
Même dans une conférence déséquilibrée, la réussite de Toronto surprend. Ce qu'on prenait pour une particularité de début de saison en haut de l'Atlantic semble confirmer sa place. Onze victoires en janvier, de quoi égaler le meilleur mois de l'histoire de la franchise. Avec un bilan au-dessus de 50% de victoires et une marge actuelle de quatre défaites sur Brooklyn après être allé voler un succès dans la demeure des Nets, les Raptors font mieux que s'accrocher à une place en play-offs.
Leur principal atout ? Une défense que nous n’attendions pas aussi efficace : 17ème l'an passé en terme de points encaissés, 4ème cette année, juste derrière les spécialistes habituels (Indiana, Chicago et Memphis), de quoi s'offrir un différentiel de +2.9 qui confirmerait que la franchise canadienne est la troisième meilleure équipe à l'Est. .
Pour comprendre ce récent succès, il suffit de jeter un coup d'œil aux performances des joueurs. Demar DeRozan réalise sa meilleure saison statistique. Meilleur scoreur avec 22 pions par rencontre, il a augmenté son rendement en points, rebonds, passes, interceptions et contres en jouant à peine une minute de plus en moyenne par rapport à la saison passée. Kyle Lowry s'affiche comme le meilleur point guard à l'Est, sans doute plus efficace qu'un John Wall ou qu'un Kyrie Irving. En atteste cette nomination de joueur de la semaine qu'il vient d'obtenir (25 pts, 8 passes, 2.3 int sur 4 matchs), et surtout le fait qu'il fasse gagner son équipe (7ème de la ligue en Win Shares).
Et puis Toronto peut compter sur la croissance fulgurante de ses jeunes pousses : Terrence Ross, qui tourne a plus de 10 points par rencontre pour sa deuxième saison dans la ligue, et Jonas Valanciunas, qui du haut de ses 21 ans, affiche déjà 16 double-doubles depuis octobre, avec une spécialité pour les rebonds offensifs (2,9 par match), tout ça en jouant 28 minutes par rencontre. Libérés d'Andrea Bargnani cet été, puis de Rudy Gay en décembre, les Raps ont su placer sur leur échiquier des pièces comme Patrick Patterson, John Salmons, ou Greivis Vasquez. Contrairement à ses homologues new-yorkais, Toronto veut désormais miser sur les stars faites maison, et y ajouter les ingrédients nécessaires à une vraie rotation.
Si les Raptors vont dans le bon sens, c'est aussi parce qu'ils ont pris confiance en eux. Eux qui ne s'attendaient sûrement pas au début de saison de Brooklyn et de New York, s'accrochent maintenant à cette première place de la division Atlantic, qu'ils n'ont remporté qu'une seule fois dans toute leur histoire. C'était au cours d'une saison 2006-07 où la conférence Est était là aussi bien faiblarde.Attention donc à ne pas croire trop tôt à la réussite d'une équipe qui surnage dans un océan de médiocrité. Si Toronto est là, c'est aussi parce que plusieurs équipes n'ont pas tenu leur rang. Cleveland pourrait tout aussi bien avoir été à sa place. L'équipe de Dwane Casey a surtout su dominer ses voisins, son bilan positif étant bien aidé par un 8-2 au sein de sa division.
Elle doit maintenant faire attention au retour des Nets, qui ont remporté 10 de leurs 13 rencontres en janvier, avec un effectif qui commence à être bien rôdé. Sur le papier, les deux équipes devraient avoir un calendrier plus calme dans les semaines à venir. Après avoir eu l'agenda le plus compliqué pour une équipe de l'Est durant cette première partie de saison, Toronto devrait avoir le programme le plus abordable de toute la NBA jusqu'à mi-avril, juste devant... Brooklyn. Reste à voir ce que les Raptors vont faire de cette potentielle troisième ou quatrième place à l'Est. Ils auront à la fois l'avantage et le désavantage de la jeunesse : sans doute plus de fraîcheur que des Nets vieillissants, ou des Bulls réduits, mais un cruel manque d'expérience face à des machines rodées comme Atlanta. DeRozan, Ross, Valanciunas ne sont jamais allés au premier tour, leur coach non plus. Kyle Lowry, une fois, il y a cinq ans.
Caché derrière Indiana et Miami, Toronto n'a pas grand-chose à gagner, mas clairement rien à perdre. Au cœur d'une saison où la draft occupe autant les esprits que le titre, le Canada pourrait se retrouver en demi-finales de conférence, et il l'aurait mérité.