Toronto Raptors, le monde perdu ?

Toronto Raptors, le monde perdu ?

Sunkidd 29/1/2014 à 18h32

Actuellement 3ème de la Conférence Est, la franchise des Toronto Raptors n'a guère l’allure du personnage inquiétant décrit par Tatiana de Rosnay dans son best-seller « Le voisin ». Et, si Kyle Lowry and Co brouillent les cartes, peu sont ceux aux États-Unis qui voient le danger à leur porte. S’il est vrai que le raptor canadien hurle, griffe, ou mord avec efficacité depuis le début du championnat, il n’effraie pas vraiment. D’ailleurs, traditionnellement, ce reptile n'ayant connu que 5 fois les playoffs dans sa vie, chasse de novembre à mars pour ensuite mieux se terrer dans son refuge en avril.

Mais cette saison, la franchise est enfin devenue un redoutable prédateur et dans une conférence Est à l'agonie, Toronto devient un terrible charognard prêt à dévorer la carcasse d'une équipe à faible bilan au premier tour des playoffs. Il y a en effet quelques faciles proies à dévorer à l' Est… de la chair tendre… Washington… de la chaire voisine… Chicago...

  • Lowry, DeRozan : les deux mâles

 

Actuellement avec un bilan de 23v - 21d, tout fonctionne pour le mieux dans la meute menée par Dwayne Casey. En témoigne cette improbable victoire contre Brooklyn ce mardi sur un tir au buzzer de Patrick Patterson. Et pourtant, il y a encore quelques semaines, les Raptors chassaient en groupe dispersé avec à la tête de celui-ci, un mâle dominant du nom de Gay. Mais depuis son départ vers l’Ouest, la meute s'est resserrée, devenant une bande de raptors solidaires assoiffées. Pour emmener le troupeau vers toujours plus de chair fraîche, deux jeunes mais féroces bêtes dictent leur loi. Kyle Lowry et DeMar DeRozan.

Ces deux-là s’en sortent bien puisque le bilan de l’équipe depuis la transaction entre Toronto et Sacramento est de 16 victoires pour 9 défaites. Penchons-nous tout d'abord sur le cas Lowry. Il pense le jeu comme peu d’autres dans cette ligue où pourtant les talents au poste de meneur sont légion. Ainsi, dans sa 8ème saison en NBA, il mérite plus que jamais une place au match des étoiles. Ses stats de 16 points, 7 passes et 4,5 rebonds par rencontre font rêver même si parfois sa capacité à tomber sur sa proie laisse à désirer : 0/10 aux tirs contre Dallas puis 10/18 contre Brooklyn la même semaine. Choisi, il deviendrait le premier Raptor depuis 2010 et Chris Bosh à atteindre le All Star Game. D’ailleurs, Basketball Reference nous révèle que seuls Kyle Irving et John Wall sont plus efficaces que lui à l'Est. En outre, il mène la NBA aux passages en force provoqués. Autant dire qu’il est bestial.

Toutefois, nous vous avions parlé de deux dinosaures… Son compère DeRozan, lui, marque 22 points de moyenne chaque soir avec parfoisune pointe à 40 points qui a déchiqueté Dallas. Mais la lutte s’annonce plus difficile pour lui car rodent dans les parages, Carmelo Anthony, LeBron James, Paul George ou encore Dwayne Wade qui a déclaré sur twitter que l’ancien d’USC méritait malgré tout une chaise à la table des rois. Dans l’histoire des Raptors, une telle situation n’est arrivée qu’une seule fois. C’était en 2001, avec Vince Carter et Anthonio Davis. Mais pourquoi pas à nouveau ?

  • Les Raptors, prodigieuses créatures

 

Les dinosaures sont parmi les plus célèbres animaux du monde, mais paradoxalement, ils sont aussi parmi les moins bien connus. Nous ne connaissons leur existence que grâce aux fossiles, les parties dures du corps, enterrées et prises dans les roches depuis des millions d'années. Les Raptors sont également méconnus. Alors mettons-nous dans leurs traces. Le lézard crachant son venin le dilophosaurus Dwight Buycks, 24 ans, aperçu en France, est un bon offensivement mais peine à avoir du temps de jeu derrière Greivis Vasquez et Lowry. Austin Daye et Landry Fields, les ailiers ne sont d’aucunes utilité : ils sont Denver et Casimir. Tyler Hansbrough est blessé. Chuck Hayes reste le meilleur défenseur de la raquette en un contre un : un brachiosaurus à la mâchoire imposante. Tout comme le tripotanus Amir Johnson, 10 points, 7 rebonds chouchou de la foule qui apporte ses terribles défenses contrairement à Steve Novak. Patrick Patterson doit devenir plus régulier et plus massif pour survivre. Il reste inclassable. Quant au vélocyraptor vif et nerveux Terrence Ross, il fait taire tout le monde depuis qu’il a du temps de jeu. Ses 51 points, un record pour le club contre les Clippers, sont la face visible de ses progrès. Son three-point shooting et sa défense sont moins bien perçus mais extrêmement positifs pour la meute. John Salmons semble fini à 34 ans : un vieu diploducus. Le ptéranodon Jonas Valanciunas progresse et continue d’impressionner défensivement contre les pivots massifs. En outre, il travaille dur au rebond mais, pour lui il faudra encore du temps pour s’envoler. On attendait plus offensivement du piscivore Greivis Vasquez (un baronyx). Ses maigres 7 points de moyenne font tache et à force de manger du poisson, on maigrit. Enfin, Dwane Casey, head coach, 3ème année au club. Son bilan est bon et sa défense est la 6ème la plus efficace de la NBA. Celle-ci profite des progrès de DeRozan, Ross et Valanciunas dans ce domaine. Casey, c'est un gallimimus, féroce et intraitable.

  • Les tyrannausores vont-ils à nouveau disparaître ?

 

L'effectif féroce, complémentaire et qualitatif n'est toutefois pas un gage de réussite. Sam Ujiri le GM semble avoir construit rapidement comme à Denver, sa dernière terre, une armée stable et cohérente mais dont l'édifice manque de talent individuel du calibre superstar. Miami s'est fait un nom avec James et Wade, San Antonio avec Duncan et Parker, les Lakers avaient Kobe Bryant. Les Raptors eux n'ont pas de star. L'équipe possède de bons généraux en la personne de DeRozan et Lowry mais rien de fantastique. Alors on se dit qu'avec la flopée de jeune talents et un énorme cap space qui se profile, on peut imaginer que la franchise tentera un gros coup sur le marché des transferts.

Au printemps, Indiana et Miami seront de trop gros gibiers sur des séries de 7 matchs où le leadership compte plus que tout. On peut même penser que Brooklyn, victime d'un soir sera capable de trancher la gorge de la bête canadienne. Toronto manque encore d'épaisseur et de vice pour faire trembler les prédateurs rivaux. Le 3ème de la Conférence Est n'a aucune chance d'atteindre la finale. Si tout va bien actuellement, c'est que la nourriture est abondante et facile à attraper. Les protégés de Casey vont devoir également faire face au calendrier le plus difficile de la NBA avec notamment Miami et Indiana qu'ils affronteront trois fois. Lorsque manger deviendra trop difficile, les Raptors rentreront se terrer. Au chaud. Avant une nouvelle campagne où Tyrannosaures, Stégosaures, Triceratops, Dilophausaurus, Ptéranodons ou Gallimimus se rassembleront à nouveau pour fondre sur les herbivores de la côte Est. Autant de noms légendaires qui reprendront vie sous vos yeux, mais qui comme chaque année disparaitront avant la victoire. Alors cher lecteur, vous pouvez encore laisser votre porte encore ouverte. Peut-être juste pour un temps, mais faites le encore. Votre voisin, la bête Raptor, ne vous dévorera pas encore ni cette nuit, ni demain, ni cette année. A l'hiver prochain, la salive entre les dents de la bête sera par contre peut être assez acide pour vous brûler le visage.