Comment les Bobcats sont-ils arrivés en Playoffs ?

 

Autour du génie de Steve Clifford, Michael Jordan a construit une équipe composée de joueurs indépendants travaillant en groupe dans les plus purs fondamentaux du basketball. L'organisation des Charlottes Bobacts est semblable à une main : le coach Steve Clifford représente la paume, tandis que cinq joueurs aux savoir-faire différents et bien précis jouent les rôles des doigts. Kemba Walker, Al Jefferson, Josh McRoberts, Michael Kidd-Gilchrist et Gerald Henderson.
 

Cette saison, on a enfin l'impression que Michael Jordan n'a pas rassemblé des joueurs à l'arrache pour former une équipe. La confiance mise sur un entraîneur compétent, chaque joueur reste dans son environnement, là où il doit être.

 

 

Chez l'homme, le pouce de la main est dit "opposable", rendant le membre "préhensile", c'est-à-dire capable de saisir. 17 points 6 passes décisives et 4 rebonds… Kemba Walker est complet mais ses pourcentages aux tirs sont tous inférieurs ou égaux à 40%. Alors quel est son intérêt pour les Bobcats ? Kemba rend son équipe préhensile. Le petit meneur tient la balle à merveille et sait dicter le rythme. Il sait alterner coup d'accélérateur et mise en place des systèmes avec beaucoup de maturité. En effet, avec seulement 11,7 ballons perdus par match Charlotte est la franchise qui perd le moins de ballon en NBA. L'équipe possède également le meilleur ration passes décisives - pertes de balles et se fait intercepter le moins de balles dans toute la Ligue.

 

 

L'index est le doigt qui pointe. Ce qui indique, porte l'attention. En débarquant à Charlotte cet été, Al Jefferson a attiré le regard la franchise des Bobcats. Sans faire de vagues, car c'est un joueur au caractère doux, Big Al permet cette saison à Charlotte de passer un cap. Dans la raquette, l'intérieur est multidimensionnel. Capable de scorer de 20 000 façons différentes, il incarne un véritable cauchemar pour les défenses et libère des espaces pour ses coéquipiers. Feintes, hook shoot, mid jumper, placement, puissance physique… Al Jefferson c'est un double double chaque soir avec en moyenne 21,7 points et 10,6 rebonds. Si le toucher du pivot est incontestable, sa sélection de passes et sa capacité à faire le bon choix dans ses un contre un, en font l'un des joueurs qui perdent le moins de ballon en NBA. Avec seulement 1,6 turnover, Jefferson donne une leçon à Griffin (2,8), Howard (3,3) et Noah (2,5). 

 

 

La première fois que j'ai vu Josh McRoberts, c'était lors d'un Top 10 de présaison où sur une contre-attaque il plaçait un tomahawk surpuissant. Ma première réaction a été "Woah énorme !", ma seconde "Mais c'est qui ce mec ? Un rookie ?". Non, c'était sa troisième saison en NBA, sa deuxième à Indiana après avoir ciré le banc une année à Portland. Je ne saurai expliquer pourquoi, mais ce dunk m'a attiré l'attention, je me suis dit "Il y a truc avec ce joueur". À partir de là, je m'amusais à le prendre sur NBA 2K et à suivre un peu son évolution. Aujourd'hui, il a trouvé à Charlotte une maison où il peut exprimer son talent sans prétention dans toute sa mesure. Ailier-fort de 2m08, McRoberts aime bien commencer loin du panier en tête de raquette ou à 45 degrés avant d'agresser l'arceau. Sa capacité à pouvoir feinter, partir en départ direct et fixer la défense dans l'axe lui permet de créer énormément de décalages et de menaces offensives. Avec 4,2 passes décisives par match, il est l'intérieur qui implique le plus ses coéquipiers dans le jeu direct. Son shoot fiable à toutes les distances et sa qualité de dribble sont indispensables dans le système des Bobacts. Il libère de l'espace pour Al Jefferson, ne perd pas de ballon (1 seul par match !), étire la défense, et constitue systématiquement une menace. Sur 100 possessions, il produit 116 points pour son équipe alors qu'il ne tourne qu'à 8,6 points et 4,2 passes décisives. C'est plus que Lamarcus Aldridge, Zach Randolph, David West, ou encore Kyrie Irving.

 

 

Qui a dit qu'il fallait avoir un shoot pour exister sur un terrain de basket ? Michael Kidd-Gilchrist n'a pas de shoot et alors ? Il ne croque pas, ne force pas, se place là où il sait qu'il sera dangereux, et continue tranquillement sa progression, lui qui n'a que 20 ans. Si 7,2 points et 5,1 rebonds de moyenne en 24,5 minutes vous semblent bien maigres, c'est normal car l'apport de l'ailier ne se voit pas. Voici quelques stats "invisibles" qui témoignent de l'apport du joueur dans le collectif : en défense, il se coltine souvent le scoreur d'en face, et sur 100 possessions il ne concède que 104 points, soit seulement deux de plus que Tony Allen. Sur les 30 équipes en NBA, Charlotte est classée 20e au nombre de rebonds. Quand Michael Kidd-Gilchrist est sur le terrain les Bobacts prennent en moyenne plus de rebonds que leurs adversaire (52% des rebonds possibles). S'il ne tourne qu'à 0,8 passe décisive par match, l'ailier est pourtant décisif dans le collectif offensif de sa franchise. Il aspire la défense sur ses coupes, pose de bons écrans, fait bien tourner le ballon. Pour symboliser cet apport, le pourcentage de paniers inscrits sur une passe décisive par les Bobcats est de 61% lorsque Kidd-Gilchrist est sur le terrain. Ce chiffre tombe à 57% lorsqu'il est sur le banc, la moyenne en NBA étant de 59%. 

 

 

Gerald Henderson est un arrière hyperathlétique qui dans 9 équipes sur 10 aurait un rendement quasi inexistant. Tel Shanon Brown, s'il est capable de sauter et de défendre, son efficacité au tir est déplorable ; rendant son utilité obsolète pour beaucoup de franchises. Heureusement pour lui, Steve Clifford sait où le placer sur le terrain pour qu'il puisse s'épanouir avec ses équipiers. 370 de ses 883 tirs (42%) sont pris soit à mi-distance à 0 degré, soit à moins d'un mètre du panier. En gros, il se sert de son physique pour finir les actions amenées par ses partenaires. Soit après une rotation ou une prise à deux il est logiquement sur son spot à 4-5 mètres en 0, soit il coupe au panier pour claquer un dunk. Contrairement aux années de décadences précédentes, le rôle de l'arrière a changé. Dans ce nouveau système, ses isolations ont été divisées par deux -20% de ses tirs étaient sur des un contre un-, ses capacités physiques sont également utilisés dans la création de décalages par la pénétration et l'extra passe. Henderson joue beaucoup plus sur du jeu à 3 avec notamment beaucoup d'actions initiées sur des pick & roll où il a la balle en main (+30% par rapport à la saison précédente). 

 

 

Mais finalement, ces joueurs pris un par un n'expliquent pas le succès des Charlotte Bobcats. Pourquoi dans ce cas alors, gagnent-ils des matchs ? La réponse est simple : Steve Clifford. Il est le liant entre ces joueurs, la paume de la main qui connecte, place, dirige, fait communiquer ces doigts.

 

Et le secret du coach, c'est la défense, la défense et la défense. Il apporte une rigueur défensive sur l'homme à homme qui est remarquable : ici, on ne change pas sur les écrans, on est responsabilisé, on doit passer au-dessus pour contester un maximum le déplacement et tenir son joueur de manière cohérente pour ne pas créer de décalages. Les Bobcats bumpent leurs adversaires sur les coupes et prisent de positions, sur chaque tir on voit une main qui brouille la vue du tireur, on se bat à 5 au rebonds, à part Jefferson et ses 10,6 prises, 6 joueurs prennent en moyenne 4-5 rebonds.

 

Les consignes en fonction des situations sont très pragmatiques : lorsqu'un extérieur dur à défendre (gros scoreur) joue sur un pick & roll, plutôt que de tenter une prise à deux ou d'échanger, le défenseur du porteur d'écran effectue une sortie latérale pour gêner le déplacement et empêcher la pénétration le temps que son équipier récupère son homme. Dans ce cas de figure, personne ne perd son vis-à-vis, on ne tente pas de prise à deux stupides ou de match up. Réputé pour sa défense douteuse, Al Jefferson est bien utilisé dans le système Clifford. Il reste souvent en retrait sur les pick & roll, se contentant de fermer la pénétration. Si son partenaire est perdu dans l'écran il sort contester le tir. Il a toujours un oeil sur l'aide défensive dans la raquette, c'est intéressant de voir le positionnement de ses appuis et ses coups d'oeil. Big Al est toujours prêt à aider sans pour autant lâcher son joueur. 

 

Steve Clifford le sait, ses hommes ne sont pas des tueurs nés. Mais pour gagner des matchs il faut marquer des points. En attaque, le jeu des Bobcats est un véritable régal pour les puristes. Les phases offensives sont une répétition de gamme, une partition travaillée et répétée des milliards de fois à l'entraînement. Charlotte joue avec énormément de systèmes simples et logiques, impliquant les 5 hommes sur le terrain. On voit beaucoup d'écrans porteur et non porteur, de transferts de balles, un renversement par le poste, des doubles écrans, des mains à mains -très dur à gérer pour une défense et si facile à exécuter pour l'attaque-, des back door, des passes et va…

 

Ce premier quart-temps face à Milwaukee résume le talent des Charlotte Bobcats cette saison :