Seth Curry, joueur de basket

Lorsque votre père et votre frère ont été des stars en NBA, il est parfois difficile de se soustraire à la comparaison. Pour Seth Curry, ce fut un lourd fardeau.

Dell Curry ? Un joueur de haut niveau NBA, sniper hors norme. Stephen Curry ? Le MVP de la saison actuelle, meilleur shooteur de l'histoire selon certains, de brillants accomplissements, une foule de records à son actif. Derrière eux, Seth Curry reste inévitablement dans l'ombre, dans la nécessité de se faire un prénom pour exister en tant que basketteur. 

 

 

Il faut dire que Seth partait déjà sur de mauvaises bases. Son prénom, en hébreu, signifie "compensation, remplaçant". Toute sa vie, il aura joué à travers ce prisme. Sans cesse comparé à son frère, moins bon passeur, doué d'une intelligence de jeu moindre, moins bon finisseur, la comparaison lui est évidemment défavorable. Et ce alors que le garçon a déjà prouvé bien des choses. Enorme scoreur, il est le recordman de points marqués au sein de son lycée. Confronté au choix de sa future université, il choisit une petite fac située en Virginie, Liberty, alors qu'il aurait pu suivre les pas de son frère en allant à Davidson en Caroline du Nord (fief des Curry). Simplement pour se forger son propre nom, sa propre identité. A 18 ans, il connaît une année faste avec 20 points par match face à des défenses qui se focalisent sur lui.

 

 

Trop facile, il décide de se tester face à des joueurs de son niveau, et part à Duke. Deux bonnes années marquent sa progression et il devient un joueur solide en NCAA. Mais lors de sa dernière année, il subit une fracture de fatigue au tibia et décide courageusement de jouer avec. Il marque 18 points par match lors de cette saison, le tout en portant une botte de protection hors des terrains ! Cependant, ce qui devrait encourager les recruteurs détruit finalement sa côte lorsqu'il passe sur le billard pendant l'été. Seth termine inexplicablement non-drafté, alors qu'il était un prospect intéressant quelques mois auparavant. Jugé trop petit pour jouer arrière, pas assez athlétique, cela donne un petit air de déjà-vu...

 

 

En NBA, la carrière de Curry ne décolle pas. En deux années, il obtient quelques contrats de 10 jours à Cleveland, Memphis, Phoenix mais n'est jamais conservé. Les entraînements l'ennuient un peu et son temps de jeu est faible, impossible de se montrer. Il part alors en D-League pour s'affirmer. Mais ses 24 points par match et ses prestations convaincantes chez les Erie BayHawks ne séduisent guère. A la question "Les évaluations changeraient-elles si vous vous appeliez Smith ?" le joueur déclarera plus tard:

 

"Bien sûr. Les gens me comparaient au MVP, au lieu des autres joueurs de la ligue mineure que je dominais. Je voulais seulement que les gens voient qui j'étais, qu'ils me voient jouer, et ensuite qu'ils se fassent leur opinion."

 

Le joueur comprend que rien ne lui sera offert. Il redouble d'efforts pour développer les autres facettes de son jeu. Lors du match 6 de la finale NBA, Seth est présent pour voir son frère Steph remporter le titre NBA. Le lendemain matin, il sera vu en train de shooter dans un petit gymnase non-loin de là. Cet été lui semble crucial afin de se faire sa place dans la grande ligue. Il vise les Summer Leagues pour se montrer et jouera la dernière sous le maillot des Pelicans. Choix judicieux: il retrouve Darren Erman, coach qui l'a côtoyé aux Warriors, et qui lui fait totalement confiance. Il lui donne les clés de l'équipe en attaque et le met dans les meilleures dispositions pour se montrer. Curry marquera 22 points par match, malgré une réussite inhabituellement basse: 22% à 3 points. Quatre équipes veulent s'attacher ses services: les Hornets, Pelicans, Warriors et Kings. Ces derniers se montrent plus convaincants avec un contrat garanti de 2 millions sur deux années. Vlade Divac, le GM des Kings, tient le bon discours: il l'a remarqué, pas par sa filiation, mais par son jeu.

 

 

Le début d'un beau compte de fées ? Pas vraiment. George Karl dit l'apprécier, mais le temps de jeu et le rôle ne suivent pas. Derrière les décevants Ben McLemore et Marco Belinelli qui creusent leur trou un peu plus chaque soir, l'ancien Dukie doit se contenter de miettes malgré des entrées souvent remarquées. Récemment, sous la pression de Divac, les choses changent et les jeunes Curry et Willie Cauley-Stein ont un peu de temps de jeu. L'arrière capitalise et prend la place de titulaire sur les trois derniers matchs, avec à chaque fois un impact positif sur le terrain: 12, puis 14 points, et un shoot extérieur qui souligne un certain potentiel dans son association avec Rajon Rondo. Les Kings ayant désespérément besoin de menaces derrière la ligne à 3 points, il est assuré qu'il aura sa chance en 2016-2017. En l'absence des cadres face à Portland lundi dernier, il réalise son meilleur match en carrière avec 21 points à 9/17 aux tirs, et prend sa revanche sur le destin.

 

 

Son profil ? Excellent marqueur et shooteur, il peut pénétrer dans la raquette et peut finir près du cercle avec une belle panoplie de floaters et de tirs avec la planche. Doté d'un dribble et d'une qualité de passe correcte, il fluidifie l'attaque et ne monopolise pas le jeu. En défense, le gros point noir supposé de Seth, celui-ci se donne à fond et malgré son petit gabarit et ses bras courts il tient son rang. Ses adversaires sont plus musclés et athlétiques que lui mais il ne lâche rien, au contraire de ses deux rivaux au poste d'arrière. Ce n'est pas pour rien que Karl le considère comme son meilleur défenseur extérieur... Sa discipline et son écoute sont remarqués: il respecte à la lettre les consignes du coach, que ce soit au niveau de ses axes de développement, en match, ou encore au niveau de ses habitudes alimentaires. De quoi faire le bonheur d'un coach. Malgré des limites évidentes, il semblerait que Seth Curry se soit enfin fait un nom. Laissons le mot de la fin à DeMarcus Cousins, son coéquipier:

 

"Seth Curry est en NBA pour un bon bout de temps."

 

 

 

 

 

 

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