Ce soir-là, les Philadelphia Warriors affrontent les New York Knicks au Hershey Sports Arena, en Pennsylvanie. Dans une NBA encore loin de l'exposition médiatique actuelle, la rencontre ne bénéficie d'aucune retransmission télévisée. Seuls 4124 spectateurs assistent à ce qui deviendra l'une des performances individuelles les plus marquantes de l'histoire du basket.
Wilt Chamberlain, pivot dominant de 2m16, est déjà une force exceptionnelle dans la ligue. Mais personne ne peut réellement anticiper ce qui va se produire. Au fil des possessions, le joueur des Warriors accumule les points jusqu'à atteindre la barre symbolique des 100 unités, un record qui tient toujours aujourd'hui.
Les chiffres donnent le vertige : Chamberlain réussit 36 de ses 63 tirs et convertit 28 de ses 32 lancers francs. Il termine avec 41 points à la mi-temps, puis poursuit son récital après la pause. Il inscrit 31 points dans le dernier quart-temps, au cours duquel la course vers les 100 points transforme la fin de rencontre en un moment hors du commun.
À l'époque, la NBA ne dispose pas des moyens de production et de diffusion qui caractérisent aujourd'hui le sport professionnel. La rencontre de Hershey n'est pas filmée et aucune séquence vidéo authentifiée du match n'a été retrouvée. Il ne reste donc pas de véritable résumé visuel de l'exploit, contrairement aux performances modernes, immédiatement enregistrées, diffusées et partagées dans le monde entier.
Une trace sonore a toutefois traversé les décennies. Le commentateur Bill Campbell couvre la rencontre pour la radio de Philadelphia, et un étudiant parvient à enregistrer la retransmission du quatrième quart-temps. Cet enregistrement permet encore d'entendre une partie de la soirée, notamment l'annonce du panier qui fait passer Chamberlain à 100 points.
Cette absence d'images a contribué au caractère presque mythique de l'exploit. Le public contemporain ne peut pas revoir le match dans son intégralité : il doit s'appuyer sur les statistiques officielles, les témoignages, quelques photographies et les archives sonores. L'image la plus célèbre reste celle de Chamberlain dans le vestiaire, tenant une feuille sur laquelle le nombre « 100 » est inscrit à la main.
Les dernières minutes ont nourri de nombreux récits. À mesure que Chamberlain se rapproche du record, ses coéquipiers cherchent à lui redonner le ballon pour lui permettre d'atteindre cette barre exceptionnelle. Les Knicks tentent, eux, de limiter ses occasions, notamment en faisant faute sur d'autres joueurs afin d'empêcher le pivot de recevoir le ballon.
La stratégie transforme la fin de la rencontre en une séquence inhabituelle, où chaque possession prend une importance particulière. Les Warriors cherchent à récupérer rapidement la balle pour continuer à alimenter leur meilleur marqueur. La tension ne se résume donc plus au résultat du match : l'objectif est désormais de voir un joueur franchir une limite que personne n'avait encore atteinte.
Chamberlain inscrit finalement son centième point à 46 secondes de la fin, sur un dunk. Les Warriors s'imposent 169-147 et le pivot entre définitivement dans l'histoire. Malgré l'absence de captation vidéo, le score, les statistiques et l'enregistrement radio ont permis de préserver la mémoire de cette soirée.
C'est cette histoire singulière qui a inspiré Adam Taïeb, créateur de contenu et réalisateur du court-métrage « 100 ». Son projet consiste à imaginer ce que les dernières minutes du match auraient pu donner à l'écran, en reconstituant un moment dont aucune vidéo connue ne permet de montrer le déroulement exact.
Présenté comme une œuvre inspirée de faits historiques et réalisée avec l'aide de l'intelligence artificielle, le film ne prétend pas faire apparaître des images d'archives inédites. Il propose une interprétation visuelle d'un événement documenté par d'autres moyens, en donnant une forme cinématographique à une scène que des millions de passionnés auraient aimé pouvoir revoir.
Le choix de se concentrer sur les dernières minutes permet également de mettre en scène le paradoxe au cœur de cette histoire : Chamberlain est en train de réaliser l'impossible, mais le match continue autour de lui. Le joueur veut simplement terminer la rencontre, tandis que son entourage comprend progressivement qu'une occasion historique est en train de se présenter.
Le record de Chamberlain reste l'un des sommets statistiques de la NBA. Kobe Bryant s'en est rapproché en inscrivant 81 points contre Toronto en 2006, mais personne n'a égalé les 100 points du pivot de Philadelphie dans un match de saison régulière. La performance est d'autant plus frappante qu'elle a été réalisée à une époque où la ligne à trois points n'existait pas encore.
Le court-métrage d'Adam Taïeb rappelle aussi que l'histoire du sport ne se transmet pas uniquement par la vidéo. Les archives audio, les photographies, les feuilles de statistiques et les récits des témoins peuvent préserver la mémoire d'un événement, même lorsque les images animées manquent. L'intelligence artificielle permet aujourd'hui d'explorer une nouvelle manière de raconter ces moments, à condition de distinguer clairement la reconstitution de l'archive authentique.
Plus de 60 ans après cette soirée du 2 mars 1962, les 100 points de Wilt Chamberlain continuent de fasciner. Le match n'a jamais été filmé, mais son histoire demeure intacte. Avec « 100 », Adam Taïeb ne cherche pas à effacer cette absence : il invite plutôt le public à imaginer ce qu'aurait pu être l'un des plus grands moments de l'histoire du basket si une caméra avait été présente.