulent pas encore dépenser d'argent pour lui. Magic passe donc une seconde année en NCAA pendant laquelle les Spartans connaissent des bas mais surtout des hauts en s'imposant en Finale face à Indiana State, pourtant invaincu à ce moment. Leurs adversaires du jour comptaient dans leur rang un certain Larry Bird, c'était le début d'une longue rivalité. 
Johnson s'inscrit donc à la draft et les Lakers le choisissent en première position. Il a 20 ans et va déjà connaître le succès. Pour son premier match contre les Clippers, il donne une passe décisive à Kareem Abdul-Jabbar qui conclut la rencontre avec un Buzzer Beater. Magic saute dans les bras de Kareem qui s'empresse de lui rappeler qu'il reste encore 81 matchs à disputer. Mais rien n'enlèvera l'enthousiasme du gamin, il continuera à jouer avec le sourire jusqu'à la finale contre les Sixers. Pour le match 6, Jabbar est forfait et le rookie écrit sa légende en le remplaçant au poste de pivot pour la toute première fois. 42pts, 15rbds, 7pds et 3ints plus tard, les Lakers sont champions et Magic devient le seul rookie de l'histoire à soulever le titre de MVP des finales. Sacrée ironie puisqu'il n'était pas le rookie de l'année, laissant ce trophée à Larry Bird.
Magic passera ensuite l'intégralité de sa carrière à L.A où il remportera 5 titres et déposera sa marque : le Showtime ou l'art d'enflammer la salle avec des attaques endiablées et des passes aveugles à foison. Années après années, malgré les blessures et la concurrence rude des Celtics de Larry Bird et des Sixers de Julius Erving, Magic continuera à distiller des caviars pour bonifier le jeu des Kareem Abdul-Jabbar, James Worthy et autres Michael Cooper. Sa polyvalence fait de lui l'un des rares joueurs qui a pu décemment jouer à n'importe quel poste et le deuxième joueur avec le plus de triples-doubles à son actif... 138 derrière les 181 d'Oscar Robertson. Et encore, il ne faut pas oublier que Magic a pris sa retraite prématurément après avoir contracté le virus HIV. Qui sait ce que le meneur aurait pu faire s'il n'avait pas passé 4 saisons à l'écart des parquets de la NBA ? En 95, après s'être essayé sans réel succès en tant que Head Coach des Lakers, il tentait un retour en tant que joueur. Plus lourd et moins mobile, il laisse la place de meneur à Nick Van Exel et devient l'ailier fort titulaire de l'équipe. Mais malgré une saison plus que correcte (14.6pts, 6.9pds et 5.7rbds) et un bel effectif (Cedric Ceballos, Eddie Jones, Vlade Divac), Magic tire finalement sa référence, quelques temps avant l'arrivée de Shaquille O'Neal et Kobe Bryant à L.A. 

 

Résultat : 1-0 pour Magic Johnson. Moins scoreur que LeBron, Magic est un meilleur passeur et implique encore plus ses coéquipiers. Toute l'attaque dépendait de lui et on a jamais vu un meilleur maître à jouer.

 

  • Round 2 : Polyvalence et leadership

 

David : Un chef d'orchestre, c'est ce qui définit le mieux les meilleurs meneurs tels que Steve NashJason Kidd ou John Stockton. Mais Magic est encore au dessus de ce gratin. Si les trois précedemment nommés n'ont pas à rougir en terme de scoring, ils n'avaient pas cette facilité à alterner passes décisives et paniers marqués. Voir jouer Magic, c'est contempler un spectacle plutôt qu'un match sportif. Tout semble chorégraphié et pourtant, Magic improvise sans cesse, en témoignent ses passes aveugles imprévisibles. Présent au rebond, à la passe et au scoring, Magic est solide dans les secteurs principaux du basket et est le maillon essentiel du Showtime . Sans lui, pas de spectacle ! Ce n'est pas pour rien qu'il est le cinquième meilleur passeur all-time. On a dit de LeBron qu'il améliorait le jeu de ses coéquipiers... ça n'est rien comparé à Magic. Personne ne s'arrêtait pour regarder jouer Johnson, il parvenait toujours à impliquer ses coéquipiers dans les offensives des Lakers. Sa science du basket et son charisme incroyable en ont fait l'un des plus grands leaders que la NBA ait connu. 

 

Sylvain : LeBron James n'est pas qu'une machine à scorer comme beaucoup d'autres ailiers de la ligue. Pouvant évoluer au poste 4, sa présence au rebond est impressionnante, tout comme ses qualités de playmaking : en 2010, il devient le premier ailier de l'histoire à délivrer plus de 8 passes (8,6 assists). Il banalise les triple double et en compte à ce jour 51 dont 14 en playoffs. Cette polyvalence naturelle ne serait rien sans des qualités défensives d'exception. James peut à la fois dompter le meilleur scoreur adverse tout en fournissant une ligne de stats complète de l'autre côté du parquet. La pression physique qu'il exerce sur les arrières et ailiers finit par étouffer son adversaire. Il intègre logiquement le meilleur cinq défensif à 5 reprises. En terme de leadership, The King a sans conteste la main mise sur le franchise des Cavs. Alors qu'il partageait le commandement à Miami avec D-Wade (pour de meilleurs résultats), James est le Boss de l'Ohio. A tel point, que le renvoi du coach David Blatt, cette saison, lui est en partie imputable. Il a également largement influé le front office dans la reconduction du contrat de Tristan Thompson l'été dernier. Une omnipotence discutable qui lui vaut quelques critiques de la part des journalistes.

 

Résultat : 2-0 pour Magic. Même si la mésentente avec son équipe a existé aussi lors de sa dernière saison, Magic était un meilleur leader au sein d'une Franchise. Il n'a pas quitté les Lakers pour aller voir si l'herbe était plus jaune ailleurs et en terme de Polyvalence, il est toujours au dessus de LeBron... et les deux joueurs ont pour le moment joué autant de saisons, 13 chacun.

 

  • Round 3 : Distinctions personnelles

 

David : Magic a gagné partout où il est passé. Champion en Highschool avec Everett, Champion NCAA avec les Spartans, il enchaîne avec cinq titres NBA avec les Lakers. Cerise sur le gateau, il est l'un des membres principaux de la Dream Team de 1992 avec qui il remporte bien évidemment l'Or olympique à Barcelone. Sur le plan collectif, Magic est également omniprésent. Trois fois MVP de la saison et trois fois également MVP des finales, il devient aussi MVP en 1990 du All-Star Game, évènement auquel il participe 12 fois. Magic est présent dans la All-NBA Second team en 82, puis dans la First Team de 83 à 91. En termes de titres et de distinctions, difficile de rivaliser avec Johnson, c'est pourquoi il est régulièrement dans la discussion pour désigner le meilleur joueur de tous les temps. Dans ce débat, on a parlé de Michael Jordan, de Larry Bird, de Kobe Bryant, de LeBron James, de Julius Erving, de Tim Duncan, de Wilt Chamberlain ou de Kareem Abdul-Jabbar... tous ont leurs spécificité et peuvent prétendre à cette première place all-time... Mais s'il n'est pas forcément le meilleur dans une spécialité, Magic Johnson est sans doute le joueur le plus polyvalent de cette liste légendaire.

 

Sylvain : Il faudrait un roman pour énumérer la totalité du palmarès de LeBron James, tant il truste les distinctions et les records personnels aussi bien dans la Ligue qu'au sein des Cavaliers. On peut retenir le titre de Rookie of the Year, 2 titres de MVP, 9 nominations dans la All-NBA First Team, 5 dans la NBA All-Defensive First Team, 12 sélections au All Star Game. Sur le plan collectif, LBJ est couronné de deux titres olympiques et deux bagues de champion en six finales disputées. Un secteur où il doit encore prouver pour rejoindre Jordan et Bryant au panthéon All Time. Critiqué pour sa mauvaise gestion du ballon dans le money time lors des ses premières années, il sait dorénavant se montrer clutch en fin de match. The King ne fuit plus ses responsabilités. En 2013, contre des Pacers accrocheurs, il rentre le shoot de la gagne lors du Game 1 pour lancer idéalement la série. Lors des derniers playoffs, il inscrit un buzzer beater insensé dans le corner contre les Bulls. Menés 2 à 1, les Cavs recollent dans la série et l'emportent. A lui de porter, enfin, Cleveland vers les sommets pour un nouveau chapitre dans l'Histoire.

 

Résultat : Les deux stars ont tout gagné. LeBron dépasse Magic au nombre de titres de MVP de la saison et de titres olympiques. Mais Magic est meilleur pour deux trophés, celui de MVP des finales et celui de champion NBA. Toutefois, LeBron dispose d'encore beaucoup de temps et devrait encore grossir son palmarès. Dans l'impossibilité de départager les deux joueurs, on coupe la poire en deux ; 1 partout sur ce round : 3-1 pour Magic.

 

  • Round 4 : La technique

 

Sylvain : Alors qu'il ne pourrait être qu'un bourrin découpant les raquettes et martyrisant les cercles, LeBron James ne mise pas uniquement sur son physique d'acier. Le joueur des Cavs squatte les Top 10 aussi bien sur des alley-oops que sur des passes dans le dos de génie. Inarrêtable en pénétration ou sur contre-attaque, il étoffe au fil des saisons sa panoplie offensive. Désormais LBJ joue dos ou face au cercle, enchaîne les tirs longue distance et les isolations en un contre un. Après un rebond, il peut aussi bien lancer un touchdown à un coéquipier que mettre le turbo pour dévaler le parquet à pleine vapeur. La locomotive des Cavaliers est un subtil mélange de puissance athlétique et de finesse technique. Piqûre de rappel avec ce mix.


 

 

David : Bien que polyvalent, il a toujours manqué deux choses à Magic ; Une science du basket aussi efficace en défense qu'en attaque et un jump shot digne de lui. Si sa palette offensive lui a permis de combler ces lacunes, il est moins technicien que l'ont été Julius, Jordan, Kobe et LeBron. Loin d'être le dernier sur le plan athlétique, Magic semblait pourtant presque lourdaud quand on compare ses mouvements à ces derniers. Mais il reste un joueur hors normes techniquement également. Magic a tout de même su s'inventer son propre shoot, le Baby Hook, en s'inspirant du Sky Hook de Jabbar. Surtout, il a montré que les grands pouvaient aussi dribbler en maniant la balle comme un arrière. Bien sûr, il révolutionne la façon de passer le ballon et sa technique emprunte un peu à chaque poste. C'est peut-être pour cela qu'en apparence, il semble moins technique que d'autres légendes, maîtres à leurs postes... mais ceux-ci ne savaient pas jouer à chaque positions !

 

 

Résultats : 3-2 pour Magic. LeBron revient au score avec ce round. Techniquement, il est sans doute un cran au dessus de Magic. Athlétiquement, James est un extraterrestre et on voit mal qui peut lui tenir tête. Le King peut encore revenir au score dans ce duel des générations pour décrocher le match nul !

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive

 

David : Un symbole de réussite. Magic part d'absolument rien. Issu d'une famille assez pauvre, il fait des petits jobs dès ses 10 ans pour gagner de l'argent. A force de travailler d'arrache pied, il finit par intégrer la NBA jusqu'à devenir multi-millionaire et propriétaire des Dodgers de Los Angeles (MLB) et co-propriétaire des Sparks de Los Angeles (WNBA). On ne s'attardera pas sur le plan financier étant donné que la plupart des NBAers n'ont pas à se plaindre de ce côté. Sur le plan sportif, Magic a également fait beaucoup, sur et en dehors du terrain. C'est sa rivalité avec l'autre grand nom de l'époque, Larry Bird, qui a permis à la NBA d'être autant appréciée dans le monde... avant de décoller complètement avec Jordan.  Son combat contre le Sida donne aussi de l'espoir à beaucoup de victimes de ce fléau même si les plus médisants souligneront que les riches bénéficient de meilleurs traitements contre la maladie. Après que Magic ait rendu public sa séroposivité, nombreuses étaient les craintes de Karl Malone et d'autres joueurs d'être contaminés au contact de la star de L.A. Finalement, le public désigna Magic titulaire du All-Star Game et un grand pas fut fait en avant pour montrer au monde que le virus n'était pas si facilement contractable. Aujourd'hui, Magic fait encore partie du paysage NBA. Il donne régulièrement son avis sur l'actualité NBA, même si celui-ci est plus ou moins apprécié selon les situations. Mais l'accueil de ses propos est généralement bien reçu, comme on a pu le voir cette semaine suite à son discours d'adieu à Kobe. 

 

Sylvain : Annoncé comme le futur Jordan à ses débuts, les spécialistes recherchent désormais le prochain LeBron James. Icône médiatique et sportive, chaque faits et gestes du King sont passés à la loupe. Première superstar NBA à devoir composer avec les réseaux sociaux, il possède des millions de followers sur ses différents comptes. Rien n'échappe à ses fans, comme récemment lorsqu'il se désabonne du Twitter des Cavs. Une vie 2.0 que n'ont pas eu à gérer ses glorieux aînés. Avec un impact immédiat dès son arrivée dans la ligue, il a gagné au fil des saisons une notoriété à l'échelle planétaire, devenant même un produit marketing à part entière. Si Jordan a entrouvert la porte du sport business, LBJ l'a carrément défoncé. En décembre, il signe un contrat à vie avec l'équipementier Nike, une première dans l'histoire. Le magot estimé entre 400 et 500 millions de dollars lui assure une rente coquette jusqu'à la fin de ses jours. Homme d'affaires avisé, James va d'ailleurs investir dans le cinéma en produisant son premier long métrage en collaboration avec Warner.

 

Score final : 4-2 pour Magic Johnson qui remporte ce duel au sommet. L'aura médiatique de Magic est comparable à celles de Kobe et Jordan, il est l'un des joueurs les plus importants de l'histoire de ce sport. Bien sûr, LeBron n'est pas en reste, on parle d'un multiple All-Star et MVP... mais Magic possède encore une longueur d'avance à ce moment de la carrière de James. Une revanche dans quelques années pourrait peut-être permettre à LBJ de l'emporter cette fois. 

A la semaine prochaine pour un nouveau duel, cette fois, on s'attaquera à deux arrières !
 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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