Chris Paul à la retraite : clap de fin pour le Point God

Chris Paul à la retraite : clap de fin pour le Point God

Aurélien Annecca 18/2/2026 à 07h00
Chris Paul - Los Angeles Clippers - New Orleans Hornets - Phoenix Suns - Houston Rockets
Crédit photo : David Jensen/Getty Images

Chris Paul a annoncé sa retraite, 21 ans après son arrivée en NBA, à la suite d'une dernière saison loin de ses espérances chez les Clippers. L'un des plus grands tire sa révérence avec, derrière lui, une carrière qui en fait rêver plus d'un.

Rares sont les joueurs de petite taille à avoir accompli des exploits en NBA. Parmi eux, Chris Paul en fait indéniablement partie. Du haut de ses 183 centimètres, le meneur de jeu a ébloui nombre de fans de basketball. Après 21 ans de carrière, et une fin bien loin de ses attentes, le Point God a confirmé que l'heure de la retraite avait sonné. Le moment idéal pour revenir sur ses deux décennies d'excellence au haut niveau. 

 

  • Des débuts à new orleans jusqu'à lob city

 

Le 28 juin 2005, les New Orleans Hornets de l'époque réalisent un des meilleurs coups de leur jeune histoire : la franchise sélectionne Chris Paul avec leur 4e choix de Draft. Son impact est immédiat. En 18-64 la saison précédente, l'équipe se transforme dès l'année suivante avec un bilan de 38 victoires et 44 défaites ! Rookie de l'année, CP3 tourne déjà à 16 points, 8 passes, 5 rebonds et plus de 2 interceptions. Son duo avec David West est intéressant et lui aussi passe un cap (conséquence directe de l'impact d'un futur Hall of Famer ?). 

 

NOLA va passer à un tout autre niveau en 2007-08. Pour la troisième saison de Chris Paul, l'équipe gagne 56 matchs en régulière, et les champions en titre, les Spurs, sont poussés jusqu'au Game 7 au deuxième tour des Playoffs ! Le Point God est magistral : All Star, 21 points et 11 passes de moyenne, avec près de 3 interceptions par match ; il est leader des deux dernières catégories statistiques de la ligue. All NBA, All Defensive, le meneur finit deuxième de la course au MVP derrière Kobe Bryant. Presque 20 ans après, le débat reste entier quant au joueur qui méritait de remporter ce trophée, tant le dossier de CP3 était formidable. 

 

Malheureusement, ce sera le sommet de cette équipe. Dès l'année suivante elle décline par manque de talent. Sur les trois saisons qui suivent, elle ne passera plus un tour de Playoffs. Chris Paul reste excellent et un gestionnaire de génie, mais un plafond naturel s'impose. Bientôt en fin de contrat, la franchise à la pression : le meneur veut être compétitif. Un transfert est monté avec les Lakers en décembre 2011. Alors que la NBA est en plein lockout, le Point God rejoint Kobe Bryant pour lui offrir une belle fin de carrière... Sauf que cela n'arrivera jamais. Le trade tombe à l'eau. Quelques jours après, un nouvel échange est monté... Direction Los Angeles, toujours, mais chez les Clippers ! Blake Griffin, nommé All Star pour sa saison rookie, est aux anges : c'est la naissance de Lob City !

 

  • clippers et rockets : les opportunités manquées

 

Al-Farouq Aminu, Eric Gordon, Chris Kaman et un choix de Draft font le chemin inverse, direction New Orleans, pour laisser la place à Chris Paul. Avec des intérieurs comme Blake Griffin, mais aussi DeAndre Jordan, l'association est prometteuse. CP3 retrouve le podium du MVP, reste le meilleur meneur de la ligue et le duo avec son collègue All Star marche à merveille. Les Clippers retrouvent les Playoffs, passent un tour, avant d'être stoppés par les Spurs. L'année suivante est encore meilleure avec 56 victoires, et l'apport de Jamal Crawford en sortie de banc. Mais la postseason est une déception : l'équipe est vaincue par les Grizzlies dès le premier tour. 

 

L'été 2013 marque la venue de Doc Rivers. La franchise ajuste son effectif avec JJ Redick mais, surtout, DeAndre Jordan progresse pour s'imposer comme un des tout meilleurs poste 5 de la ligue. La régulière est toujours excellente. Problème : Chris Paul et ses coéquipiers sortent une nouvelle fois en demi-finale de conférence. Les échecs commencent à s'accumuler.

 

En 2015, après un premier tour dantesque face aux Spurs, lors duquel CP3 se met en valeur, on se dit que c'est la bonne... Raté. Au deuxième tour, les Clippers dominent largement les Rockets et mènent 3-1. Le match 5 est loupé mais ils ont une avance supérieure à 10 points dans le match 6 à l'entame du quatrième quart-temps... Où les Clips vont s'écrouler. Pourtant privé de James Harden, Houston inflige un 40-15 dans la dernière période pour aller chercher un match décisif ! Une fois encore, LAC choke et ils s'arrêtent en demi-finale... 

 

Les Clippers ont laissé passer leur chance et Chris Paul arrive à la trentaine. En fin de contrat en 2018, il fait savoir qu'il aimerait partir. Et cela sera fait à l'été 2017 : il file aux Rockets pour rejoindre James Harden et Mike D'Antoni... pour réaliser une saison grandiose ! Le barbu est clairement le patron, et il sera MVP, mais l'équipe est impressionnante : 65 victoires, le meilleur bilan de l'histoire de la franchise ! Les deux premiers tours sont une formalité puis l'ultime défi se présente : le choc face aux Warriors de Stephen Curry, Klay Thompson, Kevin Durant et Draymond Green. Golden State commence bien (2-1), mais Andre Iguodala se blesse ; Houston en profite et prend l'avantage (3-2) avant le drame... En toute fin de Game 5, Chris Paul se blesse à la cuisse ! Il ne rejouera plus de la série et les Rockets s'effondrent : les Warriors gagnent en 7. Jamais CP3 ne fut aussi proche des finales NBA depuis le début de sa carrière. 

 

  • le tournant de l'été 2018 puis la renaissance

 

En fin de saison, tous les espoirs sont permis pour les Rockets : ils n'étaient pas loin du graal, on prend donc les mêmes et on recommence... Mais il va y avoir un petit caillou dans la chaussure. Chris Paul veut un contrat max... Qu'il va obtenir, alors qu'il commence à décliner. Depuis deux saisons il n'est plus All Star et les blessures arrivent. La saison qui suit est bonne mais sans plus, c'est beaucoup James Harden qui porte l'équipe. En demi-finale de conférence, les Warriors sont de nouveau au programme. Golden State s'imposera et CP3 passe un peu à côté de certains matchs. Son contrat commence à peser dans les finances et Houston s'en rend compte.

 

Eté 2019, Chris Paul est bazardé au Thunder qui entame une reconstruction. Clairement sur le déclin, on se dit que CP3 va vivre une triste fin de carrière. Mais à la surprise générale, le Point God revit une seconde jeunesse : 70 matchs, 17 points et 7 passes de moyenne, de nouveau All Star et All NBA, il mène une équipe en transition jusqu'aux Playoffs, alors que personne de voyait OKC à ce niveau. Malheureusement, l'histoire a une fin, et ce sera au premier tour, dans la bulle... Face aux Rockets ! 

 

Puis lors de l'intersaison, le meneur connaît un nouveau changement majeur, un nouveau transfert, direction les Suns ! L'équipe fut la sensation de la bulle et elle décide de passer un cap... Et quel cap ! Phoenix termine 2e de l'Ouest et va vivre des Playoffs fabuleux. Les Lakers sont sortis dès le premier tour, comme les Nuggets, qui se font sweeper en demi-finale de conférence. En finale de conférence, ce sont les Clippers, l'ex équipe de CP3 qui se présente. Malgré l'absence de Kawhi Leonard, LA, grâce à un super Paul George, résiste. Mais Chris Paul veut ses finales et il vient à bout de son ancienne franchise : 41 points et 8 passes dans le match 6, avec un 16/24 aux tirs, dont un 7/8 à 3 points ! C'est fait : le Point God va goûter aux finales NBA. Le dernier obstacle se nomme les Bucks. 

 

Après un super démarrage pour mener 2-0, les Suns ne feront plus le poids. Giannis Antetokounmpo est en mission et, collectivement, Milwaukee va renverser Phoenix pour enchaîner quatre victoires de suite. Le rêve de Chris Paul prend fin : toujours pas de bague pour lui. L'équipe revient la saison suivante et domine tout en régulière : 64 victoires ! Mais en Playoffs, le doute s'installe : les Suns sont moins dominants et se font des petites frayeurs au premier tour face aux Pels. Puis, un nouveau drame : les Mavs, pourtant pas favoris sur le papier, éliminent Phoenix dès le tour suivant ! La franchise de l'Arizona mène 3-2 mais elle va subir deux défaites humiliantes pour se faire sortir. CP3 ne tourne qu'à 13 points et 6 passes, avec un impact nul. Le meneur vient d'être une nouvelle fois All Star et All NBA, tout en remportant le titre de meilleur passeur pour la première fois depuis 2015... Sans savoir que la fin allait très vite arriver pour lui. 

 

  • le déclin se fait ressentir 

 

La saison 2022-23 des Suns est moins bonne, et, à 37 ans, le poids des années se fait ressentir pour Chris Paul. Il se blesse rapidement en début de saison, où il était loin d'être impressionnant par ailleurs. Son retour ne change pas grand chose. Puis vient ce qui devait être un tournant : Kevin Durant débarque en ville ! CP3 est déclassé dans la rotation, on se dit que c'est l'idéal... Sauf que KD se blesse et ne joue que huit matchs avec Phoenix en régulière. Les Clippers sont sortis au premier tour, mais ce n'est pas rassurant. Ensuite, la série face aux Nuggets se profile, et le meneur va se blesser : il ne joue que les deux premiers matchs et les Suns vont s'incliner face aux futurs champions. 

 

Ce sera la dernière image de Chris Paul avec ce maillot : Bradley Beal arrive, CP3 file aux Wizards... Mais pas pour longtemps. Quelques semaines après, il est rééchangé aux Warriors. Pour la première fois de sa carrière il sort du banc. Cependant, la saison sera un échec : le style du Point God ne matche pas avec la motion offense de Steve Kerr et l'équipe termine 10e de l'Ouest ; elle n'ira pas en Playoffs. 

 

Agent libre, le futur Hall of Famer signe aux Spurs à l'été 2024 pour jouer avec le phénomène Victor Wembanyama et encadrer ce jeune groupe. Tristement, les pépins de santé de Gregg Popovich nous empêcheront de voir ce duo à l'oeuvre. A titre individuel, CP3 est plutôt intéressant : seulement 9 points et 7 passes, mais son apport va au-delà du terrain ; pour le vestiaire, lui et Harrison Barnes sont importants. Stephon Castle se nourrit de ses conseils. A la mi-saison, San Antonio est quasiment à l'équilibre ! Cependant, la saison de Wemby est écourtée suite à une thrombose veineuse et la franchise passe en opération tanking. A 39 ans, Chris Paul réalise une saison à 82 matchs pour la première fois de sa carrière ! Durant l'été, il fait savoir que 2025-26 sera probablement sa dernière saison en NBA. 

 

  • une fin abominable

 

Quel meilleur endroit que les Clippers pour la finir ! Le Point God retrouve sa franchise pour le dernier chapitre de sa carrière. Dans un rôle réduit, personne ne se doute encore que la belle histoire va tourner au cauchemar. Après un début de saison calamiteux, l'équipe est à la peine et le joueur n'est pas dans la rotation de Tyronn Lue. Puis, après un match désastreux à Miami, la bombe est annoncée : Chris Paul est écarté de l'équipe ! Tout le monde tombe sur la franchise pour cette décision ; peu à peu, on apprend que la cohabitation est difficile en interne. Par conséquent, la dernière image du Point God sur un terrain sera face au Heat, lors duquel l'équipe a démoli les Clippers. 

 

Depuis, plus de nouvelle de Chris Paul, si ce n'est l'annonce d'un trade à la deadline : il est envoyé aux Raptors dans un échange quelconque. Il ne mettra jamais les pieds à Toronto. Les Canadiens le coupent et le Point God l'annonce : sa carrière est terminée. 

 

  • un héritage immense

 

Une fin cataclysmique pour l'un des plus grands. Son seul trophée sera le titre de rookie de l'année. Il finira cinq fois meilleur passeur de la NBA et six fois meilleur intercepteur. Il termine sa carrière avec 12 sélections au All Star Game, 11 fois dans les All NBA Teams (4 fois dans la First), 9 fois dans les All Defensive (7 fois dans la First). 5 fois dans le top 5 du MVP, il ne remportera jamais la récompense individuelle suprême, ni la bague. Le Point God tire sa révérance avec plus de 23000 points en carrière (36e All Time) et plus de 12550 passes décisives (2e All Time) ; il est membre, avec LeBron James et Russell Westbrook, d'un club très fermé des joueurs à au moins 20000 points et 10000 passes décisives en carrière. 

 

Des grosses performances, des exploits pour un homme de sa taille... Mais aussi un manque de distinction à titre collectif et individuel, ainsi que des chokes dans des moments importants. Le Point God laisse un petit goût d'inachevé malgré une carrière grandiose. Déjà au Hall of Fame pour avoir remporté le titre olympique en 2008, Chris Paul rentrera à nouveau, sans aucun doute, dans le temple de la renommé dès qu'il sera éligible, c'est-à-dire en 2030. Il n'y a plus qu'une chose à dire : chapeau l'artiste pour cette carrière exceptionnelle.