DeMarre Carroll, le chien de la casse d'Atlanta !

DeMarre Carroll - Atlanta Hawks - Mike Budeholzer - playoffs 2015 - NBA
Crédit photo : Steve Mitchell-USA TODAY Sports

Joueur de l'ombre par excellence, l'ailier des Hawks explose pendant ses playoffs au point d'être l'atout majeur d'Atlanta dans sa quête du titre.

Il est le pilier des Hawks et pourtant, son importance est inversement proportionnelle à son exposition médiatique au cours de ces Playoffs 2015. Si l'impact d'Al Horford a été mis en lumière face à Washington, les projecteurs devraient se tourner vers l'un de ses coéquipiers, DeMarre Carroll. Auteur d'une postseason digne d'un All-Star, l'ailier a permis aux Hawks d'atteindre les finales de conférence pour la première fois depuis 1961. À l'époque, la franchise était encore située à Saint-Louis... 

 

  • DeMarre Carroll : les origines du mâle

 

Natif de l'Alabama, DeMarre LaEdrick Carroll est passé par la fac à Vanderbilt (dans le Tennessee), avant de rejoindre les rangs de Missouri, pour deux années supplémentaires, jouant ainsi sous les ordres de son oncle. Il s'est alors fait remarquer par un jeu tout en intensité, avec une activité de tous les instants dès qu'il est sur le parquet. Ce style, proche de celui de joueurs comme Joakim Noah ou Draymond Green, lui valut le surnom de « Junkyard dog ». Le chien de la casse, c'est tout dire. C'est aussi durant ses années universitaires que Carroll fut diagnostiqué avec un problème de foie, suffisamment sévère pour qu'une greffe soit indispensable dans l'avenir.


Dire que la progression de Carroll chez les pros fut longue et laborieuse est un doux euphémisme. Drafté en 27ème position de la draft 2009 par Memphis, il a entamé un long périple en NBA. Il passe d'abord en D-league, puis est envoyé aux Rockets en 2011 et laissé libre trois mois plus tard. Il part alors à la découverte des Rocheuses, d'abord à Utah, pendant quelques semaines, puis à Denver où il reste une saison. C'est là qu'il trouve une (petite) place dans l'effectif et parvient à obtenir un temps de jeu régulier. Mais, surtout, c'est dans le Colorado, qu'il est repéré par les scouts des Hawks, qui n'hésite pas à lui faire signer un contrat deux ans au cours l'été 2013. Les attentes ne sont pas particulièrement élevées et, pourtant, Carroll va les dépasser en beauté.

 

  • A Atlanta, Carroll démarre

 

« DeMarre correspond parfaitement à notre programme. Il est altruiste et c'est un compétiteur. Sa capacité à défendre sur plusieurs postes en fera une addition importante à notre équipe ».

 

Ainsi parlait Danny Ferry, GM des Hawks, lorsqu'il signe Carroll en août 2013. Il venait de dresser le portrait robot du joueur qui pouvait s'intégrer dans le projet du nouveau head coach, Mike Budenholzer. Auparavant assistant de Gregg Popovich aux Spurs, Budenholzer arrivait en Georgie avec l'intention de construire un collectif, dans lequel il était indispensable de pouvoir compter sur des joueurs polyvalents, aux côtés des leaders techniques. Et à côté de Kyle Korver, shooteur à la régularité d'horloge suisse mais beaucoup moins brillant en défense, il lui fallait un joueur de devoir, capable d'étouffer l'ailier ou l'arrière adverse. Carroll était cet homme.


En deux années chez les Hawks, l'ancien journeyman a pu prouver à son coach qu'il ne s'était pas trompé. Utilisant son physique - assez proche de celui d'un spécialiste du genre, Kawhi Leonard - sa mobilité et sa lecture du jeu, il s'est appliqué soir après soir à couper les trajectoires, défendre sur l'homme et être présent au rebond. Mais Carroll a fait plus que ça et ce serait injuste de le réduire à ce rôle de glue-guy (joueur pot-de-colle), car il a aussi de vraies qualités balle en main. Son shoot extérieur est tout à fait décent, notamment à trois points (36 puis 39 % en saison régulière chez les Hawks) et il contribue de manière honnête en attaque (11,1 points par match en 2013/2014 puis 12,6 cette saison).

 

  • Playoffs 2015 : l'explosion

 

Alors que se profilaient les playoffs 2015, les adversaires des Hawks étaient prévenus : en attaque, le danger pouvait venir de partout. Al Horford et Paul Millsap dans la raquette et à 5-6 mètres, Korver derrière l'arc, Jeff Teague en pénétration. Les Nets, puis les Wizards se sont donc préparés en conséquence, et ont plutôt bien fait leur travail, notamment sur le backcourt, puisqu'il a fallu une dizaine de matchs de playoffs pour que Korver et Teague trouvent leur rythme. Cette approche a profité à DeMarre Carroll, souvent considéré comme le moins menaçant des titulaires chez les Hawks tant son image de joueur défensif prédomine. Funeste erreur, car avec 17,5 points par match face à Brooklyn, puis 16,1 face à Washington, avec des pourcentages de réussites supérieur à 50 %, dont 40 % à trois points, Carroll a puni les adversaires qui lui ont laissé de l'espace. Performance d'autant plus notable que, conformément à sa réputation, il n'a pas failli à sa mission principale en défense. Joe Johnson peut en témoigner, lui qui a été maintenu sous les 40 % de réussite aux tirs et dont on imagine que la moindre évocation de DeMarre le fait fondre en larmes et se rouler en boule dans un coin de la pièce.

 

Considéré comme le leader défensif des Hawks, Carroll est désormais le joueur dont la présence sur le parquet est indispensable quand les artilleurs adverses commencent à chauffer. Ainsi, au deuxième tour, on a beaucoup parlé, à juste titre, du sang froid de Paul Pierce, inscrivant le shoot de la victoire au buzzer lors du Game 3. On a évoqué aussi l'échange d'amabilités entre Pierce et celui qui le gardait lors de cette séquence, Dennis Schroeder. Mais de nombreux observateurs se sont aussi étonnés que cette tâche n'ait pas été assignée à Carroll, qui n'était pas sur le parquet à ce moment du match. Élégamment, ce dernier est venu à la rescousse de son coach, sévèrement critiqué, et a expliqué qu'il s'était senti moins bien physiquement après avoir passé un long moment sur le banc. C'est probablement une manière, pour Carroll, de remercier Budenholzer pour la confiance que ce dernier lui a donné, et il confirme ainsi la déclaration de Ferry, montrant par là qu'il a bien ce que les Américains appellent une « team-first mentality ».

 

 

Agent libre cette été, Carroll pourra bientôt récolter les fruits de son labeur en signant un gros contrat : on peut être sûr que les prétendants se bousculeront au portillon. Mais avant cela, il reste du pain sur la planche, puisque dès mercredi l'armada des Cavs débarque à Atlanta. Face à eux, les Hawks auront besoin d'un DeMarre Carroll au sommet de sa forme pour ralentir LeBron James. Ce dernier s'est montré moins régulier en attaque, et il ne doit pas compter sur son futur chien de garde pour lui laisser trouver le rythme dont il a besoin. En plus, James sait aussi qu'il ne pourra pas se reposer en défense et délaisser son vis-à-vis. En tout cas, le duel qui les opposera est sans aucun doute la clé de la série à venir.

 

Ailleurs sur le web