Toronto Raptors 2020-2021 : Les Dinos sont-ils encore dans le coup ?

Tenants du titre en 2019, les Raptors ont du céder leur couronne acquise à la surprise générale, mais non sans avoir lutter avec bravoure. Mais est-ce que cette bravoure sauvera encore Toronto cette saison ?

 

Après un exercice 2018-2019 aussi inattendu qu'exceptionnel, l'intersaison des Raptors a eu le bon plaisir de ramener violemment les hommes de Nick Nurse sur terre. Suite aux départs de son MVP, porte bonheur et cyborg destructeur Kawhi Leonard (et accessoirement celui de Danny Green) vers la Californie, bon nombre de journalistes et spécialistes en tout genre se sont empressés de promettre le pire pour la franchise qui remettait son titre en jeu. Il fallait scruter attentivement les autres promesses du roster qui avaient impressionné et qui allaient prendre du galon durant la saison à l'image de Siakam, FVV et Anunoby.

 

Mais si certains d'entre vous ne sont pas encore très familiarisé avec les Raptors depuis quelques années, cette saison fut presque aussi surprenante et inattendue que la précédente. Éprouvés par un calendrier tronqué puis reporté tardivement cet été, mais aussi avec des blessures à n'en pas finir et une infirmerie qui ne désemplissait pas, décimant en grande partie le secteur intérieur de Nick Nurse, Toronto a su néanmoins trouvé les ressources suffisantes pour s'extirper avec brio de cette conférence Est en terminant 2ème avec un bilan de 53 victoires et 19 défaites, derrière le rouleau compresseur de Milwaukee. Un parcous digne d'un champion.

 

Une sacré ironie du sort quand on sait que très peu de gens voyaient la franchise être capable de se relever aussi vite et d'être en mesure de défendre proprement leur statut de champion en titre. Après avoir sweepé sèchement au premier tour les Brooklyn Nets, les Raptors auront bataillé jusqu'au match 7 face aux ambitieux Boston Celtics, mais devront finalement s'incliner lors du match décisif, échouant de peu à rallier les finales de Conférence pour la troisième fois en cinq ans. Ironie du sort c'est à ce même stade des playoffs que les Dinos avaient éliminé les 76ers de Philadelphie au bout de sept matchs en 2019.

 

 

Arrivées : Aron Baynes, DeAndre’ Bembry, Henry Ellenson, Malachi Flynn, Jalen Harris, Alize Johnson, Yuta Watanabe

Départs : Serge Ibaka, Marc Gasol, Rondae Hollis-Jefferson, Dewan Hernandez, Malcolm Miller

 

 

Meneurs de jeu : Malachi Flynn, Kyle Lowry

Arrières : Terence Davis, Jalen Harris, Patrick McCaw, Norman Powell, Matt Thomas, Fred VanVleet

Ailiers : O.G. Anunoby, DeAndre’ Bembry, Oshae Brissett, Stanley Johnson, Paul Watson

Ailiers forts : Henry Ellenson, Alize Johnson (exhibit 10-days), Pascal Siakam, Yuta Watanabe (exhibit 10-days)

Pivots : Aron Baynes, Chris Boucher, Alex Len

 

 

Kyle Lowry (PG) – Fred VanVleet (SG) – O.G. Anunoby (SF) – Pascal Siakam (PF) – Aron Baynes (C)

 

Joueur incontournable de l'effectif de Nick Nurse, Kyle Lowry entame sa neuvième saison (et peut-être la dernière) sous les couleurs canadiennes de la franchise. Leader indéboulonnable de l'effectif qui arrive dans la force de l'âge, le champion NBA 2019 va néanmoins tenter de prouver qu'à 34 ans il reste l'un des tous meilleurs meneurs de la Conférence Est. Comme lors des dernières saisons, Lowry a du s'absenter des parquets en début de saison en raison d'un problème à la hanche qu'il traînait déjà depuis quelques temps. Mais que l'on se rassure, le meneur de poche nous a encore gratifié d'un exercice particulièrement convaincant avec plus de 19 points par rencontre, auxquels il convient d'ajouter 5 rebonds et 7.5 passes de moyenne en saison régulière. Les Raptors ont certes lâcher leur couronne, mais le natif de Philadelphie compte bien prouver à ses coéquipiers et à ses dirigeants qu'il est toujours l'homme de la situation en faisant de Toronto un candidat aux playoffs avant de peut-être passer la main.

 

Passer la main à un certain Fred VanVleet, voilà qui serait bien venue. En effet l'arrière des Dinos a décidé de prolonger son aventure sur 4 années supplémentaires avec la franchise qui l'a vu éclore et s'imposer comme l'arrière titulaire dans le cinq majeur de Nurse. Malgré les sollicitations des différentes franchises qui pouvaient lui proposer un plus gros contrat, FVV a joué la carte de la fidélité et de la continuité d'un projet qui se veut toujours ambitieux. Un choix motivé en grande partie par cette bague de champion décrochée un an plus tôt et dont les effets se sont très bien ressentis sur le niveau de performance du joueur qui nous a gratifié de son meilleur exercice individuel, devenant le nouveau titulaire à l'arrière suite au départ de Danny Green. Avec près de 18 points, 4 rebonds, 6.5 passes et 2 interceptions par match, VanVleet s'est imposé comme un parfait meneur en relai de Lowry et a développer une certaine assurance à faire des choix risqués malgré quelques erreurs qui doivent être gommées. Il incarne désormais l'avenir de la franchise aux yeux des dirigeants.

 

Le plus jeune joueur de ce cinq majeur devait endosser cette saison un rôle tenu jusqu'alors par Kawhi Leonard. Une sacré responsabilité pour le jeune OG Anunoby qui n'est pas franchement parvenu à remplir le costume beaucoup trop large laissé par le néo-Clipper et c'est compréhensible. Mais coach Nurse et les dirigeants de la franchise ont de grandes attentes le concernant et le joueur a poursuivi sa progression constante depuis ses débuts en 2017 dépassant la barre symbolique des 10 points par match, auxquels il faut même ajouter plus de 5 rebonds et 1.5 passes avec des pourcentages aux tirs très convaincants. Tout n'est pas parfait, loin s'en faut, mais en disputant près de 30 minutes de jeu en moyenne, le jeune britannique semble avoir fait son trou dans la franchise qui apprécie ses qualités athlétiques et sa justesse. Cette nouvelle saison sera l'occasion pour le jeune OG de montrer encore les progrès qu'il a réalisé et l'étendu de son talent évident, mais encore très brute.

 

C'était très certainement le joueur qui allait être le plus scruté aux vues de ses prestations lors de la dernière campagne de playoffs. Le Most Improved Player de l'année a encore gravi les échelons à vitesse grand V et a définitivement endossé le statut de franchise player laissé vacant. Avec près de 23 points par match, plus de 7 rebonds, 3.5 passes une interception et un contre de moyenne, Pascal Siakam a mis le feu aux défenses adverses, honorant ainsi sa première sélection pour le All-Star Game, la première d'une longue série on l'espère. Ailier fort moderne, capable aussi bien de scorer en s'écartant ou en finissant près du cercle, Siakam affiche également de grandes dispositions dans le jeu sans ballon, un QI basket très impressionnant et une faculté à fluidifier le jeu qui fait des merveilles dans les systèmes de Nurse. Après une campagne de playoffs 2020 plutôt décevante en comparaison de la dernière, le Camerounais se sait attendu au tournant par les supporters et ses adversaires. À lui de prouver qu'il a les reins assez solides pour porter cette franchise le plus longtemps possible et justifier sa prolongation max de 4 ans en octobre 2019.

 

C'est le changement majeur apporté au casting pour cette nouvelle saison à Toronto, l'arrivée d'Aron Baynes en provenance de Phoenix où le joueur se savait dans l'impasse avec la montée en puissance annoncée du jeune Ayton, l'ex-Celtic retrouve donc la conférence Est et une franchise avec laquelle il jouera aux avants-postes. Cette arrivée, au-delà d'apporter de la stabilité et une compensation suite aux départs de Serge Ibaka et Marc Gasol va aussi permettre à la franchise de tourner un peu plus la page du titre et des dernières années pendant lesquelles, les deux trentenaires ibériques se sont relayés pour défendre haut et fort la raquette des Raptors. Baynes qui sort de son meilleur exercice en carrière dans l'Arizona à 34 ans va devoir assumer cet héritage et la tâche ne sera évidemment pas facile à réaliser car la perte de talent est bien réelle dans la raquette. Mais en tant que bon joueur collectif qui se défonce sans cesse sur les parquets, l'Australien va néanmoins apporter des garanties.

 

 

La question concernant l'avenir de Lowry à la mène étant encore loin d'être réglée, Toronto avance prudemment et s'est contenté d'aller chercher le meneur de poche Malachi Flynn de l'université de San Diego State, en sachant pertinemment que la gestion du jeu reviendra à 99% du temps dans les mains du duo Lowry-VanVleet, le rookie devra donc faire preuve de patience et se contenter des rares minutes laissées par le duo à moins d'une blessure. La question de la rotation à l'arrière est en revanche bien plus intéressante et complexe à l'arrière. L'électron libre Norman Powell devrait à coup sûr servir de faire de lance de l'attaque de la second unit des Raptors, mais quid d'un retour en forme de l'ancien Warrior Patrick McCaw et des jeunes Terence Davis et Matt Thomas qui devront jouer des coudes pour grapiller du temps de jeu.

 

Même si OG bénéficie de la confiance de son entraîneur et des dirigeants, l'arrivée de DeAndre' Bambry pourrait rebattre les cartes et mettre un peu plus la pression sur le rendement du britannique. Débarqué des Hawks d'Atlanta où il s'était vu barré par la concurrence des plus jeunes, son jeu sans ballon et sa faculté à se projeter vers le cercle et aller au contact devrait offrir des solutions supplémentaires dans le jeu. Il faudra évidemment surveiller l'évolution du jeune Oshae Brissett qui se partagera le temps de jeu restant avec Stanley Johnson. C'est le poste qui a subi le plus de lifting durant l'intersaison avec les arrivées consécutives de Henry Ellenson, Alize Johnson et Yuta Watanabe qui devront se montrer rapidement à la hauteur des attentes du staff, en particulier les deux-derniers qui bénéficient d'un contrat exhibit-10. Ellenson viendra ajouter sa fluidité et sa dextérité ballon en main et tenter de devenir la doublure idéale de Siakam à un poste 4 qui manque clairement de relief après le départ de Rondae Hollis-Jefferson.

 

Enfin un autre poste qui va vraisemblablement souffrir de la comparaison et d'un manque d'expérience c'est le poste 5 désormais orphelin des deux vétérans Serge Ibaka et Marc Gasol, les Raptors ont assuré le coup en attirant un profil assez bon comme Baynes, mais s'en remettront cette saison au talent du jeune Chris Boucher qui nous avait montré des flashs très encourageants de son talent, sans toutefois se montrer suffisament constant, ce qui sera la responsabilité de Alex Len qui aura une lourde tâche dans le jeu.

 

 

Toronto a voulu jouer la carte de la continuité avec FVV en le re-signant à hauteur de 85 millions de dollars sur 4 ans (avec dernière année en player option) faisant désormais de l'arrière de poche le joueur non-drafté le mieux rémunéré de l'histoire tout simplement. Une marque de confiance qu'il faudra retranscrire sur les parquets dans un effectif qui amorce progressivement un nouveau cycle, mais dans une franchise avec des attentes toujours très élevées. Le natif de Rockford pourrait vraisemblablement devenir le meneur de jeu titulaire de remplacement de Kyle Lowry si ce dernier envisageait son avenir loin de la Scotiabank Arena. Touché lui aussi par les blessures (légères) durant la saison, il se sait désormais attendu au tournant après cette signature de nouveau contrat qui implique de nouvelles responsabilités dans le jeu. VanVleet incarne désormais le projet sportif présent et futur de la franchise canadienne qui compte bien miser sur son association avec Pascal Siakam, un duo d'avenir qui a toutes les cartes en main pour s'imposer durablement.

 

 

Le backcourt : Nick Nurse pourra s'appuyer sur un duo d'arrière-meneur de jeu de qualité qui rassemble l'expérience de Lowry d'un côté et la fougue de VanVleet de l'autre, le tout avec comme dénominateur commun le titre de 2019 qui imprime au fer rouge une continuité évidente et une confiance assumé dans le choix de confier les clés du camion à ces deux joueurs. La rotation reste pour le moins la grande interrogation si l'on considère que les plus jeunes vont devoir encore leurs preuves.

 

Le collectif : Là aussi on retrouve toute la patte et le génie de Nick Nurse qui a réussi à faire de cette franchise une incroyable machine à engranger des victoires, dôtée d'une bonne défense et d'un jeu offensif plein d'automatismes et redoutée par presque tous leurs adversaires directs. C'est notamment grâce à ce collectif que se sont révélées la plupart des titulaires actuels de la franchise (ça et le flair légendaire de Masai Ujiri) et on espère que cette bonne étoile continuera d'illuminer les jeunes talents en devenir de la franchise.

 

L'effet de surprise : Oui c'est un peu tiré par les cheveux, mais force est de constater que les Canadiens sont souvent là où on les attend le moins. Cela peut s'expliquer notamment par des facteurs divers et variés qui n'ont plus la même valeur aujourd'hui (cf. Kawhi Leonard, Marc Gasol & Serge Ibaka), mais cette capacité de résiliance et cette détermination affichée dans le jeu restent des atouts bien encrés dans la gestion de la franchise qui puise son inspiration et sa force dans le jeu. Alors bien malin celui qui pourra affirmer la fin des Raptors.

 

 

Le secteur intérieur : On l'avait évoqué un peu plus haut au moment de vous présenter le roster, mais les départs successifs de Hollis-Jefferson, Ibaka et Gasol ont considérablement affaibli l'équilibre et le jeu des Raptors dans l'ensemble. Difficile lorsqu'on commence à sortir le chéquier pour d'autres joueurs à d'autres postes de trouver pareil assemblage pour rester compétitif. Si l'ajout de Baynes devrait limiter les dégâts, le repositionnement de Boucher, associé à l'Ukrainien Len en backup semble bien trop léger pour espérer retrouver les mêmes automatismes et la même inspiration dans le jeu.

 

L'infirmerie : Point crucial pour Toronto qui a déjà beaucoup souffert de cette situation l'année dernière et qui pourrait ne pas surmonter une telle cascade de blessures cette saison au vu notamment de leur rotation à certains postes. Il faudra espérer que la préparation des Raptors soit optimale et que Nick Nurse parvienne à nous concocter des solutions de derniers recours dont lui seul à le secret pour ne pas sombrer trop vite.

 

Un franchise player : On évite tout de suite le mal-entendu, mais oui Pascal Siakam ne s'est malheureusement pas montré à la hauteur du début à la fin et plus particulièrement en playoffs. C'est tout à fait compréhensible d'un côté, car cette situation est proprement inédite le concernant, il est d'autant plus difficile de défendre une couronne sans son meilleur joueur lorsqu'elle fut acquise, ses blessures n'arrangeant pas non plus cette situation. Mais d'un autre côté il faut reconnaître qu'on a du mal à retrouver le Pascal Siakam tranchant et entreprenant en attaque lors des playoffs 2020, la faute aussi à des défenses qui l'ont bien ciblé à l'image de Boston. Une situation inédite avec laquelle il devra se familiariser.

 

 

Cette nouvelle saison 2020-2021 pour les Raptors rime à la fois avec continuité et nouvelle donne. La désormais nouvelle équipe temporaire de basket de Tampa Bay restera redoutable à n'en pas douter et devrait fort logiquement se retrouver parmi les prétendants à la post-season, mais pourra connaître une baisse de résultats proportionnelle à la nouvelle concurrence à l'Est qui prend de plus en plus de place et qui devrait donner du fil à retordre à Nick Nurse et ses troupes. Réaliser pareilles perfomances que l'année dernière et encore plus que l'année du titre nous paraît très peu probable, la progression intéressante mais encore très lente de certains prospect commence à montrer ses limites, au même titre que les départs successifs de plusieurs majeurs lors du titre. Mainteni un tel niveau de compétitivité est évidemment toujours compliqué, encore plus lorsqu'on est un petit marché, mais il faut maintenant espérer que les choix récents du FO de la franchise seront aussi bien récompensés que les derniers.

 

 

6ème à l’Est (4ème de la Division Atlantic) : 40 victoires – 32 défaites