Allen Iverson Vs Russell Westbrook

Second duel de génération sur Inside Basket. Toujours la même recette, nos rédacteurs vont devoir convaincre de la surpuissance d'un joueur actuel comparé à un ancien. Aujourd'hui, on s'attaque encore à un grand meneur du moment avec Russell Westbrook défendu par Sylvain. Face à lui, David a dû sortir l'artillerie lourde avec Allen Iverson.

Après Reggie Miller et Stephen Curry la semaine dernière, on reste dans un sujet d'actualité avec Allen Iverson et Russell Westbrook. L'ancienne gloire de Philadelphie avouait récemment qu'il voyait en Westbrook son équivalent actuel... Mais qui est le plus fort des deux joueurs ? C'est le match de la semaine. En attendant la contre-attaque de Sylvain pour Westbrook, parole à David qui défendra Iverson pour le premier round de ce match :

 

  • Round 1 : L'impact offensif

 

David : Septième joueur All-Time en terme de points marqués par match avec 26,66pts de moyenne. Je pense que ça suffit pour vous classer un joueur. Pourtant, Iverson avait beau dire qu'il mesurait 1m82, Larry Brown affirmait qu'il n'atteignait pas le mètre 80. En tout cas, ça ne l'a pas empêché d'être plus offensif encore que Kobe Bryant et Shaquille O'Neal pour ne citer que deux des plus grands rivaux d'Iverson. Allen Iverson était une machine en attaque comme on en a peu fait et comme on n'en fera plus. Personne ne pouvait l'arrêter et son style est inimitable, personne n'a su approcher le style de A.I. Du haut de son physique de lutin, il est 4 fois meilleur marqueur NBA et fait partie des rares joueurs à avoir inscrit 60pts en un match... Faut-il rappeler qu'il est le plus petit à y être parvenu ?

 

Sylvain : Si Russell Westbrook n'est pas le leader offensif de son équipe (ce rôle revenant à Kevin Durant), il n'en reste pas moins une menace permanente. La preuve en a été donnée l'an passé avec la blessure de KD. Le meneur casse la baraque et les bouches de ses défenseurs en finissant meilleur marqueur de la Ligue avec 28,1 points de moyenne. Dans la dernière ligne droite de la saison, Russ tourne même à plus de 32 points avec une pointe à 54 pions contre Indiana (son record en carrière). Drafté par les Supersonics, il déménage dans la foulée pour le Thunder. Deux noms de franchises qui sont des métaphores parfaites de son basket. Survolté balle en main, Westbrook joue avec les doigts dans la prise. Il franchit le mur du son à chaque contre-attaque et dynamite les défenses grâce à sa surexcitation. Si d'aventure, Durant décidait de changer de crémerie cet été, le potentiel offensif de Westbrook n'aurait, alors, plus que le ciel comme limite.

 

Résultats : 1-0 pour Russell Westbrook. Si Iverson est plus scoreur que Westbrook, le meneur d'OKC provoque bien plus de paniers en impliquant plus ses coéquipiers. 

 

  • Round 2 : Polyvalence et Leadership 

 

Sylvain : Depuis plusieurs saisons, la polyvalence de Westbrook détonne dans les tableaux statistiques. Le meneur enchaîne les triple double comme d'autres enfilent les perles. Avec 32, il est le deuxième joueur en activité dans ce classement, juste derrière LeBron James, mais à seulement 27 ans. L'an passé, il a enchaîné quatre rencontres de suite en triple figure, une première depuis Michael Jordan en 1988. Cette saison, il caracole en tête avec déjà 13 triple double réalisés, dont certains ont défié les lois de ce sport. En mars contre les Clippers, il cumule 25 points, 20 passes et 11 rebonds : depuis Magic Johnson en 1988, aucun joueur n'avait atteint les 20 points et 20 passes dans un triple double. Russ repousse les limites physiques du poste de meneur. Avec 7,5 rebonds par match, il devance de loin tous les autres point guards, et même la plupart des arrières et ailiers de la ligue. La preuve en image avec ce mix Triple-Double Machine.
 

 

David : Iverson n'est pas LeBron James ni Magic Johnson, il n'a pas le gabarit pour être aussi polyvalent. Même si son jeu est définitivement axé sur l'attaque, ça n'en fait pas un joueur unilatéral qui ne fait que scorer. Souvent utilisé à la mène, l'arrière a distribué une grosse dose de passes décisives tout au long de sa carrière. Ses 6,2 assists de moyenne en attestent. A la ramasse en défense, il compense avec sa capacité à voler le ballon des mains de son adversaire. Il finit meilleur intercepteur de la saison à deux reprise (2003 et 2005) et enregistre 2,2 steals par match en carrière. Quant à sa capacité à mener une équipe, il l'a montré en 2001, il a su porter un groupe de bras cassés en Finales NBA. Car si Dikembe Mutombo était encore au niveau, à côté, il n'y avait pas grand chose mis à part le modeste Eric Snow et un Raja Bell encore trop frais. N'en déplaise à Matt Geiger... c'est belle et bien les 35pts de moyenne du poids plume qui ont hissé Philly jusque à cette joute finale face à L.A. Les Angelenos ont d'ailleurs bien tremblé face à ses 48pts pour la victoire au match 1.

 

Résultats : 2-0 pour Russell Westbrook. On ne peut pas limiter la polyvalence d'un joueur à son nombre de triples-doubles... Mais dans cet exercice,  Iverson est tout de même mené 32 à... 1 ! Dans ces conditions, difficile de ne pas donner le point à Russ

 

  • Round 3 : La technique 

 

David : Avec sa vitesse, c'est la technique qui fait toute la différence pour Iverson. Un extraterrestre ! Nombreux sont ceux qui ont décrit son jeu comme une version accélérée de Michael Jordan mais Allen n'est pas Kobe... Son jeu n'est pas calqué sur celui de M.J.  Il a son propre style et révolutionne entre autres les dribbles. Ses crossovers affolaient les défenses bien avant ceux de Stephen Curry. Et on a rarement vu des joueurs aussi aptes à se créer leur shoot. Les moves d'Iverson étaient si rapides et précis qu'il pouvait conclure la majorité de ses pénétrations par un shoot dans n'importe quelle position. Un des seules moyens de l'arrêter, faire faute... mais le hack-a-Iverson n'est pas efficace avec ses 78% de réussite aux lancers-francs. Voici un mix des plus beaux moves d'Iverson pour se rendre compte de l'efficacité du feu follet. 

 

 

Sylvain : La technique importe, finalement, peu à Russell Westbrook. Pour lui, le chemin le plus court vers le cercle est souvent la ligne droite. Adepte des coast to coast endiablés, le road runner du Thunder doit faire pâlir nombre de sprinters. Sa vélocité lui permet également de slasher les défenses en pénétration, où l'on peut entendre des déflagrations lors de son passage dans la raquette ; ses incartades dans la peinture se ponctuant, très souvent, par des dunks tonitruants. Son style se caractérise par une débauche d'énergie de tous les instants rendue possible par des qualités athétiques hors normes. Blessé au genou lors des playoffs 2013, Westbrook a subi trois opérations par la suite. Ses capacités physiques auraient pu en pâtir, mais une fois de plus, le meneur prouve que sa cuirasse est blindée. Dès 2015, il revient plus fort que jamais avec une intensité qui ne baisse pas d'un iota.

 

Résultats : Allen Iverson remporte cette manche et revient à 2-1. Pour sa façon de trouver toujours une solution pour shooter et pour ses dribbles qui ont dû inspirer la plupart des joueurs qui l'ont suivi en NBA (Sans doute Westbrook aussi), Iverson devait être récompensé au niveau technique. 

 

  • Round 4 : Distinctions personnelles

 

Sylvain : Drafté en 4ème position en 2008, Westbrook s'impose d'emblée en tant que titulaire à OKC. Il finit dans la NBA All-Rookie First Team. En 2011, il connaît sa première saison à plus de 20 points de moyenne (21,9 points) et logiquement est élu au sein de la All-NBA Second Team. Performance qu'il réitère en 2012, 2013 et 2015. Avec cinq sélections au All Star Game, Russ réussit le back to back pour le titre de MVP en 2015 et 2016. Lors de ces orgies offensives, le jeu flamboyant du meneur dénote au milieu d'autres All Stars se tirant la bourre à 3 points. C'est au niveau du palmarès collectif que le bas blesse. Le seul fait d'arme de Westbrook reste cette finale NBA 2012 perdue 4 à 1 face au Big Three du Heat. Avec 43 points dans le Game 4, il réalise le plus gros carton de la série. Pour parvenir à la dernière marche, le Thunder élimine quand même les trois derniers champions (Dallas, San Antonio, Los Angeles). Pour gravir un échelon au sein du Panthéon de la Ligue, le duo Durant-Westbrook doit décrocher une bague, sous peine de finir comme Karl Malone et John Stockton, le tandem Poulidor de la NBA.

 

David : Pendant que Kobe rongeait son frein sur le banc des Lakers. Iverson cassait déjà la baraque et les chevilles de Jordan sur le terrain des Sixers. 23pts et 7pds de moyennes d'entrée de jeu pour un logique titre de Rookie of the Year​ en 96... l'une des plus belles drafts de l'histoire, rappelons-le. Au terme de sa carrière, il apparaît trois fois dans la NBA First Team et trois fois dans la Second Team... On rappelle qu'il a côtoyé une foule d'arrières de qualités entre Michael Jordan, Kobe Bryant, Tracy McGrady, Vince Carter et Ray Allen. 11 fois All-star et deux fois MVP du match, Iverson, c'est aussi quatre titres de meilleur marqueurs, deux de meilleur intercepteurs et cerise sur le gateau, un titre de MVP de la saison en 2001... le plus petit MVP de l'histoire !

 

Résultats : Allen Iverson égalise avec ce round, 2 partout ! Les titres NBA ne départagent pas les deux joueurs, aucun n'a pu soulever cette coupe. Mais avec un titre de ROY dans une des drafts les plus mémorables et un trophée de MVP face à un Shaquille O'Neal au top de sa forme... Iverson revient forcément au score sur le plan des distinctions personnelles. 

 

  • Round 5 : Impact sur le basket, sportivement et culturellement 

 

David : Il n'est pas impossible que sans Iverson, les joueurs actuels porteraient encore des shorts courts... Ce style vestimentaire moderne, c'est lui qui l'amène en NBA. Les shorts trops longs, les manchettes, les tatouages en pagailles, les Cornrow... On ne compte plus les joueurs, pros ou non, qui ont imité Iverson à un moment ou à un autre. Et bien sûr, ceci ne s'arrête pas à l'apparence. Sa façon de jouer est inégalable, mais beaucoup plus identifiable pour Monsieur tout le monde que celle d'un athlète de 2m... Et encore, même LeBron avait des posters d'Iverson. 
Les moves directement sortis des terrains de streetball, c'est aussi à Iverson qu'on les doit, bien plus qu'à Jason Williams ou Rafer Alston. The Answer, c'est la coqueluche de toute une génération qui s'est mise à porter des maillots d'Iverson ou à se faire des tresses sans rien n'y connaître au basket à part la classe du n°3 de Philadelphie. 

 

Sylvain : Difficile de quantifier l'impact de Westbrook sur le jeu. Le meneur est encore à son prime et peut encore réaliser nombre de prouesses. A l'heure actuelle, il passe pour un mutant physique capable d'enchaîner des triple double stratosphériques. Finalement, le plus gros impact de Russ est dans celui... de la mode ! Le meneur s'est invité à la Fashion Week de Paris en 2014, puis à celle de New York l'an passé. Au premier rang des défilés, le All Star est souvent consulté au même titre que les divas de la mode. Passionné de haute-couture, Westbrook crée des tenues et accessoires pour plusieurs marques. Il est devenu le porte étendard de jeunes créateurs avant-gardistes. Ses tenues mi-masculines, mi-féminines ne passent jamais inaperçues dans le microcosme de la NBA. Il agrémente le tout d'une paire de lunettes futuriste, issue de sa collection qui en compte plus d'une centaine.

 

Résultats finaux : On aurait été tenté de mettre les deux joueurs à égalité tant Westbrook monte en puissance. Mais Iverson a eu trop d'impact médiatique dans sa carrière pour ne pas remporter cette manche. 3-2 pour Allen Iverson qui est le second vainqueur des duels des générations. On se retrouve la semaine prochaine, cette fois, on s'attaquera à des poids lourds avec deux intérieurs !

 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

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