Shawn Kemp Vs Blake Griffin

Troisième manche de duel de génération sur Inside Basket. Le concept reste le même, comparer une star actuelle à son alter-ego du passé. Cette semaine, on prend de la hauteur avec une opposition de gros dunkeurs. Sur le ring, David mettra le maillot de Blake Griffin et Sylvain enfilera celui de Shawn Kemp.

Si la date du retour de blessure de Blake Griffin est au centre de tous les fantasmes, le Clipper est bien présent dans duel de génération. Face à lui, un autre ailier fort qui a martyrisé les cercles de la NBA plusieurs saisons durant, Shawn Kemp. L'occasion, également, de ressusciter le temps d'une chronique, la défunte franchise des Supersonics de Seattle.

 

  • Round 1 : L'impact offensif


Sylvain : Sans cursus universitaire, l'homme-enfant Shawn Kemp débarque dans la ligue prématurément. Il paye son manque de référencement en NCAA en n'étant sélectionnant qu'en 17ème position par les Supersonics. La franchise ne sait pas encore qu'elle vient de dégoter son avion à réaction. Après une année rookie passée sur le banc, Kemp est libéré par le transfert de la star locale, Xavier McDaniel, aux Suns. Il connaît alors une ascension aussi fulgurante que constante. Lors du coup d'envoi de la saison 1992-1993, il confirme d'emblée son nouveau statut de star en claquant 29 points et 20 rebonds et participe à son premier All Star Game. Il atteint son prime en 1996, où ses 19,6 points et 11,4 rebonds, guident les Sonics jusqu'à la finale NBA. Son physique robuste et sa vélocité dans les airs le rendent inarrêtable sur jeu rapide. Son entente fusionnelle avec le meneur Gary Payton hisse l'attaque explosive de Seattle au panthéon de la Ligue. Les deux compères squattent les Top 10 de l'époque grâce à des alley-oops télépathiques. La preuve en images :
 


David : Avec un Naismith Award et un John Wooden Award, Blake Griffin brille au collège et en NCAA avec les Sooners d'Oklahoma. Meilleur joueur universitaire, il est logiquement drafté par les Clippers avec leur first pick en 2009. Mais celui qui est déjà pressenti comme le futur Rookie of the Year connaitra vite une grosse déception. On lui diagnostique une fracture de fatigue avant même le début de la saison... Griff est forfait pour tout l'exercice ! L'intérieur ne se laisse pourtant pas démonter, il fait finalement ses débuts l'année suivante et montre tout son talent à la planète basket. 22,5pts, 12,1rbds et 3,8pds de moyennes, bien assez pour être élu ROY... même avec un an de retard sur les prévisions. La NBA se voit dôtée d'une nouvelle tête de proue. Les fans découvrent un phénomène athlétique, un dunkeur énorme dont on a pas vu d'équivalent depuis Shawn Kemp bien entendu. Les Clippers comprennent vite qu'il est l'avenir de la Franchise et décide lui offrir son Payton en engageant Chris Paul. Exit Baron Davis, c'est au tour de l'ancien Hornet de propulser Blake en orbite avec ses passes. A eux deux, ils métamorphosent complètement les Clippers qui se fraient une place parmis les prétendants au titre... pendant que les Lakers, rois du Staples, commencent progressivement leur période famélique. 

 
Résultat : 1-0 pour Blake Griffin. Les deux larrons bénéficient de deux meneurs d'exception à leurs côtés pour leur fournir des caviars. Et à ce petit jeu, c'est bien le Clipper qui présente les meilleures moyennes de points.
 
  • Round 2 : Polyvalence et Leadership
     

David : Si les Clippers ne font plus rire, c'est grâce à Blake Griffin. Chris Paul y est pour beaucoup aussi bien entendu mais c'est bel et bien l'arrivée du rouquin qui a mis les autres Angelenos sous le feu des projecteurs. Sans Blake, on doute que les Clippers auraient pu décrocher leurs premiers titres de division en 2013 et 2014. Les Clippers trois saisons de suite au dessus des 50 victoires ? C'est le miracle Griffin, impensable il y a 10 ans. Outre sa capacité énorme à marquer des paniers en puissance avec ses dunks, Blake a développé une belle palette de mouvements. Il a travaillé son shoot également, ce qui le rend bien plus polyvalent. Surtout, il est un excellent passeur pour un intérieur... dans une équipe qui compte Chris Paul et coachée par Doc Rivers, cet avantage fluidifie considérablement la circulation du ballon chez les Clippers dont le collectif est magnifique à voir. Le Showtime n'est plus pourpre et or à L.A, il est rouge et bleu ! 

 

Sylvain : Dès son année sophomore, Kemp guide les Sonics vers les playoffs, qu'il ne quittera plus jusqu'à son transfert en 1997. Son tempérament de feu et ses célébrations après des dunks monumentaux lui confèrent une place de choix dans le cœur des fans. Au fil des années, il perfectionne même sa panoplie offensive, pour devenir plus qu'un simple dunkeur. The Reign Man se dote d'un tir à mi distance fiable pour un joueur de son gabarit et s'implique de plus en plus dans le partage de la balle. En défense, Kemp n'est pas avare d'efforts, souvent présent au block en deuxième rideau (2,1 contres en 1994) ou en pressant son adversaire pour intercepter (1,8 steal toujours en 1994). A son apogée en 1996, Kemp est le prototype même de l'ailier moderne que s'arracherait la NBA actuelle. Son transfert à Cleveland va sonner le glas de son règne. Prenant du poids chaque saison, il se transforme petit à petit en pivot pachydermique, non sans un certain succès les deux premières saisons (20,5 points et 9,2 rebonds). Mais par la suite, il frôle le ridicule, n'étant plus que l'ombre de lui-même, incapable de sauter par dessus un pancake sans le manger.

 

Résultat : 2-0 pour Blake Griffin. Depuis son arrivée en Californie, Griffin a métamorphosé la franchise. Les losers légendaires angelenos surpassent désormais leurs voisins Lakers et comptent parmi les cadors de la Ligue. The Reign Man bénéficiait déjà d'un groupe solide au sein duquel il s'est s'épanoui et a perdu toutes ses facultés quand il a quitté son cocon.

 

  • Round 3 : La technique


Sylvain : Tout au long de sa carrière chez les Sonics, Shawn Kemp peaufine sa technique. A son arrivée dans la ligue, l'étalon virevoltant passe le clair de son temps dans les airs à persécuter les arceaux ou asséner des claquettes dunks assourdissantes. Lors d'un match à Sacramento, il s'élève tellement haut qu'il se cogne au panneau. Verdict : cinq points de suture. Dans les années 90, les posters de ses prouesses aériennes tapissent les chambres des jeunes fans de ce sport. A force de travail et de détermination, The Reign Man étoffe sa palette offensive, à base de spin move dos au cercle et de pick'n'roll, avec son acolyte Payton, passés à la postérité. Débordant d'énergie aux quatre coins du parquet, Kemp est le genre de joueur capable d'enchaîner un coast to coast tonitruant avec un air ball au poste, l'action suivante.

 

David : Blake est un phénomène athlétique et c'est surtout pour ça qu'il est si bon. Malgré ses 2m08, il est très mobile et sa vitesse combinée à sa puissance en font un résultat détonnant. Même si c'est sa principale qualité, il serait néanmoins réducteur de limiter le jeu de Griffin par ses poster sur Mozgov ou Gasol. Griffin s'améliore techniquement chaque année et son jeu devient de plus en plus complet. Il tient la baraque quand Paul n'est pas là et à 27 ans, il peut encore progresser. Mais puisque c'est ce que tout le monde attend, il est temps de se régaler avec un festival de dunks de Earth Quake !

 


Résultat : Shawn Kemp revient au score 2-1. Sur leur capacité à enfourcher des adversaires pour claquer des dunks, Kemp et Griffin se valent. Au fil des ans, le Sonic a abandonné son côté bourrin pour affiner sa technique. Griffin progresse dans beaucoup de domaines mais mise encore trop sur son physique.

 

  • Round 4 : Distinctions personnelles


David : MVP de la Summer League en 2009 avant sa fracture de fatigue, il est finalement Rookie of the Year 2011, puis participera à 5 All-Star Game et sera élu 3 fois dans la All-NBA Second Team. Il atomise la concurrence en 2011 au Slam Dunk Contest avec son dunk par dessus une voiture et remporte bien entendu ce tournoi. Individuellement, Blake brille... Mais collectivement, les Clippers squattent le haut du classement sans jamais réellement flirter avec la première place. Deux titres de champions de Division pour les Clipps de Griffin et des éliminations violentes en playoffs face aux Spurs ou les Rockets. Il manque au duo Paul-Griffin une participation à des finales NBA pour être de la même trempe que Stockton et Malone ou Payton et Kemp.

 

Sylvain : Sur le plan individuel, Shawn Kemp participe à six All Star Game entre 1993 et 1998, où ses performances aux Slam Dunk Contest restent dans les annales. Dans le sillage des excellents résultats des Sonics (2 saisons à 63 et 61 victoires), il est nommé à trois reprises dans le All-NBA Second Team. Mais au contraire de son adversaire du jour, Kemp parvient à hisser son équipe en Finale NBA en 1996. En venant à bout des Kings, des Rockets et du Jazz au terme d'un match 7 dantesque, il remporte le titre de la Conférence Ouest. Une performance au vu des cylindrées de l'époque. Lors des six matchs des Finals, il compile 23,3 points, 10 rebonds et 2 contres, mais face aux invincibles Bulls, il tombe les armes à la main. Il peut se consoler avec sa médaille d'or obtenue lors des Championnats du Monde 1994.
 

Résultat : 2-2. Shawn Kemp s'est forgé un palmarès à Seattle et surtout, il a réussi à accéder aux Finals. Il laisse son nom sur les tablettes de la franchise en étant le leader aux contres et rebonds offensifs. Griffin doit encore prouver qu'il peut tirer les Clippers vers les sommets.

 

  • Round 5 : Impact sur le basket et vie extra-sportive


Sylvain : Définitivement, Shawn Kemp est l'homme aux deux visages. The Reign Man laisse derrière lui d'incroyables poster-dunks et une foule d'actions hyper spectaculaires immortalisées dans les Top 10. Mais, en quittant le maillot des Sonics, il passe du côté obscur en cumulant les faits divers qui ternissent désormais sa réputation. Sous le maillot de Portland et Orlando, il passe plus de temps en cure de désintoxication que sur le parquet. Il alterne les mélanges alcool et drogues. Son corps ne suit plus et devient un fardeau. En coulisses, Kemp agite la sphère extra-sportive. Après des tests de paternité, il laisse derrière lui 7 enfants ! Ces révélations vont finir de briser sa réputation.

 

David : Blake a réussi là où Elton Brand a échoué il y a quelques années ; il a rendu les Clippers Bankable. Après l'affaire Donald Sterling, les Clipps sont au fond du gouffre et cherchent un nouveau propriétaire. Deux ans plus tôt, la Franchise aurait été bradée mais avec les alley oops de Griffin, l'équipe vaut des millions maintenant.... bien plus que ça en fait puisque c'est pour 2 milliards de dollars que Steve Ballmer s'offre l'autre équipe de Los Angeles ! Nouveau prorio, nouveau maillot, un grand coach avec Doc Rivers, des joueurs de qualité avec en plus de Paul, des noms comme ceux de Jamal Crawford, Paul Pierce, DeAndre Jordan ou Lamar Odom à une époque... Même si le succès n'est pas au rendez-vous, on fait tout pour se donner les moyens du côté des Clippers. En plus de ce qu'il a fait pour transformer l'équipe, Blake Griffin est un bout-en-train qui ne rate jamais une occasion d'amuser la galerie. On l'a vu en showman au Slam Dunk Contest ou dans un match de basket contre Marvin le martien pour une pub de Jordan Brand par exemple. Griffin a d'ailleurs avoué qu'il rêvait de jouer dans Space Jam 2 à l'époque. Pour faire simple, comme Kemp à son époque, Griffin a réussi à ancrer son image dans l'esprit des fans en très peu de temps et bien entendu, ses agressions du panier en sont une des raisons.

 

Résultat : Blake Griffin s'impose 3-2. Impossible de comparer l'aura des deux protagonistes tant il y a un monde d'écart. Malgré une bagarre récente en coulisses, Griffin dégage une image positive de showman. Tout le contraire d'un Shawn Kemp, qui certes a eu des moments de gloire, mais qui a fini sa carrière de manière ridicule. Rappelons qu'il a raté un avion pour un match en prétextant qu'il ne voulait pas réveiller son chien qui dormait devant sa voiture ! Victoire donc, sans appel, du Clipper. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau duel.

 

Article co-écrit par Sylvain Hermer et David Kalmes

 

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