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Kevin Durant, d'une zone de confort à une autre

Kevin Durant, d'une zone de confort à une autre

  

Ce fut la bombe de ce début d’été 2016. L’annonce surprise de Kevin Durant expliquant qu’il rejoignait la Californie et la franchise de Golden State, qui avait éliminé le Thunder 4-3, et alors tout juste sortie d’un cauchemar éveillé, orchestré par les Cavaliers de LeBron James. Un an après, l’homme est aux portes du titre NBA, au sein d’une équipe des Warriors qui semble invincible. Retour sur la décision et la saison qui semblent avoir changé l’homme plus que le joueur.

4 juillet 2016, après avoir montré quelques envies d'ailleurs, Kevin Durant annonce via The Player's Tribune qu'il jouera pour les Warriors de Golden State la saison prochaine, pour quitter sa "zone de confort" qu’était Oklahoma City, se lancer un nouveau défi. La nouvelle fait l'effet d'un choc sur toute la planète basket. La polémique se créé très rapidement, l'accusant de lâcheté, pour rester dans des termes acceptables. On l'accable de choisir la facilité pour obtenir une bague de champion dans une Ligue où elle est devenue une sorte de standard pour tout joueur souhaitant marquer l'histoire.

 

À cet instant précis, l'équipe qu'il s'apprête à rejoindre vient de subir la colère de King LeBron James en finales, perdant 4-3 après avoir mené 3-1 et avoir pu remporter le titre par 3 fois. L'arrivée de Kevin Durant au sein de ce collectif ouvre des perspectives effrayantes. 4 all-star, dont Stephen Curry, Klay Thompson et Draymond Green au sein du même 5 majeur, dont font également partie les 3 derniers MVP de la saison régulière. Comment réussir à faire jouer autant de talents ensemble ? Qui souffrira de l'arrivée de Durantula au sein de l'effectif Californien ? Les interrogations sont multiples.

 

Mi-Août 2016, sous l'égide de Mike Krzyzewski, l'ensemble de la planète orange peut avoir un aperçu des premières connexions entre Draymond Green, Klay Thompson et Kevin Durant. Une épopée brésilienne qui permet au numéro 35 de faire connaissance avec ses bourreaux de finale de conférence, mais aussi de goûter accessoirement à l’Or Olympique. 

Durant les trainings camps de septembre, alors que Durant s'acclimate à la Californie et au jeu fluide et létal qui s'y joue, Steve Kerr affirme qu'aucun problème de collectif ne sera au menu du jour pendant la saison régulière et voit déjà Durant comme une future arme défensive incontournable pour son groupe.

 

Son potentiel est reéllement étouffant défensivement, avec son envergure et ses qualités athlétiques, on va alors devoir beaucoup se reposer sur lui lorsqu’on jouera des cinq assez petits, pour protéger l’arceau et nous permettre de courir ensuite. (octobre 2016)

 

Cette saison régulière justement, qui, selon certains observateurs, révélerait très vite les problèmes d'égo au sein de l'équipe, a tout simplement montré le potentiel destructeur que peut apporter un MVP dans un effectif comptant déjà une myriade d'étoiles plus brillantes les unes que les autres. Des problèmes de partage du ballon? L'équipe en faisait fi, et surtout Durant, s'intégrant à merveille dans l'arsenal destructeur de Golden State. Tournant à 25.1 points, 8.3 rebonds et 4.8 passes sur l’exercice, l'homme a juste montré une autre facette de son talent, celle d'un transmetteur du cuir orange, tout en conservant la clutchitude et le pouvoir de neutralisation de l'adversaire qui faisaient de lui une machine à tuer dans l'Oklahoma. Finalement, on change juste le type de confort et on repart.

 

Là où le changement à réellement eu lieu, c’est sur le plan humain. Revenons en juillet 2016. Beaucoup de questions tournent autour de l'homme, et plus précisément autour de sa relation avec Russell Westbrook, qu'il aurait prévenu de son départ par un simple SMS. Un geste dont le numéro 35 s'excusera mais qui reste tout de même aux antipodes du discours et de l’importance qu'il accordait à son coéquipier lors de la remise du trophée de MVP en 2014. 

 

Je sais ce que vous pensez, que j’ai oublié Russell… Mais je pourrais parler toute la nuit de Russell. Un gars émotionnel qui pourrait foncer tête baissée dans un mur pour moi, et je ne tiens rien pour acquis. Il y a certains jours où je veux te plaquer au sol, où je veux te dire de te secouer parfois, mais je sais qu’il y a aussi des jours où tu veux faire pareil avec moi. Je t’aime mec, je t’aime. Beaucoup de monde balance des critiques injustes sur toi en tant que joueur, mais je suis le premier à avoir tes arrières quoi qu’il arrive. Reste qui tu es mec, tout le monde t’aime ici, et moi je t’aime.

 

Cette saison, il n’a cessé d’affirmer aux journalistes ses regrets quant à sa rupture avec son meilleur ami, qui lui évite le sujet. Réunis pour le All-Star Game, un alley-oop leur permettait d’observer l’alchimie toujours parfaite entre eux, mais sans plus, Westbrook ignorant toujours les questions au sujet de son ancien partenaire.

 

Kevin Durant, le jeune homme d’OKC qui se satisfaisait en alignant des lignes de statistiques pharamineuses, semble avoir en partie disparu avec cette arrivée à Oakland. Il avoue même que le titre NBA ne représente pas pour lui une fin en soi. On se doute cependant que secrètement, il rêve certainement de titre. 

 

Cela ne voudrait pas dire que ma vie est bouclée. J’ai beaucoup de choses à vivre et de choses à faire dans ma vie. Si je décroche une bague, ce serait cool de pouvoir vivre ce moment au buzzer, quand vous sautez dans les bras de vos coéquipiers et vous faites la fête dans le vestiaire, mais après ça, que faire ? Voilà comment je vois les choses. Que faire après ça, pour moi ? C’est ce genre de flottement. Ce flottement de deux ou trois semaines qui m’attire. Ça se voit, quand une équipe remporte un titre. Les Cavaliers l’année passée, ils sont allés à Las Vegas faire la fête pendant une nuit. Ces deux-trois semaines de flottement, je veux vivre ça mais cela ne va pas me satisfaire intégralement en tant que personne qui a tant de choses à vivre. Au final, ce sera juste un grand accomplissement, si j’y arrive. On verra. Mais si je n’y arrive pas, je ne vais pas m’enfermer dans ma chambre et refuser de sortir, je vais travailler mon jeu et prendre plaisir.

 

Mais pourquoi donc venir à Oakland si la bague ne l’intéresse pas ? Comme il le dit, c’est une personne qui a beaucoup de choses à vivre. Une personne qui a une famille, des proches, qui ont motivé ce départ vers un horizon plus tranquille, agréable, la Californie. La "zone de confort" humaine.  

 

C’est donc un Kevin Durant qui a considérablement muri qui abordera dès ce soir les finales NBA avec les Warriors. Et même s’il venait à ne pas rentrer chez lui avec la bague, il n’en fera pas une crise et continuera simplement à "prendre plaisir".

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