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Rudy, Rudy, Rudy…

Rudy, Rudy, Rudy…

  

Sélectionné en 8ème position de la draft 2006, Rudy Gay avance tout doucement vers ses 31 ans en laissant dans la bouche des fans NBA un arrière-gout d’inachevé. Portrait.

Andrea Bargagni, Adam Morrison, Tyrus Thomas ou encore Shelden Williams. Voilà les noms que l’on peut trouver lorsque l’on joue au jeu du “qui a été drafté avant lui” avec Rudy Gay. En résumé, trois grosses déceptions et un joli no-name (Williams). Un échec pour celui qui s’estimait "bien sur assez bon pour être pris en premier choix" et qui faisait saliver tous les scouts NBA.

 

"Le potentiel de Rudy Gay est indéniable. Il peut devenir un excellent joueur et c’est sans contexte le joueur le plus talentueux de cette classe" écrivait draftexpress dans son scouting report avant de continuer : "peu de joueurs peuvent se vanter d’une telle combinaison d’attributs physiques et de qualités aussi bien athlétiques que techniques".

 

Des mots très flatteurs qui laissaient entrevoir un avenir radieux en NBA même si, déjà, quelques doutes apparaissaient sur sa capacité à mener une équipe à la victoire.

 

Rudy Gay

 

  • Des débuts prometteurs

 

Le jeune homme d’alors 19 ans est finalement sélectionné en 8ème choix par Houston puis directement envoyé en compagnie de Stromile Swift à Memphis contre Shane Battier. Seul petit ailier de formation au sein de l’effectif tennesséen, Gay en profite pour s’imposer. Il débute 48 matchs et pose des statistiques plus qu’honorable : 10,8 points à 42% aux tirs, 4,5 rebonds et 1,3 assists par match en 27 minutes de jeu. Il obtient même un trophée de rookie du mois en novembre. Comme attendu, ses qualités athlétiques font des ravages des deux côtés du terrain.

 

En défense, il parvient à tenir son joueur sans toutefois être un stoppeur d’exception et il se démarque par ses qualités de slasheur  et de jeu au poste bas en attaque, tout en montrant des faiblesses dans le jeu plus au large par son incapacité à se créer son propre shoot.

 

"Son succès dépend de l'endroit où il reçoit la balle" précise draftexpress.

 

L’année suivante est celle de l’explosion. Titularisé lors des 81 matchs qu’il dispute cette année là, il est également plus responsabilisé dans le système offensif des Grizzlies. Gay s'en donne à cœur joie et explose ses moyennes : 20,8 points par match (à 46% aux tirs dont 35% à trois points), 6,2 rebonds et 2 assists par match en 37 minutes de jeu.

 

Malgré ces progrès, les Grizzlies ne remportent que 22 matchs cette saison. Il faut dire que l’équipe est plus que bancale : le très oubliable deuxième choix de draft Darko Milicic en pivot titulaire, un franchise player (Pau Gasol) qui n’aura pris part qu’à 39 matchs cette saison et un meneur rookie de 20 ans (Mike Conley) accompagnent Gay dans le cinq majeur.

 

Suivent ensuite quatre années à Memphis au cours desquelles le joueur fait preuve d’une régularité remarquable en maintenant ses moyennes vers les 19 points tout en gardant des pourcentages très corrects, aux alentours de 46%. Il se taille également une belle réputation de clutch player.

 

 

Réputation qu'il entretiendra tout au long de sa carrière.

 

 

Résultat de ces performances individuelles, Gay est sélectionné pour le Mondial 2010 en Turquie duquel il ramènera la médaille d'or.

 

L’équipe progresse également collectivement. Les arrivées de Marc Gasol et Zach Randolph envoient même les joueurs du Tennessee en playoffs en 2011 où ils s’inclinent contre OKC au deuxième tour en sept manches. Malheureusement pour lui, Gay n’a pas pris part à cette campagne à cause d’une blessure à l’épaule.

 

  • qui ne se confirment pas

 

Les bons résultats de l’équipe sans leur première option offensive donnent des idées aux dirigeants de Memphis qui l’envoient avec son gros contrat à Toronto contre un Tayshaun Prince vieillissant, Ed Davis et Austin Daye. Il ne fait pas de vieux os dans le Canada puisqu'il est tradé dès la saison suivante à Sacramento où il restera 3 ans avant de se blesser en milieu de saison au talon d'Achille et de finir l'exercice sur un brancard.

 

 

À 30 ans et en fin de contrat, il a la possibilité de signer où il le souhaite cet été. Certains contenders ont montré un intérêt pour l'ex joueur de Memphis mais on est loin de l'effervescence que pourrait susciter un joueur avec ses statistiques (presque 19 points de moyenne la saison dernière) et son expérience. Certes sa blessure, difficile à surmonter à son age, inquiète les franchises mais elle n'explique pas tout.

 

  • Loin d'être un leader

 

Individuellement Gay est un excellent joueur. Il a réussi progressivement à gommer les défauts pointés du doigts par draftexpress. C'est désormais un attaquant très complet capable de marquer dans toutes les positions, à trois points (35% en carrière) et même de créer pour les autres à l'occasion comme l'attestent ses 2,3 passes décisives en carrière. Le soucis vient plus de sa réussite collective. Il n'a participé pour l'instant qu'à 7 (!!) matchs de playoffs : une série perdue contre les Clippers en 2012 au cours de laquelle il avait inscrit 19 points de moyenne à 42% aux tirs.

 

Toutes les équipes qu'il a quitté ont significativement progressé juste après son départ. Memphis est devenu une place forte de l'Ouest en adoptant un jeu lent et physique, le Grint and Grind. Même chose à Toronto, l'équipe canadienne truste les premières places de la conférence depuis son transfert dans le zoo de Sacramento. Il est difficile de lui mettre tout les problèmes des équipes qui l'ont accueilli sur le dos : les dirigeants des Raptors n'ont pas eu l'idée du siècle en l'associant à Kyle Lowry et DeMar DeRozan, deux joueurs ayant également besoin du ballon pour se mettre en valeur. Quant à Sacramento, et bien c'est Sacramento.

 

Les raisons de cette (toute relative) déception ne sont pas si surprenantes. Comme évoqué au début de l'article, les experts de draftexpress doutaient de ses capacités de leader. Ils ont également averti les équipes de sa possible faiblesse mentale et de son manque de volonté à devenir le meilleur possible.

"La pression qu'il a de devenir une superstar est immense et Rudy Gay n'a pas toujours réussi à la justifier quand il était sur le terrain, ce qui lui en rajoute encore plus." [...] "Sa solidité mentale a été remise en question à de nombreuses reprises. Il subsite encore quelques interrogations sur le fait qu'il soit capable de faire ce qu'il faut pour atteindre le niveau que son immense potentiel laisse entrevoir; c'est à dire devenir go-to-guy et une superstar. Il aime jouer au basket mais reste encore à voir s'il est vraiment animé par la passion du jeu."

 

Des doutes parfaitement justifiés par la suite des événements. Après ses premières bonnes saisons, les dirigeants de Memphis lui ont offert un contrat monstre de 80 millions sur cinq ans. Le genre de somme que touchait un franchise player à l'époque. Cela fait un peu tâche avec le recul lorsque l'on s'aperçoit que la colonne "participation au All Star Game" est toujours vierge...

 

Et si Rudy Gay était le leader de son équipe au scoring, on ne peut pas en dire autant dans le vestiaire. Personnalité effacé, il n'est pas du genre à faire des vagues dans les vestiaire ou même à se rendre coupable de déclarations tapageuses dans les médias. Un coéquipier idéal en quelque sorte. Mais loin d'être le profil de joueur autour duquel on construit une équipe. C'est dommage, il en avait le potentiel.

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