Julius Erving Vs Vince Carter

Duel de génération compare une star actuelle avec son alter-ego du passé. Cette semaine, attachez vos ceintures pour un duel dans les nuages entre deux virtuoses du dunk. La légende vivante de la discipline, Julius Erving, représentée par Sylvain affronte son fils spirituel, Vince Carter, défendu par David.

Agé de 39 ans, Vince Carter a fait savoir qu'il rempilerait en octobre pour sa probable tournée d'adieux. L'occasion de contempler un dernière fois cet athlète hors norme qui a martyrisé les cercles dans ses jeunes années. Pour lui tenir la dragée haute, il fallait faire appel au pionnier des arabesques aériennes, Julius Erving.

 

  • Round 1 : Apport offensif

 

Sylvain : Dès sa carrière universitaire avec Massachusetts, Julius Erving étonne par ses facultés physiques. Il devient l'un des six joueurs à tourner à plus de 20 points et 20 rebonds en NCAA. Logiquement, il rejoint l'échelon supérieur. Mais, ses premiers cartons, Dr J va les faire en ABA, la défunte ligue concurrente de la NBA. Avec les Virginia Squires puis les New York Nets, il termine 3 fois meilleur scoreur de la Ligue avec une pointe à 31,9 points. En 1976, il remporte le titre suprême, le dernier de l'histoire de l'ABA. La saison suivante les deux ligues fusionnent pour donner plus de visibilité et de crédibilité au basket. En bisbille avec les Nets, Erving décide de rejoindre Philadelphie qui lui offre un pont d'or de... 3 millions. Son impact sur la franchise est immédiat et il va réaliser huit saisons d'affilée à plus de 20 points de moyenne. Au delà des chiffres, le Doctor contribue à la démocratisation de la NBA. Son jeu hyper spectaculaire remplit les salles et la courbe des audiences TV décolle. Avec sa coupe afro et ses shorts moulants portés mi-cuisse, il devient l'icône de la balle orange et donne envie à des générations entières de pratiquer ce sport.

 

David : Vince Carter a fait ses études à North Carolina où il a très vite montré son explosivité avec une détente ahurissante. Il est donc bien entendu comparé très tôt à Michael Jordan, même fac, même poste, même jeu aérien. Il se présente à la draft 1998 où les Warriors le sélectionnent avec leur cinquième choix. Mais Vince ne jouera jamais à Golden State, il est immédiatement tradé à Toronto contre Antawn Jamison. Malgré une cuvée très relevée (Paul Pierce, Dirk Nowitzki), Carter est élu Rookie de l'année avec une moyenne de 18,3pts par matchs. Il enchaîne ensuite les bonnes saisons avec les Raptors et son cousin Tracy McGrady. Malgré cinq ans à plus de 20pts de moyennes et d'innombrables premières places aux top tens, Air Canada reste posé à Toronto et ne dépasse pas les demi-finales de Conférence (élimé par les Sixers d'Allen Iverson en 2001). Avec le départ de T-Mac, les éliminations prématurée en playoffs et les blessures, Vince Carter s'est fait une raison, il ne pourra rien gagner d'autre que le Slam Dunk Contest à Toronto. Il déprime et chute à 16pts de moyenne durant la saison 2004-05.
Il est finalement tradé contre Alonzo Mourning, direction les Nets de New Jersey. Vinsanity déclare alors qu'il ne se donnait plus à fond à Toronto... et retrouve ses moyennes habituelles aux côtés de Jason Kidd. Avec également Richard Jefferson dans l'équipe, les Nets sont très performants, surfants sur les cartons offensifs et autres triples-doubles de leur Big Three. Après l'épisode des nets, Vince Carter ira au Magic, aux Suns, aux Mavericks et les Grizzlies où il est encore. Bien que sur le déclin, Vince trouve sa place dans chaque équipe où il a joué. Il développe son shoot à 3pts au fur et à mesure qu'il perd de son explosivité et reste un joueur utile partout où il passe. Tout comme DrJ ou MJ avant lui, Vince est une icône du dunk aujourd'hui, pour n'en citer que deux, on parlera ici de son dunk "jusqu'au coude" au Slam Dunk Contest et celui par dessus Frederic Weis aux Jeux Olympiques. 

 

1-0 pour Dr J. Vince est un énorme scoreur mais reste encore un cran en dessous de Julius, plus régulier et performant plus lontemps. Ervig n'est jamais passé sous la barre des 16pts de moyenne !

 

  • Round 2 : Polyvalence et leadership

 

Sylvain : A son arrivée chez les Sixers, Erving prend le leadership à son compte. Ses joutes avec les mythiques Celtics des 80's rythment, chaque printemps, les playoffs de la Conférence Est. Plus tard avec l'arrivée de Moses Malone et Darryl Dawkins, son influence se fera moins prépondérante, mais pour de meilleurs résultats. En fonction de l'effectif, Dr J fait évoluer ses compétences. Gros rebondeur à ses débuts (12,1 prises en ABA puis 7,5 à son arrivée en NBA), il laissera peu à peu cette tâche à ses deux acolytes intérieurs. En parallèle, il développe son jeu de passe. En pénétration ou sur les phases de transition, il sert souvent sur un plateau son pote Moses. Les qualités défensives de Julius Erving sont sous-estimées. Capable de défendre sur les postes 3 et 4, ses bras immenses sont un poison pour l'adversaire, comme en témoignent ses 1,8 interception et 1,5 contre en carrière.

 

David : A Toronto, il devient très vite le Franchise Player de l'équipe, pourtant, T-Mac était là avant lui. Mais à défaut de titres, Vince a cet aura des plus grands joueurs, d'une simple action, il peut changer l'ambiance d'un match. Ses dunks tonitruants en contre-attaque ou en plein trafique et ses shoots improbables en ont fait pendant longtemps un des attaquants les plus fiables de la ligue. Ses coéquipiers ont pu s'appuyer sur lui pendant des années. C'est encore plus vrai à New Jersey où il a amélioré toutes ses statistiques. Il enregistre quelques beaux triples-doubles aux côtés d'un maître en la matière ; Jason Kidd.  Même lorsqu'il a commencé à baisser statistiquement, Vince s'est fait une place dans le collectif en apportant des points du banc ou avec un shoot à 3pts plutôt fiable. 

 

1-1 : Vince revient au score. Julius est un leader excellent mais a été mieux entouré que Vince, souvent esseulé malgré quelques piges au haut niveau avec Jason Kidd. Vince Carter a vraiment souvent dû tenir la baraque seul, chose qu'il a plutôt bien réussie.

 

  • Round 3 : Distinctions personnelles

 

Sylvain : Après un règne incontesté sur l'ABA avec trois titres et les principales distinctions personnelles en poche, Julius Erving laisse son empreinte sur la NBA. Elu MVP en 1981, il intègre à cinq reprises la All-NBA First Team. Chaque mois de février, il est retenu au All Star Game, un match spectacle qui correspond à son jeu hyper flashy. Il décroche même deux titres de MVP en 1977 et 1983. Dès ses débuts avec les 76ers, Dr J se met en quête d'une bague. Finaliste contre les Blazers de Bill Walton en 1977, Phila remporte les deux premiers matchs avant de sombrer totalement lors quatre rencontres suivantes. Archi dominant au scoring, Erving mène les siens à deux reprises aux NBA Finals contre les Lakers en 1980 et 1982. Mais, là encore, il ne parvient pas au titre suprême, balayé par le showtime des californiens. Le recrutement la saison suivante de la légende Moses Malone va redistribuer les cartes. Le duo écrase la concurrence dans la Conférence Est et retrouve Los Angeles sur sa route. La vengeance sera éclatante avec un sweep d'anthologie sur les hommes de Magic Johnson. Le Doctor décroche enfin cette bague tant attendue.

 

Dave : Vince Carter n'a jamais été MVP et n'a jamais été dans la All NBA First team. Avait-il le niveau pour y arriver ? Oui... mais non. Vince Carter évolue au meilleur de sa forme de 1998 à 2009. Une éternité au haut niveau pendant laquelle il est confronté à son poste à Michael Jordan, Tracy McGrady, Allen Iverson, Ray Allen, Dwyane Wade et Kobe Bryant... Difficile de se démarquer dans ces conditions. Vince collectionne pourtant quelques sélections dans les All NBA second et Third teams, un titre de Roy dans une belle cuvée et huit sélections au All-Star Game. Collectivement, il est champion Olympique en 2000 et d'Amérique avec les Etats-Unis en 2003 mais n'a pas fait mieux en NBA que des titres de champions de Division avec le Magic et les Nets. 

 

2-1 pour Julius Erving. Vince Carter ne fait absolument pas le poids face à Julius Erving sur le plan des récompenses. On parle d'un multiple MVP et champion contre un scoreur génial mais éternellement dans l'ombre de ténors mieux entourés ou simplement un cran au dessus.

 

  • Round 4 : La technique

 

Sylvain : Racé et élégant, Dr J est un esthète du basket. Quand il débarque à Phila, la NBA fait son baptême de l'air. Sa manière de tenir la gonfle d'une main pour mieux se débarrasser de ses défenseurs est légendaire. Ses actions, il les finit par un finger roll des familles on par un dunk surpuissant. Car c'est bien là, sa marque de fabrique. Erving hisse cette discipline au rang de véritable art, une arme ultime pour mieux marquer son territoire et décourager l'adversaire de se mettre sur son chemin. Sa détente hors du commun et son temps de suspension lui permettent d'écraser des dunks dans toutes les raquettes de la Ligue. A cette puissance, le Doctor ajoute l'élégance et la créativité... la grande différence avec d'autres grands noms de cette spécialité. Lors du Slam Dunk Contest de 1976, Dr J est le premier à réaliser "The Big One" en prenant son impulsion de la ligne des lancers-francs. Mais son dunk signature reste le bien-nommé "Rock the Baby" : en contre-attaque, il élimine le malheureux Michael Cooper en berçant d'une main le ballon de haut en bas avant d'exploser l'arceau. Place aux images sur fond de Bobby Womack pour les nostalgiques des 70's.

 

 

David : Techniquement, Vince Carter est très complet. Bon dribbleur, bon shooteur, il sait se placer, attaquer et faire jouer ses coéquipiers. Défensivement, il n'est pas au même niveau mais son niveau en attaque contre-balance complètement ce défaut. Surtout, c'est son agressivité et ses performances physiques qui en ont fait un si grand athlète. On est tous restés bouche bée devant certains de ses dunks et shoots, Skywalker est incontestablement un des arrières les plus techniques de ces vingt dernières années. Surtout, Vince a un énorme Q.I basket puisqu'il a su faire ce que beaucoup n'ont pas réussi... évoluer en même temps que son corps et adapter sa manière de jouer selon ce qu'il pouvait apporter à l'équipe. C'est une chose que Kobe et Iverson ont beaucoup moins bien gérée lors de leurs dernières années. En images, voici ce que savait faire Vince à son plus haut niveau !

 

 

3-1 pour Julius Erving : Vince Carter perd du terrain. Dr J était meilleur défenseur et plus technique. Si on s'en tenait simplement au shoot et au dunk, les deux hommes auraient pu être à égalité.

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive

 

Sylvain : De Michael Jordan à Vince Carter, des générations de stars se réclament de Julius Erving. Son héritage dans la NBA moderne est énorme. Ses prouesses aériennes émerveillent les jeunes et contribuent au développement de la ligue dans les médias. Sa hype dépasse largement le cadre du basket et de nombreux produits dérivés fleurissent de partout. Soda, corn-flakes, jeux vidéo, toutes les grandes marques américaines cherchent à s'approprier l'image du Doctor. Il devient même le premier basketteur de l'Histoire à avoir une chaussure commercialisée sous son nom. Il fait même quelques apparitions au cinéma, notamment dans le film "Phildelphia" aux côtés de Tom Hanks. Intronisé au Hall of Fame en 1993, Erving est un personnage respecté encore aujourd'hui dans le monde de la NBA.

 

David : Avec Kobe, Ray, Tracy, Dwyane et Allen, Vince fait partie de ces "power guards" qui ont régné sur la NBA pendant l'après Jordan. Même si les titres se partageaient entre les Spurs et les Lakers, ce sont tous les joueurs précédemment cités qui faisaient l'image de la NBA. Vince était l'un des fers de lance de la ligue, jamais champion mais toujours premiers des highlights, toujours adulé par les fans. Son seul Slam Dunk Contest est encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus beaux de l'histoire. Son style de jeu aérien et agressif ainsi que sa mentalité de showman ont sans doute fait aimer le basket à beaucoup. On est nombreux à avoir imité Carter sur un playground en pointant les doigts vers le ciel ou en criant "It's over !" après un shoot chanceux. Carter est encore aujourd'hui le 3ème meilleur marqueur des Raptors (Chris Bosh et DeMar DeRozan sont passés par là) et est également 3ème chez les Nets, derrière Buck Williams et Brook Lopez... Mais devant Richard Jefferson, Jason Kidd et... Julius Erving !

 

4-2, score final, victoire de Julius Erving. Comme souvent dans les duels de génération, il y a un round où on n'arrive pas à départager les joueurs. Julius Erving a inspiré tellement de joueurs et a laissé une trace indélébile dans l'histoire de la NBA avec des moves légendaires et des performances dantesques. Les dunks de Vince Carter sont par contre encore présents dans les esprits des fans actuels et son attitude de showman, ses actions surpuissantes et surtout, son exposition dans la NBA surmédiatisée des années 90 et 2000 en font un joueur incontournable. Il perd malgré tout ce duel mais s'en sort avec les honneurs.

 

La semaine prochaine, nous vous proposerons deux nouveaux duels, un le samedi et un le dimanche. Cette fois, on ne s'intéressera plus aux joueurs mais nous confronterons des équipes d'époques différentes !

 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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