Cavaliers vs Warriors, l'analyse

LeBron James l'avait annoncé, le troisième match de la finale NBA était un "do or die". Les Cavaliers n'avaient pas d'autre choix que la victoire pour se donner une chance d'atteindre le Graal pour la première fois de leur histoire.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les Cavaliers ont su réagir en s'imposant par une marge de 30 points (120-90). Le tout sans Kevin Love. Une déculottée qui pose des questions, tant un monde sépare ce match des deux précédents... Il semble difficile de croire à un retour, mais le jeu proposé laisse augurer un combat plus intéressant lors du retour à l'Oracle Arena. Comment expliquer un tel écart de performance ?

 

  • Une intensité retrouvée

 

Le parcours des hommes de Tyronn Lue était peut-être trop facile pour eux. A l'instar du PSG en Ligue 1, l'opposition semble relativement faible. Des Celtics un peu jeunes, l'attaque morose des Hawks, le jeu stéréotypé des Raptors, il n'y avait vraiment pas de quoi inquiéter une telle armada. Quand viennent les grands rendez-vous, cette expérience peut manquer, et expliquer que les Cavs mettent du temps à se mettre en route. A l'inverse, les Warriors sortaient d'une série difficile face à Portland malgré le score (4-1) et d'un miracle face au Thunder, avec trois victoires consécutives. Une meilleure dynamique, l'habitude du combat, c'est sans doute ce qui a fait la différence mentalement sur ces deux premiers matchs. L'envie et la combativité peuvent masquer de nombreuses faiblesses, comme le prouvent Tristan Thompson ou Matthew Dellavedova. Sur le dernier, le sentiment d'urgence des Cavs l'a emporté sur les Warriors qui se croyaient déjà en vacances.

 

  • Une défense enfin au point

 

Malgré un rythme élevé, les Warriors n'ont réussi à marquer que 90 points. En statistiques, cela représente 42.1% aux tirs, 27.3% à 3 points, 65.4% aux lancers francs, seulement 21 passes décisives, 18 turnovers, 8 points marqués sur contre-attaque. Des chiffres inhabituels qui reflètent bien la domination défensive de l'équipe de l'Ohio. Critiqué à juste titre pour sa défense paresseuse qui a coûté une vingtaine de points à son équipe, LeBron James a su réagir et emmener l'équipe dans son sillage. Moins de coupes au panier, moins de tirs faciles. Une envie de contester chaque shoot, de contourner chaque écran, de plonger sur chaque balle perdue. Moins de switchs, plus de communication. Et surtout, la mobilité de Tristan Thompson et de Richard Jefferson, tous deux capables de défendre sur les Splash Brothers ou de contester un lay-up dans la raquette. C'est simplement ce qu'on aurait du voir depuis le début de la série, en fait...

 

  • La domination dans la peinture

 

Encore une recette de l'an dernier, remise au goût du jour par Tyronn Lue. On le sait, les Warriors jouent petit, et l'une des manières les plus efficaces de contrer cela est de dominer dans les airs. 60 rebonds à 41, 17 offensifs contre 8. 54 points marqués dans la peinture contre 32. Le rebond appartient au joueur qui en veut le plus : hier, c'était Tristan Thompson. Le pivot canadien a simplement dominé la raquette, prenant 7 rebonds offensifs. Sa combativité de tous les instants a forcé tous les Warriors à contribuer à l'effort, annihilant tout espoir de contre-attaque rapide. Lors des deux premiers matchs, Andrew Bogut était tout simplement meilleur.

 

  • Une réussite inhabituelle

 

On remarque souvent que l'absence d'un joueur majeur survolte ses coéquipiers, qui n'ont pas d'autre choix que d'élever leur niveau de jeu pour compenser. C'est ce qu'on appelle l'effet Patrick Ewing. En 1999, les Knicks avaient ainsi atteint la finale NBA sans leur joueur vedette, le tout en disposant du 8ème spot pour les playoffs. On a pu le constater en l'absence de Stephen Curry plus tôt dans cette postseason, à mettre en parallèle avec les performances de Shaun Livingston... Dans ce Game 3, les principaux protagonistes sont LeBron James et Kyrie Irving. Les deux stars, solistes exceptionnels, ont mis un nombre incalculable de shoots à mi-distance, et l'équipe à suivi. Résultat, 53% aux shoots dont 48% à 3 points contre l'une des meilleures défenses de la ligue. Il n'y a rien à faire quand les deux joueurs sont autant en rythme. Cependant, il semblerait que cet effet ne soit pas soutenable à long-terme, et les Cavs devront trouver d'autres solutions que de prendre des shoots dont on connait l'inefficacité.

 

  • Des Warriors... simplement absents

 

Après deux séries éprouvantes, on peut comprendre l'indigence de Golden State. Il leur suffit de remporter tous leurs matchs à domicile pour être champions. Un peu de repos ne serait pas malvenu pour les joueurs qui ont tous des pépins physiques. Les deux victoires à domicile suffisaient amplement, et le relâchement est logique. Chiffres révélateurs : 18 balles perdues pour... 34 points encaissés. Des passes mal assurées par manque de concentration, une mauvaise conduite de balle, un repli défensif un pas trop lent en sont les causes. On sait les Warriors capables de faire mieux, et ils ont déjà montré que leur esprit de compétition pouvait renverser des montagnes et réaliser l'impossible. L'analyse de cette rencontre, signée Steve Kerr, est simple :

 

Nous étions trop soft. Quand c'est le cas, vous êtes dominés dans la raquette et vous perdez des ballons de manière stupide. C'est la raison de notre défaite.

 

En conclusion, on peut tout simplement se demander lesquels de ces facteurs interviendront dans le quatrième match. Dans l'hypothèse d'un retour rapide de Kevin Love, il sera très difficile de maintenir un tel plan de jeu, l'ailier-fort n'étant ni un bon défenseur ni connu pour sa hargne ni pour sa mobilité. Sans vouloir dénigrer un triple All-Star, il serait peut-être de lui faire débuter la rencontre sur le banc, un apport qui a cruellement manqué aux Cavs durant cette série. A l'instar des Warriors, avec David Lee...

 

Article rédigé par David Hakimi pour Inside Basket

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