Dans une NBA où le tir à trois points occupe une place centrale, DeMar DeRozan a toujours choisi une autre voie. Pull-up depuis la ligne des lancers francs, fadeaway, turnaround jumper, step-back ou tir contesté après plusieurs changements de direction : l'ancien joueur des Raptors a fait de la mi-distance son territoire.
Son arme principale n'est pourtant pas seulement son adresse. C'est son footwork. DeRozan utilise ses appuis, ses changements de rythme et ses feintes pour créer juste assez d'espace afin de déclencher son tir. Une spécialité que la NBA avait déjà mise en avant lorsqu'il évoluait à Toronto : son jeu reposait énormément sur les appuis, les changements de direction et sa capacité à obtenir son tir depuis pratiquement n'importe quelle position.
Cette maîtrise lui a permis de rester extrêmement difficile à défendre, même lorsque son adversaire sait exactement ce qu'il va tenter. Comme le résumait une analyse de ses performances avec Chicago, le degré de difficulté de ses tirs est souvent impressionnant et son footwork lui permet de créer son propre tir lorsque les défenses se resserrent.
DeRozan ne s'est pas construit une réputation uniquement grâce à ses tirs spectaculaires. Il a également développé une véritable spécialité dans les dernières minutes des rencontres.
À Chicago, il avait notamment hérité du surnom de « King of the Fourth » après plusieurs saisons durant lesquelles il prenait régulièrement les commandes dans le quatrième quart-temps. La NBA elle-même a consacré une compilation à ses actions décisives avec les Bulls, tandis que son ancien coach Billy Donovan expliquait comment construire différentes situations pour lui permettre de « travailler » lorsque le match se joue sur une possession.
Son passage chez les Bulls a notamment produit l'une des séquences les plus folles de sa carrière. En janvier 2022, DeRozan a inscrit deux tirs à trois points au buzzer sur deux nuits consécutives, contre les Pacers puis les Wizards, devenant le premier joueur de l'histoire de la NBA à réussir deux buzzer-beaters victorieux sur deux jours consécutifs.
Le paradoxe DeRozan est là : plus la situation paraît compliquée, plus son jeu semble naturel. Défenseur dans son dos, espace réduit, départ arrêté ou tir en déséquilibre, l'ailier a passé sa carrière à transformer des situations inconfortables en tirs parfaitement maîtrisés.
Son passage à San Antonio avait déjà confirmé cette dimension. La NBA avait notamment publié une compilation de ses meilleures actions clutch avec les Spurs, preuve que cette capacité à prendre ses responsabilités dans les moments importants ne se limitait pas à ses années à Toronto ou Chicago.
En mars 2024, il avait encore livré une démonstration spectaculaire avec Chicago à Indiana : 46 points à 15 sur 24 au tir, dont neuf dans la prolongation, avec un tir au buzzer pour arracher cette dernière. Cette performance résumait parfaitement son style : beaucoup de création individuelle, une maîtrise remarquable de la mi-distance et une capacité à prendre les tirs que peu d'autres joueurs veulent tenter.
C'est désormais sous le maillot des Denver Nuggets que DeRozan va poursuivre cette histoire. Après deux saisons à Sacramento, il a été libéré par les Kings en juillet avant de signer un contrat d'un an avec Denver le 8 Septembre 2026.
La saison dernière, DeRozan a encore disputé 77 matchs et affiché 18.4 points de moyenne, à 49.7 % au tir. À 37 ans, il reste donc capable de peser offensivement et d'apporter une arme supplémentaire à une équipe qui possède déjà Nikola Jokic comme principal créateur.
À Denver, son profil pourrait justement offrir une solution différente dans les moments où les défenses se concentrent sur Jokic. DeRozan n'a pas besoin d'une longue séquence de dribbles pour créer son tir et peut attaquer depuis le poste, utiliser son footwork ou prendre un pull-up à mi-distance.
La vidéo publiée par la NBA rappelle ainsi pourquoi DeMar DeRozan reste un joueur aussi particulier. À travers ses fadeaways, ses changements de rythme, ses tirs au buzzer et ses paniers contestés, « Deebo » a construit une carrière autour d'un art que la NBA moderne n'a jamais complètement réussi à faire disparaître : celui de rendre les tirs les plus difficiles presque faciles.
Et maintenant, le décor change. Après Toronto, San Antonio, Chicago et Sacramento, DeRozan s'apprête à écrire un nouveau chapitre à Denver, avec toujours la même promesse : lorsque le chrono descend et que le tir paraît impossible, le ballon pourrait bien finir entre ses mains.