
Compte tenu de leurs moyens, les Phoenix Suns réalisent jusqu'à présent un excellent parcours, et aussi suprenant que cela puisse être ils sont même parvenus à battre les grosses cylindrées. Naturellement certains sceptiques comme moi se sont demandés comment les Suns parvenaient à engranger autant de victoires. La réponse va peut-être vous étonner, mais je vous invite à regarder ses matchs, Phoenix est l'équipe la plus chiante à jouer de toute la NBA !
Les Suns ont l'allure de cette équipe de province qui ne ressemble à rien. De bons joueurs de basket mais rien de transcendant, pas de star impressionnante, pas vraiment d'identité de jeu... On dirait presque une bande d'illustres inconnus qui jouent ensemble au basket tous les dimanches, que lorsqu'on les affronte on ne comprend jamais comment ils font pour scorer autant de points. Avec qui creusait l'écart est vraiment galère. On en devient même frustré de ne pas parvenir à les pulvériser tant ils ne dégagent aucun talent. ISB a donc décrypté le style "Suns version Hornacek" pour comprendre les raisons de leur succès.
Le plus énervant chez Phoenix c'est le basket non académique que l'équipe propose. Grossièrement on a deux joueurs qui dribblent sans arrêt, Bledsoe-Dragic, et une bande de types qui courent dans tous les sens, Tucker-Plumlee-Morris...La première qualité des Suns est son jeu atypique en transition : on voit souvent Dragic partir en contre-attaque, arriver dans la raquette et se retracter, ressortir à 3 pts et prendre à ce moment-là un écran pour re-attaquer le panier. Un double changement de rythme insupportable à défendre, car il profite du léger relâchement et des aides hâtives.
La deuxième arme des Suns est sa paire d'intérieur absolument pas conventionnelle : Frye-Plumlee. Incapables de jouer dans la raquette car l'un n'a pas le style de jeu et l'autre n'en a pas le talent, Hornacek les écarte un maximum du panier et les rend utiles subtilement. Le positionnement très haut ouvre des espaces pour Dragic et Bledsoe qui sont très athlétiques et peuvent passer n'importe grâce à leur vitesse. La qualité de shooteur longue distance de Frye permet de mettre en place des pick and pop mortels : si la défense ferme à deux sur le meneur, il s'ouvre immédiatement en retrait reçoit la balle et plante une quantité hallucinante de trois points sur ce genre de situation. Il sert également d'excellent pivot de loin, car il étire la défense. Grâce à son shoot, son défenseur monte très haut pour le contester, ce qui crée d'énormes trous dans la raquette et permet aux arrières/ailiers de bien couper. Pour mettre en valeur Plumlee, Hornacek lui demande de systématiquement couper au panier après les écrans et de se servir de son corps pour agresser l'arceau. Mais le plus intéressant avec l'ancien de Duke, c'est le nombre de panier qu'il inscrit sur le démarquage. Je m'explique : plusieurs systèmes des Suns se basent de la manière suivante : pick and pop sur un côté, l'ailier chasse à l'opposé et vient poser un écran sur Plumlee qui se projette vers le côté ballon, reçoit la balle et monte immédiatement au panier. Si la défense switch (bêtement) il obtient un match up facile.
Même lorsque l'on comprend que les Phoenix Suns ne jouent pas comme les autres, ils parviennent tout de même à nous surprendre... Encore ! Le principe d'une attaque en "fer à cheval" consiste à placer les cinq joueurs en périphérie derrière la ligne à trois points. Un dans l'axe, deux sur les côtés et deux dans les coins. Ce genre de configuration est souvent utilisée pour jouer une dernière possession de match en un-contre-un, mais surtout, elle permet d'attaquer une zone. Ce principe est fréquemment utilisé en Europe. Hornacek s'en sert à toutes les sauces pour déstabiliser la défense. Les écrans venant directement des ailes rendent quasiment impossible pour défense de contenir le porteur de balle. Et c'est sans parler des rotations qui deviennent vite foireuses devant la fougue et l'athléticité des Suns.
Défensivement la franchise d'Arizona défend en homme à homme et incite énormément le jeu en un-contre-un. Elle force ainsi ses adversaires à casser leurs systèmes et jouer en première intention. Le jeu se transforme en du "basket playground" où deux types s'affrontent en mode chacun pour soi. Une tactique intelligente puisque les Suns sont athlétiques et ça les force à se donner pour tenir leurs vis-à-vis. Ensuite, cela désolidarise l'équipe adverse qui joue de plus en plus à l'instinct et s'implique moins collectivement. Résultat des courses, Phoenix autorise le moins de passes décisives dans toute la NBA, juste derrière Indiana.
L'arme fatale de Hornacek est son duo de meneurs Bledsoe-Dragic. On l'a vu avec les Clippers grâce au duo Billups-Paul, que l'association de deux meneurs pouvait causer d'énormes dégâts. À Phoenix, la vitesse et la qualité de pénétration des deux joueurs sont un calvaire pour les adversaires. Ils forcent de nombreuses rotations défensives, multiplient le danger sur les écrans aussi bien sur pick and roll que sur leurs démarquages -le moindre centimètre laissé en trop est puni par leur premier pas-, ils sont également capable de mener systématiquement les contre-attaque au panier en moins de 5 secondes.