La récente affaire DeMar DeRozan a fait couler beaucoup d'encre chez nos amis étatsuniens. Drafté par la franchise canadienne et signant un énorme contrat 2 saisons auparavant, DeRozan se voyait déjà faire ses vieux jours dans le Canada. D'ores et déjà le meilleur joueur de la (jeune) histoire de la franchise, lui et son pote Kyle Lowry ont porté les Raptors plus haut que n'importe qui. Sauf que les deux amis semblent avoir atteint leur plafond et il n'était plus question pour Masai Ujiri de rester les bras croisés et de recevoir chaque printemps, une rafale de critiques. Les Raptors ont donc décidé d'échanger leur franchise-player pour accueillir Kawhi Leonard. Nous n'allons aucunement traiter de ce trade dans les lignes qui vont suivrent mais plutôt d'une problématique qui en interpelle plus d'un depuis quelques temps : la loyauté et la fierté d'appartenir à une seule franchise tout au long d'une carrière.
Récemment, des monstres de la balle orange ont raccroché les sneakers au même emplacement où elles avaient été chaussé pour la première fois. J'ai nommé Kobe Bryant et Tim Duncan. Dirk Notwizki les rejoindra l'été prochain après avoir bouclé un 21ème exercice dans le Texas. Mais aujourd'hui, quid de la relève ? Les candidats ne se bousculent pas au portillon pour rejoindre ce club fermé des joueurs fidèle à une seule et unique franchise et ayant marqué l'histoire de celle-ci. Pour le moment, des joueurs comme Russell Westbrook ou Steph Curry sont bien partis pour effectuer l'intégralité de leur carrière dans la franchise qui a cru en eux le soir de la draft. Mais l'univers de la NBA est impitoyable. Les évènements récents le prouvent.
Sur ce sujet, personne ne peut être désigné comme coupable exclusif : joueurs et équipes sont à 50/50. Les acteurs du jeu par l'intermédiaire de la free-agency, les managers par le pouvoir d'effectuer des trades jusqu'à la mi-février.
En quête d'un contrat plus jûteux ou voulant décorer des doigts dépourvus de bagues, on voit chaque année des joueurs partir en quête d'une nouvelle aventure, voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Récemment, on a pu observer Gordon Hayward quitter sa franchise de toujours lors de la période estivale 2017.
Dans le cadre de décisions prise par les instances, les exemples ne manquent pas ces dernières années. Lorsqu'une équipe décide que l'histoire entre elle et son joueur doit prendre fin, elle apparaît souvent dans le rôle du méchant avec à sa tête, un general manager intransigeant et insensible au dévouement d’un joueur ou au fait que ce dernier soit apprécié des fans. Mais les dirigeants ne sont pas là pour faire des sentiments. Ils sont engagés pour obtenir des résultats, qu’importe la manière, pour arriver au graal ultime, le titre de champion. Parfois contraint par le joueur en personne, on a récemment assisté à de beaux gestes de la part de certains (Paul George et Chris Paul dernièrement), annonçant leur décision avant la période fatidique de la free-agency afin que les dirigeants puissent se retourner et ne pas se retrouver dans la panade une fois le joueur parti pour peanuts. Si les joueurs mettent des carottes par l'intermédiaire de la free-agency, certaines équipes ne se gênent pas pour faire de même et raconter de jolies ragots à leur protégé. "Ne t'inquiète surtout pas, tu es intransférable, tout le monde t'adore ici". C'est à l'écoute de ce genre de promesses bien souvent non respectées qu'il faut commencer à se méfier voire à préparer sa valise pour une destination encore inconnue. Dernier exemple en date avec l'épisode DeMar DeRozan : les dirigeants promettant au natif de Compton qu'ils comptaient sur lui au moment de la Summer League de Vegas. Vous connaissez la suite.
Alors oui certaines équipes et joueurs sont réglos et d'autres le sont moins. Mais dire que tel clan est le méchant tandis que l'autre peut arborer l'étiquette du gentil, certainement pas. Le lobby des fans mettant en avant l'importance d'un titre NBA ces dernières années a également joué dans ce processus de course à la bague et ce phénomène de mouvements perpétuels des joueurs.
On en revient toujours à comparer les époques. Est-ce que les joueurs étaient plus fidèles auparavant ? On est tenté de dire oui mais on peut également pondérer ces observations. Effectivement, le nombre de joueurs dévoué à une seule et unique franchise est conséquent, notamment dans les anneés 80. Une stat est criante : 12 joueurs ont effectué plus de 14 saisons dans une même squad et seuls 5 d'entre eux ont joué dans les années 2000 (et encore, ce bon vieux Reggie Miller et David Robinson étaient au crépuscule de leur carrière). L'identification à un maillot et l'appartenance à une ville étaient des sentiments bien plus glorifiants qu'une bague de champion à l'époque. La recherche d'une bague à tout prix n'entrait pas dans la mentalité des années 70, 80 ou encore 90. On a vu ce phénomène se démocratiser notamment avec la création de la superteam de Los Angeles composé du duo Kobe et Shaq auxquels sont venus se greffer Karl Malone et Gary Payton (une équipe qui n'ira même pas décrocher de bague, ce bon Gary allant décrocher la sienne chez le Heat d'un juvénile Dwayne Wade). Aujourd'hui, ce genre de move est légion avec la volonté de bâtir leur superteam du coté des managers et la quête d'un titre chez les joueurs.
Deuxièment, l'argument qui consiste à invoquer l'attirance des joueurs pour les gros marchés n'est pas solide. Dés les années 70, les boss du game souhaitaient déjà rejoindre les villes clinquantes où l'attention est autrement plus forte. On peut citer des petites légendes comme Wilt Chamberlain ou Kareem Abdul-Jabbar, rien que ça, faisant des pieds et des mains pour rejoindre la cité des Anges et les fameux Los Angeles Lakers.
A n'en pas douter, il y aura toujours des joueurs qui ne porteront qu'un seul maillot tout au long de leur carrière. Ces rôles-players de l'ombre tels que Nick Collison ou Udonis Haslem dont l'impact se retranscrit davantage dans le vestiaire que sur le boxscore. Mais reverrons-nous des stars, des légendes du jeu tels que John Stockton, David Robinson ou Jerry West porter une seule et unique tunique ? Rien n'est moins sûr.
Bien que la volonté d'un joueur soit d'effectuer l'entiereté de sa carrière dans sa franchise de coeur, il y a toujours des paramètres que l'on ne maîtrise pas et qui laisse place à l'incertitude et une situation qu'on ne peut pas planifier jusqu'au moindre détail. Allez donc en toucher deux mots à Patrick Ewing et sa phrase iconique ( "I always be a Knicks, I always be a New-Yorker") qui aura été lâchement tradé par sa franchise de coeur en fin de carrière alors que ce bon Patoche aura dévoué sa vie à la ville qui ne dort jamais. DeMar DeRozan l'aura appris à ses dépends. La NBA est un univers impitoyable dont l'ensemble des acteurs est responsable.