Draymond Green, le dernier Spartiate

Draymond Green - Golden State - Stephen Curry - Klay Thompson - Finals - NBA
Crédit photo : Getty Images
Draymond Green, l'homme à tout bien faire des Warriors.
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Draymond Green fait parler de lui. Mais que connaît-on vraiment de ce joueur de l'ombre, devenu indispensable aux Golden State Warriors ?

Un chiffre permet de comprendre l'importance qu'a pris Draymond Green dans le roster des Warriors : 68. C'est, en minutes, le temps de jeu totalisé par David Lee pendant ces playoffs. Et ce dernier n'est même pas entré sur le parquet lors des deux premiers matchs des Finals. Pourtant Lee, ancien titulaire du poste d'ailier-fort, n'est pas le premier venu. Machine à double-double chez les Knicks pre-Carmelo, il était une pièce essentielle des Warriors il y a encore deux ans. Oui mais voilà, la roue tourne, et c'est maintenant Draymond Green qui est considéré comme une pierre angulaire de l'équipe. Portrait d'un joueur atypique.

  • Draymond Green, ou l'éloge de la polyvalence

Moins célébré que Stephen Curry et Klay Thompson, il serait pourtant inexact de qualifier Green de facteur X pour les Warriors : cela fait maintenant un an que le joueur a réellement percé dans le cinq de départ et qu'il joue sa partition, rencontre après rencontre. Tous les adversaires le connaissent et s'en méfient. Pourtant, sa présence sur le parquet représente toujours une inconnue pour qui affronte Golden State car Green est l'exemple même du joueur polyvalent : il peut en effet être aligné aux trois postes du frontcourt, en 3, 4 ou même 5. Cela permet à Steve Kerr de gérer ses rotations en fonction de l'état de forme des uns (Andrew Bogut) et des autres (Harrisson Barnes, Andre Iguodala). Cela l'autorise surtout à varier les plaisirs et les line-ups.


Les Warriors veulent accélérer le jeu en attaque et faire de la place dans la raquette adverse ? Green joue pivot, obligeant son vis à vis à s'écarter du cercle pour venir défendre sur son shoot à 5 mètres, quand il n'est pas derrière l'arc. C'est ce qui s'est passé lors du Game 1 de la finale, et c'est le pataud Timofey Mozgov qui a dû se coltiner un Green beaucoup plus mobile que son physique ne le laisse paraître. Quelques permutations plus tard, le pauvre Russe se retrouvait en isolation face à Stephen Curry : c'en est presque injuste.


L'ailier adverse est particulièrement talentueux balle en main, mais n'aime pas être trop bousculé ? Alors Green défendra sur lui, s'accrochant derrière chaque écran, se bagarrant sur chaque prise de position et, de manière générale, pourrissant la vie de celui sur qui il a pour mission de défendre. Ainsi, Blake Griffin s'est longtemps souvenu du coude que Green lui avait offert dans les dents, le 25 décembre 2013. On peut compter ensuite sur le Warrior pour ne surtout pas calmer le jeu : l'ancien Spartan - ça lui va tellement bien - de Michigan State est plutôt du genre à l'ouvrir, sur le terrain comme en dehors. Pas vraiment irrespectueux, mais pas du genre à se retenir de dire ce qu'il pense. Un délice pour les journalistes comme pour ses followers sur le réseau social au petit oiseau bleu. Sa présence aux côtés des gendres idéaux que sont Curry et Thompson est une bouffée d'air frais, dans une ligue où la spontanéité des joueurs face aux micros est bridée par les plans communication.

  • Draymond Green, ou l'itinéraire d'un mort de faim

Désormais indispensable au collectif des Warriors, adoré de ses coéquipiers autant qu'il est détesté par ses adversaires, Green jouit maintenant d'une reconnaissance qu'il a mis un moment à obtenir. Natif de Saginaw, dans le Michigan, il brille pour son lycée local et ne va bien loin au moment où il lui faut choisir une fac : Michigan State est à Lansing, distant d'à peine 120 kilomètres de la maison parentale. Pour un Américain, c'est la porte à côté. Fait suffisamment rare pour être signalé : Green a effectué un cursus universitaire complet. Il reste, d'ailleurs, l'un des trois joueurs à avoir jamais réussi au moins deux triple-doubles lors du tournoi NCAA. Les deux autres ? Oscar Robertson et Magic Johnson, rien que ça.


Si les statistiques sont élogieuses, elles ne disent pas tout de l'apport de Draymond Green au sein de son équipe. Ne dominant plus les raquettes comme au lycée, il a dû développer d'autres qualités. Bien sûr, ses 130 kilos (pour 201 centimètres) l'y ont un peu aidé, mais ils n'expliquent pas tout. En effet, dans les rangs universitaires comme ensuite chez les pros, Green joue chaque ballon comme si c'était celui qui déciderait du match. Pourtant, ce serait une erreur de penser qu'il court partout comme un poulet sans tête : c'est tout le contraire. Green est un joueur cérébral, et c'est de son analyse du jeu et de son développement que procède son activité, particulièrement intense, sur le parquet. Pour résumer, s'il se jette sur tous les ballons, c'est parce qu'il sait qu'il a une vraie chance de les récupérer.


La même chose peut être dite de son côté bad boy : Green le réserve à ceux qu'il affronte, et c'est parce qu'il sait que la dimension mentale est prépondérante dans une rencontre entre des joueurs qui sont (presque) tous talentueux et athlétiques. S'il peut déstabiliser celui qui ne porte pas le même maillot, alors il augmente les chances de victoire de son équipe, et c'est bien tout ce qui compte.

 

  • Draymond Green à San Francisco, ou le California love

En dépit de ses faits d'armes à Michigan State, Green n'a pas suscité d'enthousiasme particulier dans la baie de San Francisco, lorsque les Warriors l'ont choisi en 35ème position de la draft 2012. Les fans des Dubs avaient plutôt les yeux tournés vers la pépite de North Carolina, Harrison Barnes, sélectionné au premier tour.


Les observateurs plus attentifs ont cependant détecté rapidement le potentiel de Green. Il lui fallait perdre du poids : sa force de travail, sa disponibilité et sa simplicité ont fait le reste. Malgré un rôle réduit lors de son année rookie (12 minutes pour 3 points et 3 rebonds par match), Green avait fait son trou dans l'effectif. Restait à percer, ce qu'il a fait en 2013/2014. Profitant des blessures de ce pauvre David Lee et du sophomore slump de Barnes, Draymond a bénéficié d'un temps de jeu de plus en plus conséquent. Finalement, c'est lors des playoffs 2014 qu'il explose vraiment. Compilant 12 points de moyenne avec 8 rebonds, 3 passes, 1,7 contre et 1,7 interception, c'est pourtant lors d'un match où il n'inscrit que quatre points que son apport est jugé le plus décisif : il termine le Game 4 de la série face aux Clippers avec un hallucinant +33 dans cette catégorie statistique indiquant l'évolution de l'écart entre deux équipes lorsqu'un joueur donné est sur le parquet.


Sa saison 2014/2015, pendant laquelle il a aligné des stats semblables à celles des playoffs précédents, n'est donc pas vraiment une surprise, même s'il a bien sûr mérité sa deuxième place derrière Jimmy Butler pour le titre de Most Improved Player. En trois saisons, Green, qui partage son patronyme avec six autres joueurs de la ligue, s'est définitivement fait un prénom.

  • Et maintenant ? Draymond Green ou l'avenir radieux

Le contrat de Draymond Green arrive à échéance, et quand le rideau tombera sur la saison, qu'il soit champion ou non, il sera l'un des free agents les plus convoités de l'été. En attendant, Green va continuer de jouer un rôle essentiel pour les Warriors dans les Finals. Bien moins spectaculaire que les Splash Brothers, ou même Barnes et Iguodala, il va continuer à harcerler LeBron James en défense, et à poser des problèmes de match-up en attaque. Pendant ce temps-là, David Lee restera en survêtement.

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