Pourquoi Tom Thibodeau est un type incroyable ?

Les Chicago Bulls comptent parmi l'élite du basketball américain. Pourtant, l'iconique franchise de l'Illinois était plongée dans un abîme de perplexité depuis son dernier sacre en 1998. Son retour au premier plan relève du génie d'un seul homme : Tom Thibodeau. En voici mon apologie.

Un ami qui m'est très cher est un type incroyable. Il parvient à extraire la quintessence de tout objet atterrissant entre ses mains. Donnez-lui un crayon et il vous dessinera sur la table un Corto Maltese aussi expressif que celui d'Hugo Pratt. Filez-lui un ukulele et il vous fera danser sur une reprise de Where is my mind, ce tube légendaire des Pixies. Passez-lui une balle orange et il vous fera un extraordinaire airball. Comme je vous le disais, cet ami banal de prime abord, est un être tout à fait atypique par sa capacité à sublimer chaque situation qui s'offre à lui, en y apposant sa culture : une culture en laquelle il croit et aime plus que tout autre chose dans ce bas monde.

 

Cet ami qui m'est très cher est un type incroyable et c'est à lui que je pense lorsque je vois Tom Thibodeau, l'entraîneur des Chicago Bulls.

Avant de prendre les rênes d'une franchise NBA, Thibodeau a roulé sa bosse d'assistant coach pendant près de deux décennies, perfectionnant ses schémas défensifs au sein des Celtics, Rockets ou autres Spurs. Deux décennies se sont avérées nécessaires pour qu'une franchise accepte de lui faire confiance et ce sont les Chicago Bulls qui ont dégainé les premiers. Une équipe alors en quête de repères courant derrière son lustre d'antan et fuyant le spectre d'un certain Michael Jordan.

 

Un spectre que Bill Murray, fan absolu des Chicago Bulls, n'est pas parvenu à chasser avec son gang des Ghostbusters.

 

Thibodeau, lui, y est (quasiment) parvenu. Il a su exploiter le groupe qui se présentait à lui (une équipe jeune au fort potentiel) pour lui inculquer sa culture. Une culture devenue en l'espace d'une saison, la marque de fabrique d'une franchise qui pouvait enfin s'épanouir au delà du mythe.

En 2003, les Bulls étaient également une équipe jeune au fort potentiel mais a failli dans sa soif de reconquête en souhaitant reconstruire sur les cendres d'un jeu enflammé qui avait fait la réputation de l'équipe sextuple championne NBA entre 1991 et 1998. Porter la tunique des Bulls peut être un fardeau pour tout joueur, novice ou confirmé. La pression des fans y est énorme. Lorsque je vivais non loin de Chicago, au début des années 2000, mes potes incendiaient à tout vent un joueur dès la moindre contre performance. En ne parvenant pas à imposer une nouvelle identité de jeu, l'entraîneur de l'époque (i.e. Bill Cartwright) a brûlé les ailes de ses joueurs et frustré des fans assoiffés de victoires qui ne demandaient pourtant, qu'à croire en "ces" Bulls.

 

Thibodeau n'a pas fait la même erreur en héritant d'une franchise qu'il a conduit à devenir "ses" Bulls.

 

Une transformation qui ne tient pas du miracle mais du travail. Le travail acharné d'un entraîneur passionné qui a irrigué la franchise du Midwest par sa soif de l'effort, son sens du sacrifice, son appétit pour le dévouement et sa haine du laxisme. Mais surtout, Thibodeau est parvenu à imprégner dans les gênes de l'équipe son feu sacré : la victoire.

Une équipe qui a du cœur autant que des couilles ne peut suffire dans une ligue aussi exigeante que la NBA. Non. Pour réussir, il faut un cerveau capable de mettre en place une stratégie à même de sublimer un groupe de joueurs. Une stratégie qui saura magnifier un collectif pour le rendre plus fort que la somme de ses individualités. Le cerveau de Thibodeau est de cette trempe là, en composant une équipe redoutable autour d'un quatuor inamovible (Rose-Deng-Boozer-Noah) autour duquel s'agglomèrent des joueurs récupérés ici et là à (plus ou moins) moindre coût : Kirk Hinrich, Kyle Korver, Omer Asik, Ronnie Brewer, CJ Watson, Kurt Thomas, Keith Bogans, Brian Scalabrine, Marco Belinelli, Vladimir Radmanovic, Nazr Mohammed, Nate Robinson ou encore DJ Augustin...

 

Par sa science tactique et son intelligence humaine, Thibodeau sait mettre ses joueurs en position d'exceller défensivement ou offensivement, hissant "sa" franchise dans l'élite de la NBA.

 

Aujourd'hui, comment décrieriez-vous la franchise des Bulls ? Une équipe collective, agressive, physique, opportuniste, imperméable, bosseuse, talentueuse. Mais surtout, vous diriez qu'elle est bien entraînée.

 

Aujourd'hui, à Chicago, Michael Jordan et l'équipe mythique des 90's n'est plus un spectre mais une page d'histoire flamboyante qui s'est tournée. Aujourd'hui, à Chicago, plus personne ne la regrette et se projette uniquement vers le présent et le futur, avec espoir. Un espoir incarné par le visage de Derrick Rose, l'énergie de Joakim Noah et la voix de Tom Thiboeau qui hante à force de "Get'em", les paresseux qui ne sauraient épouser ... "sa" culture.

 

Tom Thibodeau est un type incroyable, tout comme un ami qui m'est très cher et qui saura, sans doute, se reconnaître...