Couac de fin pour les Spurs ?

1552
lectures
Avis

Les Spurs se sont inclinés en demi-finale de Conférence face à Oklahoma City. Reconstruction en vue alors que tout le monde les voyait aller en finale de Conférence ?

Il ne faut pas sous-évaluer la performance exceptionnelle des joueurs du Thunder d'avoir éliminé une équipe aussi culte que celle des Spurs. Pourtant, ces derniers ont été décevants alors que Kawhi Leonard semblait avoir pris une autre dimension (la preuve en est avec sa deuxième place au titre de MVP) et l'intégration plutôt réussie de LaMarcus Aldridge. Comment expliquer une telle désillusion alors qu'une finale de Conférence était attendue entre les deux meilleures équipes de la saison régulière : Golden State et San Antonio ? 

 

  • Le jeu du Thunder ne leur convient pas

 

C'est un fait. Taper OKC en demi-finale n'est pas un cadeau pour cette équipe qui ne brille pas pour ses capacités physiques. Il faut dire qu'au vue de l'âge moyen des joueurs de l'effectif, ce n'est pas nécessairement étonnant. San Antonio (et Gregg Popovich) aime le jeu lent avec des bons systèmes dans lesquels la balle tourne bien afin de se créer un shoot ouvert. Contre Oklahoma City, ils ont galéré à mettre un tel jeu en place. La faute à une pression de tous les instants, notamment dus à la jeunesse et à la foudre de cette jeune équipe, dont le jeu est avant tout basé sur les capacités physiques de leur joueur, à commencer par Russell Westbrook

 

Cette différence s'est fait clairement dans le secteur intérieur où Tim Duncan dernier match mis à part, s'est tout le temps retrouvé en difficulté dans le replacement défensif en contre-attaque. Le poids des âges ne s'est jamais fait autant ressentir sur les épaules du double MVP. Steven Adams et Enes Kanter se sont amusés grâce à leur vitesse d'exécution. Ils ont pu museler son apport des deux côtés du terrain. Tim est le symbole de cette équipe des Spurs, dont, pour la première fois, il a été possible d'entrevoir le poids des années. Le trio de star n'est pas éternel, loin de là. Il faut encore en profiter car certains ne seront peut-être plus là l'année prochaine. 

 

Le jeu dynamique du Thunder a fait beaucoup de mal à ces Spurs, dont le seul Kawhi Leonard peut prétendre tenir tête. Le problème d'OKC, c'est qu'ils possèdent une arme à deux têtes avec Russell Westbrook et Kevin Durant. Le double meilleur défenseur de l'année ne peut défendre simultanément sur les deux joueurs. Il s'est évertué à limiter leur impact. Gregg Popovich l'a mis sur l'un ou sur l'autre mais cela n'a pas toujours fonctionné, la faute à un Danny Green pas au niveau en défense. Cela a fini par payer. Kawhi Leonard n'a eu aucun impact dans les fins de match serrés opposant les deux franchises. Ce qui nous amène à un autre problème.

 

  • Y a-t'il véritablement un franchise player dans l'équipe ?

 

Kawhi Leonard est un monstre défensif, cela ne fait aucun doute. Pourtant, malgré son envergure exceptionnelle, il s'est plusieurs fois retrouvé à la rue (même défensivement). Beaucoup s'interrogeait sur le fait que ce soit un véritable franchise player. Un semblant de réponse nous a été apportés par cette série. Malgré toute ses qualités, il ne peut porter le poids d'une franchise à lui tout seul, à l'image d'un Paul George, LeBron James ou Stephen Curry. Avant tout, c'est un très bon défenseur. Mais pour devenir une star, une vraie, il faut oser prendre ses responsabilités, même dans un système aussi posé que les Spurs. Hors, l'ailier n'a jamais pris le jeu à son compte dans le money time durant lequel il a été passablement transparent. C'est dommage, mais certains diront que c'est la deuxième année qu'il se troue à l'examen d'entrée parmi les stars. Il faut dire que Kawhi Leonard est malgré tout limité par un premier drible encore trop peu explosif pour pouvoir faire la différence en un-contre-un, ce qui limite son impact. Il profite du système Spurs, sans pour autant négliger son talent, pour réaliser de telles performances. Pourtant, cette saison, on lui avait mis quelqu'un à même de le suppléer dans les moments les plus compliqués.

 

Il a été lui aussi transparent, notamment lors du match 5 où son manque d'impact (défensif comme offensif) a plombé les Spurs. Cette simple performance résume sa saison à San Antonio : on attend plus d'un joueur capable d'aligner les 20 points et 10 rebonds tous les soirs. Son intégration n'a été que partiellement réussie. Il faut dire qu'il n'a peut-être pas l'âme d'un véritable franchise player alors qu'il se revendique comme tel. Quand on voit ce qu'a fait Portland durant ces playoffs, il est légitime de douter de l'influence de LaMarcus Aldridge sur une équipe. Il devra se racheter une virginité l'été prochain car il sera attendu au tournant après avoir réalisé face à OKC une série correcte mais sans plus. 

 

Finalement, ce fut le duo le plus décevant de la série alors qu'on pouvait craindre (à raison) que ce soit Kevin Durant et Russell Westbrook.

 

  • Gregg Popovich s'est enfermé dans son système

 

Une fois n'est pas coutume, il est possible de critiquer l'un des meilleurs coach de l'histoire de la NBA. Il faut dire que contrairement à d'autres années, il n'a pas trouvé la formule magique pour passer une demi-finale de conférence face à une équipe, qui, certes, ne leur convient pas mais dont le manque de système peut parfois se faire ressentir (il faut tout de même donner du crédit à Billy Donovan). La principale interrogation réside dans le fait de ne pas avoir fait joueur Bojan Marjanovic alors que Steven Adams et Enes Kanter s'amusaient gentiment dans la raquette des Spurs. L'intérieur a montré toute la saison qu'il était un véritable intimidateur doté d'un bon jeu au poste. Il aurait pu le faire rentrer au moins pour l'essayer et cette erreur s'est peut-être payée cash car finalement les joueurs d'OKC ont pris l'avantage dans un domaine inattendu : la raquette. Une association avec LaMarcus Aldridge aurait pu faire pencher la balance dans les moments clés.

 

Le constat est similaire alors que Tony Parker semblait fatiguer en fin de série. Pourquoi ne pas avoir fait joueur plus Andre Miller, capable de poser le jeu dans les moments plus difficiles. Enfin, la principale critique réside dans le fait de ne pas avoir réussi à intégrer Kevin Martin alors que le shooter marquait encore une vingtaine de points il y a deux saisons. Grâce à de bons systèmes, le joueur ne se serait pas fait prier pour inscrire un ou deux paniers à trois-points assassin.

 

Gregg Popovich s'est montré trop frileux dans cette série. Peut-être obnubilé par un éventuel départ à la retraite de Tim Duncan ?

 

  • Et maintenant ?

 

Compliqué. Voilà comment décrire la situation actuelle des Spurs... Ils ont toujours la capacité à aller en playoffs mais sont-ils encore capables d'aller décrocher un titre avec cet effectif composé de vieux grognards dont les cannes ne correspondent plus aux luttes actuelles de la NBA ? Afin de remporter une nouvelle couronne, il serait peut-être temps de renouveler une partie de l'effectif afin d'améliorer plus de joueurs aux qualités athlétiques affirmées pour aider le duo Kawhi Leonard-LaMarcus Aldridge, qui sont une bonne base de travail pour tenter de redonner un coup d'élan à la franchise. 

 

La véritable question est celle du départ à la retraite de Tim Duncan. Etait-ce son dernier match ? Un gros doute subsiste au vue des dernières performances de l'intérieur texan. Peut-être est-il l'heure d'arrêter ? Une dernière page s'est-elle tournée pour cette franchise historique ? La réponse, nous l'aurons courant de l'été... 

Ailleurs sur le web