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Le Heat 2017, le remède miracle anti-tanking

Le Heat 2017, le remède miracle anti-tanking

  

Rendons grâce au Heat version 2017, qui en ne cédant pas aux douces sirènes du tanking a relancé la course aux playoffs de la Conférence Est.

Le tanking, cette tactique sournoise qui pousse certaines équipes à rivaliser de nullité à partir du mois de février, dans l'unique but d'obtenir un billet gagnant à la draft. Il y a le tanking lourd et massif des Sixers version Sam Hinkie, le tanking quasi héréditaire des Kings depuis 10 ans, celui plus subtil des Knicks et de leur énième reconstruction pour finir par le tanking altruiste des Nets, ces derniers ayant choisi d'offrir leur pick à Boston. Cette course à l'échalote flingue bien souvent l'intérêt des dernières semaines de saison régulière, proposant aux fans des parodies de basket sans défense et sans enjeu. Un fléau que l'on ne peut malheureusement pas éradiquer avec le fonctionnement actuel de la Ligue.

 

Cette saison, on a atteint des sommets de ridicule à Los Angeles où les vétérans Luol Deng, Timofey Mozgov et Nick Young sont sortis complètement de la rotation... 40 millions de dollars assis sur le banc pour regarder les jeunes s'éclater, ça commence à faire très cher le supporting cast. Même son à cloche à Phoenix qui a sorti le blindé version char d'assaut depuis février. Les Suns sont même partis avec un tour d'avance sur les Lakers, puisque Brandon Knight et Tyson Chandler sont, eux, punis depuis le All Star Break. La franchise a aligné la semaine dernière le cinq le plus jeune de l'Histoire et Devin Booker, seul maître à bord depuis le mise au ban(c) d'Eric Bledsoe, plante 70 pions... dans une large défaite.

 

Face à ces absurdités de fin de championnat, une franchise résiste en déjouant tous les pronostics. Avec un run incroyable de 13 victoires consécutives, Miami a bousculé la hiérarchie à l'Est et relancé l'intérêt de la lutte pour les playoffs. Alors qu'Erik Spoelstra avait toutes les cartes en main pour sortir un bon vieux tanking des familles, le Heat a préféré combattre la logique sportive. Mi janvier, les Floridiens affichaient un bilan de 11 victoires pour 30 défaites. Le départ du totem Dwyane Wade cet été, la maladie au long cours de Chris Bosh puis le forfait de Justise Winslow semblaient enterrer définitivement Miami.

Deux mois plus tard, le Heat bataille pour le 8ème spot et flirte avec un bilan équilibré. Une remontée quasi historique sans recrue à la trade deadline qui prouve que l'envie peut parfois surpasser le talent. Car à bien regarder le roster, on a plus l'impression d'assister à la présentation d'une équipe de D-League qu'à un contender playoffable : Luke Babbitt, Wayne Ellington et Rodney McGruder cumulent à eux trois 111 titularisations. Après avoir connu la période des titres avec les Tres Amigos, Erik Spoelstra se retrouve à devoir bricoler des rotations avec des sans grades et des laissés-pour-compte. Et plutôt que de reconstruire avec la loterie, le coach a décidé de partir à la guerre, pour le plus grand plaisir des fans qui assistent à de vrais matchs à couteaux tirés. Le tanking n'est vraiment pas dans l'ADN du coach :

 

Ce n'est vraiment pas le genre de la maison. Je ne suis pas naïf, je sais que s'il n'y avait pas eu d'améliorations, Pat Riley aura fait son travail d'une manière différente. Je suis très conscient de cela. Mais, on n'a jamais eu de discussions pour faire reposer des gars au repos ou laisser filer des matchs. Ce n'est vraiment pas notre style. Même avec les blessures et notre mauvais début de saison, les gars ont rapidement compris que non, nous n'allions pas nous laisser aller. Ils ont dû se battre, c'était la première fois pour certains joueurs les plus jeunes. On s'est remis en question avec un regard objectif et ça a tout changé. Maintenant, j'ai le droit à des "Mon Dieu mais c'est vrai", "OK, je vais me battre pour ça" ou "Laissez-moi travailler". C'est vraiment quelque chose de puissant entre les joueurs.

 

Un état d'esprit commando qui a fait chuter les Warriors, les Rockets et deux fois les Cavaliers. Les Floridiens sont transfigurés depuis janvier dans le sillage de leur maestro Goran Dragic. Le dragon slovène a affiché des stats de calibre All Star durant cette folle chevauchée : 22.5 points (45,6% à 3 points) et 5 passes. Hassan Whiteside, habitué aux déclarations philosophiques, garde sa langue dans sa poche et se concentre sur sa production : 16.9 points, 14.2 rebonds et 2.1 blocks. Les deux compères sont devenus des leaders par l’exemple. Dragic et son œil au beurre noir, Whiteside et ses 13 points de suture à la main ont préféré oublier leurs bobos pour revenir au turbin et poursuivre cette lutte salutaire.

A leurs côtés, une armée de role players se découvre des talents grâce à un collectif sans cesse sur la brèche. Auto-proclamé meilleur backcourt de la Ligue avec Kyrie Irving à Cleveland, Dion Waiters s’est racheté une crédibilité à South Beach. Clutch à de maintes reprises, il a même décroché un titre de joueur de la semaine en janvier en tournant à 23.3 points. Non drafté à sa sortie de fac, Tyler Johnson s’épanouit dans un costume d’électron libre en sortie de banc. Ses 14 points, 4 rebonds et 3.3 passes méritent d’être mentionnés dans le Trophée du Meilleur Sixième Homme. Son homonyme, James Johnson, récupéré pour une bouchée de pain cet été, prouve qu’il vaut mieux qu’un rôle d’agitateur de serviettes. Appliqué en défense, il s’occupe des basses besognes tout en apportant son écot en attaque : 12.4 points, presque le triple de sa production l’an passé à Toronto !

Une alchimie construite de bric et de broc qui a gagné le respect des plus grands stratèges en NBA. Même, le coach de Boston, Brad Stevens, ne cache pas sa joie à voir évoluer le Heat :

 

Ils ne recherchent pas les compliments à Miami, alors qu’on pourrait facilement les encenser. Ce n’est pas facile de prendre votre départ à 11 victoires et 30 défaites et de faire un run comme ils l’ont fait. Ils ont tous une résistance énorme pour être capable de faire cela. Je ne pourrais pas être plus fan d’une équipe NBA que celle que je vois à Miami cette année.

 

Comme Stevens, on ne peut qu’approuver le choix du Heat qui a privilégié l’enjeu sportif à la stratégie de l’échec. On trouvera certainement des rabat-joies pour nous expliquer que toute cette énergie déployée est vaine. Plutôt que d’échouer d’un cheveu aux playoffs, mieux faut préparer l’avenir. Que même en cas de qualification, un sweep contre les Cavs ou les C’s se profile. Au diable les calculs et les spéculations, nous, en tant que fans, nous voulons du spectacle et du suspense ! Donc, pour cette fabuleuse épopée, merci le Heat !

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