Drazen Petrovic, une pépite au destin brisé (épisode 1/2)

Après s'être attaqué au dernier shoot mythique de Michael Jordan sous le maillot des Bulls, le Père Castor est de retour pour vous parler d'un autre artiste mais à la fin tragique cette fois-ci : Drazen Petrovic.

 

Né à Sibenik, en Croatie, d'une mère libraire et d'un père chef de police, Drazen Petrovic découvre le basket en suivant son grand frère, Aleksandar, sur les playgrounds. Aleksandar est très populaire dans son quartier, lui qui porte fièrement les couleurs de son pays avec l'équipe nationale cadette en 1975. Tout comme beaucoup de frères cadets, Drazen imite son aîné et devient lui aussi amoureux de la balle orange. Cette année-là Drazen ne compte plus les heures passées à s'entraîner, mais à seulement 11 ans les médecins locaux lui retirent sa passion pour le basket en lui diagnostiquant un souffle au coeur qui l'oblige à arrêter toutes pratiques sportives. Ses parents demandent alors une contre-auscultation d'un cardiologue à Belgrade, et le spécialiste rassure le jeune prodige en lui affirmant que ce problème de santé n'est que passager. Cette peur de devoir se passer de sa passion à tout jamais était si forte que son amour pour le basket n'en est que renforcé.

Une fois apte à rejouer, Drazen Petrovic s'entraîne encore plus dur qu'avant. A 15 ans ses efforts paient et lui permettent de rejoindre l'équipe professionnelle de sa ville natale : le KK Sibenka. Il emmène l'équipe première en finale de la coupe Korac à deux reprises, mais bute face au CSP Limoges en 1982 puis en 1983 dans une rencontre qui fait couler beaucoup d'encre. En effet lors de cette seconde finale c'est l'équipe de Drazen qui remporte en réalité le match grâce à ses lancers francs marqués en toute fin de rencontre, mais la fédération intervient et annule ce titre après avoir jugé que ces lancers aient été tirés après le temps réglementaire. Le Sibenka Sibenik refuse de rejouer la rencontre et se voit déclarer vaincu. Une défaite injuste qui contribuera par la suite à créer un monstre surnommé Mozart.

 

 

Après une année obligatoire de service militaire, Drazen Petrovic hésite entre l'université de Notre-Dame et le Cibona Zagreb puis décide finalement de rejoindre son frère Aleksandar à Zagreb, qui évolue en première division croate et rêve de conquérir l'europe. Alors âgé de 19 ans, c'est dans cette équipe que sa carrière va réellement décoller. L'été de cette prise de décision, la Yougoslavie dispute les Jeux Olympiques et Petro en profite pour ramener à la maison sa toute première récompense : une médaille de bronze. L'équipe étant menée par Kresimir Cosic et Dragan Kicanovic, deux stars vieillissantes, Petro doit encore patienter avant de devenir le leader son équipe nationale.

En plus d'être incroyablement fort au basket, Drazen est jeune, beau gosse, et fait des études de droit en parallèle de sa passion. Il a tout pour devenir l'idole de son équipe, mais il va rapidement devenir l'idole de toute une nation.

 

Dès sa première saison sous ses nouvelles couleurs, il emmène les siens en finale de l'Euroligue face au Real Madrid en 1985. Le Real parvient à limiter le prodige à seulement 10 points en première temps, mais ils ne font en réalité que retarder l'inévitable : Drazen Petrovic plante 26 de ses 36 points dans la seconde mi-temps et permet au Cibona Zagreb de remporter l'Euroligue pour la première fois de son histoire.

De retour au pays pour y disputer la demi-finale du championnat de Yougoslavie, Petro ne fait qu'une bouchée du Partizan de Belgrade en inscrivant pas moins de 51 unités. En finale, le pistolero continue sur sa lancée et plante 32 points face à une Etoile Rouge de Belgrade impuissante devant ce phénomène.

Dans la foulée le Cibona Zagreb en profite pour ajouter une coupe de la Yougoslavie à son palmarès, toujours sous l'impulsion de... Enfin bref vous avez deviné je suppose.

 

Lors de l'été 1985, l'équipe nationale de Yougoslavie est en totale reconstruction. Drazen Petrovic a alors toutes les cartes en main pour devenir le patron de sa nation, et il le prouve à l'occasion du championnat d'Europe. Bien trop seul pour pouvoir espérer quelque chose dans cette compétition, le jeune Drazen termine meilleur scoreur du tournoi malgré la septième place de son équipe.

 

La saison 1985-86 est celle de Drazen Petrovic, et personne d'autre. Cette année-là il enchaîne les cartons offensifs (43,3 points par match) et les records. En parlant de record, le 5 octobre 1985 il réalise une performance comparable à celle de Wilt Chamberlain avec ses 100 points marqués en un match puisque le natif de Sibenik plante tout simplement 112 points sur la tête de ses adversaires, le tout avec un irrespectueux 40/60 aux tirs donc 10/20 à trois points. Indéfendable, c'est sans aucun doute l'adjectif qui résume le mieux l'ampleur du phénomène durant cette campagne. 

Grâce aux 37 points de moyenne de Petrovic en Euroligue, le Cibona se hisse de nouveau en finale de cette compétition pour y affronter cette fois-ci le Zalgiris Kaunas de Arvydas Sabonis, l'autre étoile montante européenne. Gêné par une défense bien solidaire, Petrovic n'inscrit que 22 points lors de cette rencontre mais, handicapé par les cinq fautes dès la première mi-temps de Sabonis, le Zalgiris Kaunas s'incline 94 à 82. Drazen est sacré champion d'Europe pour la seconde fois consécutive.

 

A l'été 1986, la Yougoslavie reçoit le renfort de Vlade Divac, alors âgé de 18 ans, pour les championnats du monde. L'équipe étant encore trop jeune, elle ne fait pas long feu dans la compétition.

En parallèle, les rumeurs s'intensifient au sujet du probable départ de Petro du Cibona Zagreb.

Le virtuose reçoit en effet une offre du Real Madrid et se fait drafter par les Trail Blazers de Portland avec le 60ème choix. En accord avec la fédération Yougoslave, il décide finalement de porter les couleurs du Cibona Zagreb jusqu'aux Jeux Olympiques de Séoul, en 1988. Reconnu mondialement pour ses facultés incroyables à scorer, les scouts NBA ne pensent pas qu'il a sa place dans la grande ligue en raison de sa défense jugée trop laxiste mais avec ce 60ème choix les Trail Blazers n'ont pas grand chose à perdre en tentant le pari Drazen Petrovic.

 

Lors de la saison 1986-87, le niveau de jeu du championnat Yougoslave s'élève considérablement et le nombre d'équipes pouvant espérer soulever le trophée en fin de saison se multiplie. Le Cibona ne perd aucun match durant la saison régulière, en grande partie grâce aux 37,2 points par soir de Drazen. En playoffs, l'Etoile Rouge de Belgrade créée la sensation en éliminant le Cibona Zagreb. Petrovic et ses coéquipiers se rabattent alors sur la Coupe des Coupes - compétition à laquelle ils participent grâce à leur victoire en finale de la coupe de Yougoslavie la saison passée - pour ne pas finir la saison bredouille. 

En sélection nationale, Drazen participe à l'Eurobasket et hisse tant bien que mal la Yougoslavie sur la dernière marche du podium avec ses 30,4 points de moyenne par match durant la compétition.

 

La saison suivante Mozart continue sa symphonie et inscrit pas moins de 37,2 points par match en championnat. Malgré tout, le Cibona échoue de nouveau aux portes de la finale mais face au Partizan Belgrade de Sasha Djordjevic et Vlade Divac cette fois-ci.

Pour sa dernière compétition européenne avec le Cibona, Petro ramène à Zagreb le trophée de la coupe Korac grâce à ses 47 points marqués en finale face au Real Madrid. Comme cadeau d'adieu, Drazen offre une troisième et dernière coupe de la Yougoslavie à ses fans.

 

Peu avant la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de 1988 à Séoul, Drazen annonce qu'il exporte ses talents à Madrid pour 1,1 million de dollars sur 4 ans. Le Real se positionne alors comme le principal favori des compétitions européennes pour les quatre années suivantes. 

 

Aux JO, la Yougoslavie voit Dusan Ivkovic reprendre les reines de l'équipe après la démission de Kresimir Cosic de son poste de coach. Ivkovic donne les clefs de l'équipe aux jeunes, et plus particulièrement à Drazen Petrovic en attaque. Menée par son meilleur scoreur, Drazen, la Yougoslavie atteint la finale du tournoi où elle rencontre l'Union Soviétique de Arvydas Sabonis. Encore trop mal entouré pour aller au bout, Petro et ses 24 points échouent face au gros double-double de Sabonis (20 points et 15 rebonds). La très jeune équipe de Yougoslavie obtient malgré tout une très prometteuse médaille d'argent face à une équipe bien plus expérimentée.

 

Dès son arrivé à Madrid Petrovic montre rapidement qu'il n'est pas seulement un scoreur hors-pair, mais qu'il peut également délivrer bon nombre de caviars à ses coéquipiers. On voit alors que malgré le fait qu'il domine l'Europe depuis plusieurs années son éthique de travail demeure intacte.

Avec 28 points marqués par match en moyenne, à 54% aux tirs, Drazen répond largement aux attentes placées en lui et montre qu'il peut briller au plus haut niveau européen. Le Real termine la saison régulière avec 29 victoires et 7 défaites et se retrouve en finale du championnat espagnol face à Barcelone. La première rencontre de cette finale est dominée par le Barça mais pour la deuxième manche le Real sort les crocs et arrache la victoire sous l'impulsion d'un Mozart au sommet de son art avec ses 37 points. Rebelote pour les deux rencontres qui suivent, Barcelone remporte le troisième duel et Petrovic plante huit trois points pour un total de 42 points lors de la quatrième rencontre et laisse ainsi une chance au Real de remporter le championnat au terme d'un ultime match.

Ce match qui aurait dû être un incroyable spectacle entre ces deux équipes tourne finalement au fiasco suite à un arbitrage douteux. En effet ce soir-là les arbitres excluent tour à tour les joueurs du Real pour des raisons souvent incompréhensibles. Madrid est carrément contraint de finir le match avec quatre joueurs. Dans ces circonstances le titre file évidemment dans les mains du FC Barcelone.

 

En 1989 le Real va malgré tout tutoyer les sommets à l'occasion de la finale de la coupe des Coupes qui oppose le Real à Caserte, un club italien dans lequel joue Oscar Schmidt, l'un des meilleurs scoreurs de l'histoire du continent européen. Les deux pistoleros se rendent coup pour coup tout au long de ce match qui se termine en prolongation. Dans cette rencontre souvent décrite comme la plus belle jamais jouée en Europe, Drazen Petrovic (62 points) prend le dessus sur le brésilien Schmidt (42 points) et permet au Real de remporter la compétition sur le score de 117 à 113.

 

L'été 1989 est particulier pour l'équipe nationale de la Yougoslavie puisqu'elle accueille les championnats d'Europe à Zagreb. L'effectif est toujours jeune mais a clairement pris du galon par rapport aux années précédentes. Poussé par tout un public, Drazen Petrovic domine le tournoi et termine très logiquement MVP. Lors des phases de poule la Yougoslavie enchaîne les raclées d'au moins 20 points d'écart. Seul la France peut espérer changer la donne vu que Petro est laissé au repos, mais voyant que son équipe est en difficulté le coach Yougoslave fait rentrer son arme de guerre dans la seconde mi-temps et remporte facilement la rencontre grâce à ses 30 points en deux quart-temps.

En demi-finale, la Yougoslavie continue sa domination d'abord face à l'Italie (97-80) puis en finale face à la Grèce (88-77) où Mozart en profite pour conclure sa symphonie de la plus belle des manières en affichant un double-double avec 28 points pour seulement trois tir ratés et 12 passes décisives.

La Yougoslavie remporte alors sa première médaille d'or depuis le début de l'ère Petrovic.

 

A l'issue de la saison 1988-89, Mozart décide qu'il en a finit avec l'Europe et s'offre un nouveau challenge en traversant l'Atlantique pour y porter les couleurs des Trail Blazers de Portland.

 

Je n'avais pas vu l'heure ! Il est temps d'aller se coucher les enfants. Je vous raconte la suite de l'histoire demain !