Dennis Rodman Vs Draymond Green

Nouveau duel de génération sur Inside Basket où l'on passe au crible une star actuelle et son alter-ego du passé. Cette semaine, une confrontation de doux-dingues entre Dennis Rodman représenté par David et Draymond Green défendu par Sylvain. Préparez les camisoles de force et entrez sur le ring.

Les Warriors actuels face aux Bulls de 1996, deux des plus grandes équipes de tous les temps. L'enjeu, le record de victoires sur une saison. Au centre de ce duel, deux têtes brûlées, deux joueurs d'exception qui font couler beaucoup d'encre hors parquet : Dennis Rodman d'un côté et Draymond Green de l'autre.

 

  • Round 1 : Apport offensif/défensif

 

David : Dennis Rodman, en 14 saisons, c'est pas moins de 7,3pts par matchs ! Ça vous impressionne ? Non, bien sûr, mais la suite est plus intéressante. Bien entendu, Rodman n'est pas connu pour son apport de points. Il brille ailleurs et bien entendu au rebond. 13,1rbds de moyenne en carrière dont 4,8 offensifs. Son apport en attaque est bien là. Il libère ses coéquipiers qui savent qu'ils peuvent compter sur lui pour récupérer les ratés. En plus de ça, l'énergie qu'il déploie en défense permet d'économiser les attaquants de l'équipe. Que ce soit sur Payton ou Olajuwon, Rodzilla peut prendre n'importe quel gabarit en défense. Si les Bulls du second three-peat et les Pistons versions Bad Boys comptaient tous deux dans leur lot un grand nombre de bon défenseur, aucun n'était cantonné à cette tâche. Pourtant Rodman, malgré son maigre total de point (une seule saison à plus de 10pts en carrière), était un pion essentiel de ces teams, bonifiant le jeu d'Isiah Thomas et Michael Jordan entre autres. 

 

Sylvain : Draymond Green est le genre de joueur qui fait saliver tous les coachs de la ligue, le lieutenant idéal pour fonder une dynastie. Dévoué corps et âme au collectif, il sait se rendre indispensable des deux côtés du parquet. Pourtant, drafté seulement en 35ème position, le colosse ne part pas favori pour s'imposer en NBA. Soutier ses deux premières saisons, il a réussi à prendre le gouvernail du bateau Warriors cette année, au point d'en devenir l'une des figures de proue. La même progression qu'il a connu en NCAA lors de ses quatre campagnes sous le maillot des Spartans de Michigan State. Chaque saison, Green améliore ses moyennes de points, rebonds et passes pour devenir le leader de l'équipe en 2012 (16,2 points et 10,6 rebonds). Le scénario se répète chez les pros : très peu utilisé lors de son année rookie (13 minutes), il profite de la blessure de David Lee en 2014 pour s'installer dans le 5 majeur. Starter indiscutable depuis, il multiplie par trois ses statistiques : 12,4 points, 8,8 rebonds, 5,3 assists en tant que titulaire. Derrière la maestria des Splash Brothers, Green est le ciment défensif des Warriors. Son spectre d'activité dans ce domaine est infini : capable à la fois d'annihiler les meneurs de grande taille avec sa rapidité et de rivaliser avec les intérieurs adverses grâce à sa puissance physique.

 

Résultat : 1-0 pour Dennis Rodman. Notre brave Draymond paye ses deux premières années timorées, même si ses stats en carrière ne représentent pas son niveau actuel. Au contraire d'un Rodman qui affiche une moyenne de rebonds époustouflante.

 

  • Round 2 : Polyvalence/Leadership

 

Sylvain : Si Dennis Rodman facilite l'attaque en triangle des Bulls, Draymond Green est la pièce centrale du small ball des Warriors. Sa polyvalence lui permet d'occuper tous les postes. Second playmaker de l'équipe derrière Stephen Curry, il peut mener la balle après un rebond pour poser un système, et l'action suivante se coltiner le big man adverse en défense. En utilisant Green au poste de pivot, le coach Steve Kerr pousse le small ball à l'extrême et se dote d'un spacing maximal en attaque. Bourreau de travail, le Warrior a perfectionné son adresse longue distance pour atteindre les 39% cette année. Sur le parquet, Green sait tout faire et fait de tout. Son volume de jeu est quasi inquantifiable, si ce n'est avec les Triple Double. Dans ce domaine, Draymond excelle avec déjà 12 prestations, cette saison, en triple figure. 14ème rebondeur de la Ligue, il est aussi le 6ème meilleur passeur, une anomalie historique pour un supposé poste 4. En cette fin de saison, Green vient d'écrire son nom à l'encre indélébile dans la Bible de la Ligue : il devient le premier joueur NBA a compilé 1000 points, 500 rebonds, 500 passes, 100 interceptions et 100 contres sur une année. Une polyvalence qui vaut bien un Tribute musical.

 


David : Plutôt ailier shooteur à ses débuts, The Worm a été repositionné ailier fort pendant la seconde partie de sa carrière. A l'aise sur les deux postes; il épuisait ses adversaires directs avec sa défense de fer. S'il n'a pas la polyvalence de Green, Rodman n'est pourtant pas un joueur unidimensionnel. Avec ses moyennes de points et un seul triple-double en carrière, on pourrait résumer le jeu de Rodman par la défense et le rebond... Mais c'est bien plus que ça. Si Magic Johnson était un couteau suisse offensif, Rodman était son équivalent défensif. Pouvant défendre sur n'importe quel poste et efficace sur tous les aspects du travail de l'ombre, Rodman donne une autre définition à la polyvalence au basket. S'il n'a jamais été le leader d'une équipe, se contentant toujours d'un rôle de lieutenant de luxe, il a toujours fait partie des grandes gueules de son équipe... et sa voix pesait autant dans les esprits de ses coéquipiers que son trashtalk dans la tête des adversaires.

 

Résultat : 1-1. Difficile de concurrencer Green dans le domaine de la polyvalence. Ses aptitudes a changé de postes donnent à Steve Kerr, une palette infinie de combinaisons en attaque et en défense. Draymond n'a pas fini d'enchaîner les triple double et pourrait encore faire tomber quelques records dans les années à venir.

 

  • Round 3 : Technique/Athléticité 

 

David : Je me répète, 13,1rbds de moyennes en carrière et des pointes à 18rbds sur une saison. Des stats chamberlainesque pour un joueur qui mesure... 1m98. Géant parmi les mortels mais nain dans les raquettes NBA. Rodman explose pourtant les stats au rebond grâce à un sens inné du placement, une détente invraisemblable et bien entendu quelques coups de vices bien placés. 
Rodman est aussi passé maître pour sortir son adversaire du match. Provoquant les passages en force avec une facilité déconcertante, Rodman a contré les plus grands et volé des ballons dans les mains les plus habiles. Avec sa hargne ajoutée à sa mobilité hors-normes, Dennis se donnait corps et âme pour sauver tous les ballons, quitte à finir en sang au troisième rang ! Voici en images, les plus belles actions de Demolition Man, opposés entres autres au Shaq, à Jordan ou Magic.

 

 

Sylvain : Tonique, agressif, intense, les qualificatifs pour le jeu de Green ne manquent pas. Rapide comme un arrière, adroit comme un ailier et puissant comme un pivot, il est le caméléon des Warriors. Mais, pour lui, plus besoin de camouflage. L'adversaire sait quand Draymond est sur le parquet. Eructant à chaque action spectaculaire, exhortant un Oracle Arena au bord de l'orgasme ou exhibant ses biceps après un and-one, l'énergie déployée par Green ne laisse pas insensible. Sa suractivité lui permet de multiplier les aides défensives ou de poser des écrans pour libérer les pistoleros de l'équipe. Doté d'un énorme Q.I. basket, Green fluidifie l'attaque des Dubs, en ce sens, qu'il repère très vite le match-up à son avantage. Sa palette technique lui permet, alors, de pénétrer en puissance en cas d'avantage physique, de shooter derrière l'arc s'il est défendu par un intérieur peu mobile ou de fixer la raquette pour délivrer un caviar à un partenaire.

 

Résultat : 2-2. Impossible de départager les deux compères. Green est une bête physique doté d'une vitesse et d'une lecture du jeu supérieures à la moyenne. Rodman, lui, a compensé son manque de taille par une science du jeu et du placement quasi inégalable.

 

  • Round 4 : Trophées

 

Sylvain : Le palmarès de Draymond n'est encore qu'au stade des fondations. En 2012, sous le maillot de Michigan State, il est élu dans la All-American First Team et nommé Joueur de l'Année de la Conférence Big Ten. A l'échelon supérieur, il doit attendre sa troisième année pour récolter le fruit de son labeur : en 2015, il est élu dans la NBA All-Defensive Team, juste récompense de son travail de sape en défense. Cette même année, il remporte sa première bague avec les Warriors au terme d'un parcours exemplaire. Il se fend même d'un triple double dans le dernier match des Finals, devenant le sixième joueur de l'histoire à réaliser pareille prouesse. Il franchit encore un palier cette saison en décrochant sa première étoile de All Star. En signant un contrat max l'été dernier, Green aurait pu se reposer sur ses lauriers. Pas le genre de la maison, il se fixe vite de nouveaux objectifs avec le back to back en tête et le record mythique des 72 wins des Bulls de 1996 à portée de main.

 

David : Dennis Rodman faisait donc partie des Bad Boys de Detroit. Ces mêmes Pistons qui ont barré le chemin à Jordan et Pippen vers le titre NBA. C'est deux trophées de champion NBA que Rodman obtient avant Jordan qu'il rejoindra donc en 96 pour trois titres de plus à Chicago. Avec cinq bagues, Rodman n'a pas à rougir de la comparaison avec d'autres Hall of Famers, il en a autant que Kobe ou Magic !
Individuellement, Rodman collectionne aussi les récompenses. Deux fois All-Star, hormis Ron Artest et Ben Wallace, on n'en a peu vu des purs défenseurs au match des étoiles ! Demolition Man termine à sept reprises meilleur rebondeur NBA. Il est désigné deux fois dans la All-NBA Third Team, sept fois dans la All-NBA First Defensive Team et une fois dans la All-NBA Second Defensive Team. Cerise sur le gâteau, il est élu deux fois Defensive Player Of the Year. Son N°10 a été retiré par les Pistons, le 91 pourrait peut-être suivre chez les Bulls.

 

Résultat : 3-2 pour Dennis Rodman. The Worm a réussi à s'imposer dans toutes les franchises où il est passé. Avec autant de bagues que les doigts d'une main, on ne sait pas si l'intéressé en a fondu une pour s'en faire une boucle d'oreille. Toujours est-il qu'il remporte haut la main ce round.

 

  • Round 5 : Impact sur et en dehors du terrain

 

David : En un mot ; frapadingue ! C'est l'image qu'on a tous de Dennis Rodman. Ces frasques sur et en dehors du terrain en on fait une légende. En tant que joueur, il se fait remarquer par ses coups de sang comme son coup de pied à un cameraman trop près du terrain ou ses sauts incroyables pour sauver les ballons sortants. Mais au delà du stade, rien ne s'arrange dans l'esprit de Rod. Entre son flirt avec Madonna et la robe de mariée qu'il porte à son mariage avec Carmen Electra... les situations cocasses sont nombreuses ! Comble de l'excentricité lorsqu'il intègre la NWO au coté d'Hulk Hogan pour affronter Diamond Dallas Page et Karl Malone dans un match de catch.
Mais bien plus que ses teintures de cheveux et ses ongles colorés, Dennis est un exemple pour tous les défenseurs et rebondeurs. Il révolutionne la manière de gober des ballons et de s'adapter à défendre sur n'importe quel gabarit. On lui pardonnera ses bizarreries, (presque) toujours plus drôles que dangereuses !

 

Sylvain : Dans un championnat NBA devenu très aseptisé, Green passe pour une tête de lard. A côté du gendre idéal Stephen Curry et du discret Klay Thompson, il est le bad boy d'Oakland. Draymond n'a jamais sa langue dans sa poche. Il s'est même permis de rembarrer Kevin Garnett himself en l'avertissant qu'il n'effrayait plus personne. Habitué à dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, les journalistes sont à l'affût de ses déclarations assassines. Son franc-parler lui joue, parfois, quelques tours. En février contre OKC, Green a eu une altercation avec Steve Kerr à la mi-temps au sujet de sa piteuse prestation ce jour là. On retrouve même, notre larron, dans la rubrique faits divers. Récemment, Green a posté une vidéo sur Snapchat, montrant le compteur de sa voiture franchissant les 190 km/h. Une sortie de piste dont la franchise se serait bien passée. Mais, on n'ose imaginer ce qu'aurait pu faire Dennis Rodman, si ce dernier avait pu utilisé les réseaux sociaux...

 

Résultat : 4-2 pour Dennis Rodman. Victoire finale pour le décapant Demolition Man. 16 ans après sa retraite, il laisse encore une trace dans les têtes des fans. Ses frasques et ses débordements font désormais partie de l'Histoire. A 26 ans, Green a, bien sûr, plusieurs saisons devant lui pour rejoindre Rodman au panthéon des rebelles.

 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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