Sorry LeBron !

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Avis

Lettre ouverte à LeBron James de la part d'un de ses détracteurs. Merci d'avoir prouvé que tu étais l'un des plus grands. Mille fois mercis.

Cher LeBron James,

 

On t'aime. On te déteste. Rarement un joueur aura divisé autant que toi, LeBron. C'est la rançon de la gloire, la contrepartie du succès, la dette du talent. Je fais partie de ceux qui n'y ont pas cru après ton départ de Miami pour retrouver ton club de coeur... Je fais partie de ceux qui t'en voulu lorsque tu as rejoint ton ami Dwyane Wade pour décrocher, enfin, un premier titre NBA. Ce que tu as fait, par deux fois avec également une autre superstar de ta génération, l'inégalable Chris Bosh... 

 

Là-bas, tu as tout simplement appris à gagner. Wade l'avait déjà fait. Vous avez simplement recommencé. Les ingrédients se sont mis en place. Maintenant, LeBron, après plusieurs années, je comprends. Je comprends ce départ, cette tension, ces responsabilités. Tu as toujours eu ton âme chez les Cavaliers. Mais, très vite, on t'a taxé de frileux. Notamment dans les fins de rencontres disputées. Tu étais jeune. Tu l'étais peut-être. Ce ne sont pas tes qualités. Tu peux poser dans un match de nombreuses façons sans pour autant mettre un panier. Malheureusement, le spectateur, le journaliste ou le commentateur t'en demandaient toujours plus. 35 points et des brouettes. Pas suffisant. Défaite. C'est probablement ces attentes qui t'ont rongées, toi, qui a toujours rêvé de ramener le titre avec le maillot des Cavaliers.

 

Passons ton épisode de quatre ans avec le Heat. Deux titres. Quatre finales remportées. Deux fois MVP des Finales. Pourtant, il restera toujours ce goût d'inachevé pour tes fans. Oui, tu as enfin gagné. Tu n'es pas un éternel loser, comme Jerry West, comme Karl Malone... Mais tu n'es pas non plus un winner. Tu es le meilleur joueur de la planète mais ton talent est dillué dans le partage des responsabilités avec tes deux confrères sous un maillot qui compte pour toi seulement pour l'amitié qu'il représente. Tu as savouré ces quatre années. Pourtant, tu as ressassé ce départ raté de Cleveland avec l'extraordinaire The Decision en trame de fond. Toi, qui étais idolatré, tu as vu ton maillot brûlé, des fans te conspuaient, des gens pleurés. C'est ton destin, LeBron. Combattre tes vieux démons. Tu as progressé durant ces quatre années. Partager les responsabilités. Comprendre qu'il faut être aimé de ces coéquipiers. Meilleur gestuelle de tir et une faculté à moins tremblé dans les moments les plus disputés. Est-ce que tu as retrouvé ta confiance ?

 

Visiblement oui. Tu fais le bon choix. Retour à Cleveland. Enfin. Le challenge est excitant avec Kyrie Irving en meneur de jeu et le jeune Andrew Wiggins drafté en première position. Cleveland recrute David Blatt, très bon coach européen pour faire tourner la machine. Les gens salivent. Toi, the Chosen One, tu es en route vers la rédemption. Les fans hurlent leur joie, même le président de Cleveland, lui, qui t'avais insulté lors de ton départ est heureux de ton retour. Ce jour-là, tu es devenu grand. Tu as renoué le fil de ton destin et je ne peux que te féliciter. 

 

Je t'ai vu durant ces deux dernières années. Je t'ai observé, comme beaucoup d'autres... J'ai crains pour toi, pour ton corps. On l'oublie trop souvent mais cette journée marque la fin de ta treizième saison en NBA. Dix-huit ans, c'est l'âge que tu avais lorsque tu es arrivé. Depuis, tu as construit ta légende. Ton nom est associé à Michael Jordan dans de nombreux débats. Tu sais. On s'en moque. Tu es LeBron. Tu n'as pas le même style de jeu. Moins en grâce, beaucoup plus en force. Tu domine toujours autant. J'ai fait partie de ces détracteurs qui t'ont vu éjecté Andrew Wiggins afin de faire venir Kevin Love (T'en félicites-tu ?), faire virer David Blatt remplacé par un Tyronn Lue, ex-joueur qui te respecte autant qu'il te craint. Je t'ai vu moins dominé la saison régulière. Tu défends moins, LeBron. Il y a quelques années, tu méritais d'être dans la discussion du meilleur défenseur. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas...

 

Mais j'ai compris. Déjà, l'année dernière, en Finales, avec Kevin Love et Kyrie Irving blessé, alors que tu t'es retrouvé seul (ou presque...) pour contenir la fougue de cette jeune et enthousiasmante équipe des Warriors, j'ai commencé à croire au fait que tu puisse ramener ce fameux titre dans une ville dont le palmarès est aussi épais que la clutch attitude de Kevin Love. Tu as dominé. Tu les as domptés. Même si tu as vendangé. Déjà, tu as prouvé que tu ne fuyais plus tes responsabilités. Seul tu étais, seul tu jouerais.

 

C'est cette année que tu m'as le plus impressionné. En saison régulière, tu as livré une saison quelconque (donc largement supérieur à 99,9% des autres joueurs NBA). Tu parlais trop. A la presse notamment. Mais je ne sais pas ce qui s'est passé. La légende veut que tu aies dîné avec tes coéquipiers. A partir de ce moment-là, tu as commencé à dominer la fin de saison régulière. Un seul objectif, tu l'as  enfin compris, est envisageable. Pas la finale, mais le titre, dans une confrontation aux allures de revanche face aux Warriors. Mieux entouré, notamment par un petit Uncle Drew avec des Big Balls, tu as marché sur la Conférence Est. Autrement qu'avec des points. Tu t'es remis au niveau défensivement. Dans le même temps, tu as impliqué tes équipiers comme jamais dans les tours de chauffe que constituent, pour toi, la Conférence Est. Tu as été parfait. Il me semble que tu les as soudés. Cette confiance que tu leur as donné (Kevin Love exclu), ils te l'ont rendus. Au centuple. 

 

Ce retour en Finale prouve que ta fin d'année est exceptionnelle. Pouvais-tu l'envisager après le Game 4 ? Tu t'es humilié LeBron. Tu as transgressé la règle du basket en balançant le nom de Draymond Green à la NBA. Tu as réussi ton coup, il a été suspendu (à raison)... Dès ce moment, tu as craché à la tête de ceux qui n'y croyaient plus. Jamais tu n'as autant dominé que les deux matchs d'après. Game 5, une ligne de statistique qui laisse à penser que tu as peut-être réaliser le meilleur match de ta carrière. Impossible, pour beaucoup, que tu nous fasse la même chose. Mais tu es LeBron James. Rarement un joueur n'a autant dominé son époque que toi. Tu as réitéré une performance exceptionnelle devant un public hostile. 

 

LeBron, je peux te le dire. Je ne suis pas fan. Je préfère la douce élégance de Stephen Curry. Pourtant, c'est toi que je te tiens à féliciter. C'est toi, avec tes potes, qui les ont faits tombés, ces Warriors, qui se sont vus trop tôt titrés. Tu as gagné le respect. De tout. Haters, fans, anciennes gloires, équipiers. Aujourd'hui, tu as rejoint les grands. Enfin. Treize ans. Il a fallu attendre autant de temps pour ton nom soit gravé pour l'éternité. 

 

Merci LeBron d'avoir prouvé que nous avions eu tort, nous qui ne croyons pas en toi, 

 

Profite de l'instant, du moment présent, 

 

Tu ne l'as jamais autant mérité, 

 

Bravo.

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