Derrière Clint Capela : comment la Suisse finance son basket

Derrière Clint Capela : comment la Suisse finance son basket

La rédaction 20/8/2026 à 18h37
Info ISB

Un seul Suisse en NBA. Loterie Romande, Swiss Olympic, clubs romands : d'où vient l'argent du basket helvétique et ce qui échappe au circuit.

Clint Capela a commencé par le football avant de choisir le basket. Né à Genève, il attaque sa 12e saison en NBA, sous le maillot des Houston Rockets. La Suisse et ses 8,9 millions d'habitants n'ont fourni que deux joueurs à la ligue : lui et son prédécesseur Thabo Sefolosha.

 

L'article suit ensuite l'argent des loteries : d'où viennent ces millions, comment ils financent Swiss Basketball, et quelle part échappe au circuit suisse.

 

Un seul joueur suisse en NBA, et ce que cela révèle

 

Clint Capela reste un cas à part dans le sport suisse. Passé par Élan Chalon, qu'il quitte en 2012, il sort en 25e position de la draft NBA 2014 et bâtit ensuite une vraie carrière outre-Atlantique. Avant lui, seul Thabo Sefolosha avait ouvert cette porte.

 

À côté de la France voisine, qui envoie chaque année de jeunes talents en NBA, le bilan suisse fait pâle figure. Le basket passe après le football, le hockey sur glace et le ski alpin. La SB League tient grâce à des sponsors locaux, mais tant que l'argent et les infrastructures manqueront, l'équipe nationale suisse ne pourra pas franchir de palier.

 

D'où vient réellement l'argent du sport suisse

 

Les loteries financent l'essentiel du sport suisse, du club de quartier au niveau professionnel. En 2025, Loterie Romande a dégagé un produit brut des jeux de 429,8 millions de francs, l'un de ses meilleurs exercices, pour un bénéfice net de 252 millions entièrement reversé à l'utilité publique.

 

Sur cette somme, 20 millions vont au sport d'élite via Swiss Olympic et 42 millions au sport de la relève en Suisse romande. Swisslos remplit le même rôle en Suisse alémanique, pendant que les organes cantonaux de répartition arrosent les clubs et le sport des enfants et des jeunes.

 

Répartition des fonds de la Loterie Romande

Domaine de financement Montant (en millions de CHF) Objectif / Bénéficiaires
Total des recettes distribuées 252.0 Projets d'intérêt public dans les cantons
Sport amateur (Romandie) 42.0 Clubs régionaux, infrastructures, sections jeunesse
Sport de haut niveau (national) 20.0 Swiss Olympic, fédérations nationales
Sphère sociale, culture, patrimoine 190.0 Projets et organisations cantonaux

 

L'argent qui sort du circuit

 

Le système suisse de soutien au sport n'est stable que tant que les flux financiers issus des jeux d'argent restent en Suisse.

 

Ce circuit repose sur une condition simple : que l'argent misé reste dans le système suisse. Or, seuls les opérateurs titulaires d'une concession de la CFMJ y contribuent. Un casino en ligne international, exploité depuis l'étranger sous licence de Curaçao ou sous licence de la Malta Gaming Authority, ne verse rien à Swiss Olympic ni aux organes cantonaux de répartition, même lorsqu'il propose des retraits en CHF, des paiements en cryptomonnaies, un bonus de bienvenue de plusieurs milliers de francs et des centaines de tours gratuits. Ces plateformes restent pourtant accessibles et une partie des joueurs suisses les utilise : cette sélection de casinos internationaux indique, pour chaque casino étranger, l'autorité de régulation dont il dépend et ce que cela implique en cas de litige, puisqu'aucun recours devant les autorités suisses n'est prévu. Détail rarement mentionné : les gains y sont pleinement imposables, alors qu'un opérateur titulaire d'une concession suisse les exonère jusqu'à environ 1 070 000 francs.

 

L'absence de recettes fiscales locales provenant de ces plateformes réduit directement les ressources dont disposent les fédérations nationales. L'autorité de surveillance, en l'occurrence la CFMJ, tient un registre des blocages (liste noire), mais une partie des fonds des joueurs continue d'échapper à la juridiction du sport suisse.

 

Ce que ces montants financent dans un club romand

 

Lorsque les subventions publiques et celles des loteries parviennent jusqu'à une section sportive spécifique, elles constituent un véritable soutien aux infrastructures sportives locales et au sport populaire. Dans les cantons romands francophones, le sport de masse est financé par une combinaison de subventions budgétaires, de cotisations parentales et de parrainages locaux.

 

Les fonds provenant des autorités cantonales aident les clubs romands à entretenir les installations sportives et à assurer la formation de la relève. Parmi les postes de dépenses typiques, on trouve :

- Le paiement du loyer des salles de sport et la rénovation du parc ;

- L'achat de ballons, de tenues et d'équipements pour les équipes d'enfants ;

- la prise en charge des frais de transport pour les matchs à l'extérieur ;

- l'organisation de stages sportifs et de séminaires pour les entraîneurs ;

- les contributions pour la participation à des tournois sous l'égide de la fédération.

 

Bien répartis, ces budgets couvrent les besoins de base des petits clubs régionaux et gardent la pratique abordable pour les jeunes. De quoi tenir, pas de quoi rivaliser avec les grandes académies européennes.

 

 

Pourquoi la filière suisse produit-elle si peu de joueurs NBA ?

 

Le faible nombre de joueurs licenciés et la forte concurrence avec d'autres sports populaires réduisent le vivier de talents.

 

Le championnat national de la SB League reste d'une envergure modeste. Les jeunes doivent effectuer très tôt une transition vers des centres de formation étrangers – le système des clubs en France (LNB Pro A), en Espagne ou au sein de la NCAA américaine. Clint Capela est parti à « Shalon » à 18 ans pour acquérir le niveau de compétition nécessaire, intégrer la sélection nationale et, à l'avenir, suivre l'actualité des Rockets et de la Free Agency 2026 en tant que star de la ligue.

 

Les limites d'un modèle reposant sur les jeux d'argent

 

La dépendance du sport amateur vis-à-vis des recettes issues des jeux d'argent est controversée. Le sport amateur est en effet financé par les fonds perdus par les joueurs. Afin de prévenir ces risques, la législation LJAr exige que 0,5 % des recettes soit consacré à la prévention et au contrôle du jeu excessif.

 

Le pays dispose d'un registre des exclus unifié, réglementé par le DFJP. Afin de protéger les citoyens, une aide spécialisée sur les questions de jeu excessif est organisée sur la plateforme sos-jeu.ch.

 

Ce que Capela apporte à son pays

 

Malgré une carrière aux États-Unis, Clint Capela s'investit dans le développement du basket-ball dans son pays d'origine par le biais de sa fondation.

 

Le projet Capela Geneva Camp à Meyrin (canton de Genève) contribue à attirer les enfants vers le sport, et ses performances au sein de l'équipe de Suisse lors des qualifications européennes suscitent un intérêt accru pour le basket-ball suisse.

 

Faut-il plus d'argent ou une autre organisation ?

 

La somme de 62 millions de francs allouée au sport en Romandie permet d'entretenir et de rénover les infrastructures de base, mais ne suffit pas à elle seule à mettre en place un système de formation des joueurs digne de la NBA. La percée du Swiss Basketball et de Swiss Olympic nécessite une densité accrue de joueurs licenciés, le développement de centres de formation professionnels et une participation régulière des espoirs à des tournois internationaux. Un objectif réaliste pour le pays est de participer régulièrement au championnat d'Europe et de former un joueur de haut niveau par génération. L'allocation rationnelle des ressources et l'implication des jeunes au sein de la section restent des facteurs clés pour le succès futur.