Qui voudra bien de Rajon Rondo ?

Interrogé sur ma plus grosse déception de la saison 2014-2015, il n'a pas fallu trois secondes pour que le nom de Lance Stephenson résonne dans ma tête avec la voix de Susan Boyle sur fond de musique tragique. Puis dans ce déstabilisant brouhaha s'éleva, petit à petit, un autre nom qui transpire la désillusion: Rajon Rondo.

Il n'aura pas fallu plus de 2 ans pour que Rajon Rondo passe du titre officieux de meilleur meneur de la ligue à celui de joueur néfaste pour son équipe. Après des débuts prometteurs mais discrets, le jeune Rondo a bénéficié de l'exposition médiatique provoquée par l'arrivée du Big Three pour sortir de l'anonymat et montrer sa capacité à mener une équipe de futurs hall of famers jusqu'au titre. Depuis les départs de ses trois coéquipiers, le meneur a connu de nombreuses difficultés. Gêné par les blessures (il n'a pas joué plus de 38 matchs par saison entre 2012 et 2015), Rajon Rondo peine à faire gagner son équipe, certes plus jeune et moins talentueuse, et le manque de résultats pèse sur son statut prématuré de "meneur superstar". Le 18 décembre 2014 marquera un tournant dans la carrière du joueur. Transféré à Dallas après trois demi-saisons de figuration, Rajon Rondo rejoint une équipe alors 4ème de la conférence Ouest qui ne rougit pas de prétendre au titre. Ce tournant sera finalement un véritable fiasco ! Ecarté de la rotation pendant le 1er tour des Playoffs (perdu 4-1 face à Houston) après une deuxième partie de saison très difficile (25-20 pour Dallas avec Rajon Rondo contre 25-12 sans lui), le meneur s'est attiré les foudres de ses coéquipiers, des dirigeants, des fans et des médias. Pourquoi un tel acharnement ? Pourquoi son arrivée à Dallas a-t-elle été aussi ratée ? Quel avenir pour Rajon Rondo ? C'est parti pour le papier n°11 de Lignes de Fond.

 

 

 

À première vue, Rajon Rondo est le meneur passeur par excellence (8,3 passes décisives en carrière avec 3 saisons à plus de 11 unités). Complet (22 triple-doubles, 2ème meilleur total des joueurs toujours en activité) et bon défenseur, c'est un gestionnaire, un leader au service du collectif... À première vue, oui. Avec des statistiques en carrière de 10,8 points de moyenne, des affreux 26,3% à trois points et 60,9% aux lancers-francs et près de 3 ballons perdus par match, difficile de figurer dans l'élite tant la ligue regorge d'excellents meneurs de jeu. Son manque d'impact au niveau du scoring fait de lui un joueur peu dangereux, ce qui limite inévitablement son influence sur le jeu, aussi bon passeur soit-il. Pour évaluer l'impact du joueur sur les matchs (offensivement et défensivement), l'évaluation (PER) est un excellent outil et Rajon Rondo pointe cette saison, à la 201ème place du classement (sur 366 joueurs) derrière Alex Len, OJ Mayo ou encore Will Barton. On ne peut raisonnablement pas remettre en cause l'excellente vision du jeu et la facilité du joueur à trouver ses coéquipiers et les servir dans les meilleures conditions. Mais s'il était le 5ème meilleur passeur de la ligue (avec 7,9), il est seulement 21ème en ratio assist / turnover (avec 2,56 passes par ballons perdus). Ajoutons à celà sa maladresse (31ème parmi les meneurs seulement à 42,6% aux tirs, bien trop loin dans le classement total des joueurs...) et son besoin de ballon. Rajon Rondo possédait en effet le ballon 5,6 minutes par match cette saison (30ème) bien que ce chiffre ait beaucoup baissé avec Dallas, et il pointe ainsi au fin fond des classements avec 0,110 point marqué par nombre de ballons possédés. Au final, nombre de chiffres et d'arguments viennent ternir le talent de ce joueur. N'aurait-il pas été trop vite et trop facilement vendu comme un génie ? Et s'il s'était simplement trouvé dans la bonne équipe au bon moment en étant la pièce manquante du puzzle déjà bien rempli de Doc Rivers à Boston. Sans remettre en question la capacité du joueur à évoluer à haut niveau, l'expérience de Dallas et ses dernières années à Boston amènent à se demander si le joueur est assez bon pour rester compétitif dans des conditions moins idéales que celles d'une équipe de hall of famer.

 

 

 

Rick Carlisle, comme de nombreux observateurs (au sein même de l'équipe d'Inside Basket d'ailleurs), était le premier à émettre des doutes sur la complémentarité de Rondo et sa capacité à correspondre au style de jeu des Mavs. Les résultats collectifs de Dallas depuis son arrivée et l'incapacité du joueur à s'imposer comme un véritable leader, ou comme un simple bon coéquipier, ne présagent rien de bon pour Rajon. Le problème réside dans son besoin d'avoir la gonfle en main. Si sa relation (sur le terrain!) avec Ray Allen semblait si efficace, c'était principalement dû au très bon jeu sans ballon de l'arrière et aux sacrifices que Ray était capable de faire pour le bien du collectif. Monta Ellis étant un formidable scoreur qui a besoin d'initier ses mouvements balle en main pour se créer des tirs, la cohabitation des deux joueurs était vouée à l'échec. Et au change, les Mavs n'ont pas hésité longtemps entre leur explosif arrière et l'inoffensif meneur de jeu. Le problème est que la NBA d'aujourd'hui regorge d'arrières scoreurs et de combo-guards qui aiment le ballon et l'expérience "Dallas" semble avoir démontré l'inévitable : Rajon Rondo ne peut cohabiter avec un joueur qui a besoin de tripoter pour être efficace offensivement. S'il reste des très bons arrières en jeu off-ball (JJ Redick, Danny Green, Kyle Korver, Wesley Matthews...), ceux-ci sont déjà entourés de meneurs de jeu intouchables qui n'ont rien à envier à un Rajon Rondo. Dans ce contexte, difficile de trouver une place autre que celle d'un excellent back-up dans une franchise compétitive ou d'un meneur diva mais limité dans une jeune équipe en reconstruction...

 

 

 

Les problèmes comportementaux de Rajon Rondo ne sont pas nouveaux. Alors que sa fausse bonne relation avec Ray Allen a semble-t-il pesé sur le départ de l'arrière à Miami, Doc Rivers a fini par parler publiquement de ses problèmes avec Rajon Rondo (les deux ayant failli en venir au poing lors d'un entraînement) en le qualifiant de mauvais joueur de vestiaire avant de quitter les Celtics pour tenter l'aventure à Los Angeles. Danny Ainge n'a, quant à lui, jamais caché ses divergences avec le meneur, tout en reconnaissant malgré tout le talent (et ainsi la valeur marchande) de son poulain. Maintenant que la période Boston est derrière lui, certains fans de Dallas auraient pu voir en lui le nouveau leader d'une équipe des Mavericks pétrie de talent, mais c'était sans compter le sale caractère du bonhomme. Il aura suffit de 3 mois pour qu'il se mette tout le vestiaire, le coaching staff et le front-office à dos. Ses coéquipiers sous-entendaient qu'il est un poison pour l'équipe alors que Rick Carlisle a clairement déclaré que l'on ne reverra plus Rajon Rondo sous le maillot des Mavericks et qu'il était temps de passer à autre chose... L'attitude désinvolte du meneur lors des interviews et son désintérêt total pour les résultats de sa nouvelle équipe en disent long sur sa mauvaise influence et son manque de compétitivité. On ne serait pas étonné que certains des problèmes internes de cette fin de saison éclatent au grand jour maintenant que le meneur et sa franchise ont coupé les ponts. Celà ne devrait pas aider son cas, lui qui sera agent libre dès le 1er juillet prochain.

 

 

 

Rajon Rondo a déjà tourné la page de Dallas (depuis quelques temps apparement...) et le meneur va chercher une nouvelle destination. Seulement, au vu de ses récentes performances, de ses antécédants comportementaux et du fait qu'il lui faille être des conditions optimales pour apporter relativement peu, on doute que sa cote sera aussi élevée l'été prochain qu'elle a pu l'être par le passé. Le poste de meneur de jeu étant plus que fourni à travers la ligue, on ne voit réellement aucune équipe déjà en place qui pourrait tirer profit d'un tel joueur sans prendre de risques considérables (comme avait pu le déclarer Rick Carlisle avant que le transfert de Rondo ne soit validé à cause de l'insistance de Mark Cuban). Restent les Knicks, Lakers qui partent de rien et seront comme à leur habitude dans toutes les rumeurs concernant les grands noms de la ligue.

 

Malgré les circonstances, les offres ne manquent jamais pour des joueurs de cette notoriété, il faut espérer que Rajon Rondo saura faire mentir les chiffres en faisant gagner une équipe avec le rôle de leader qu'on veut bien lui attribuer depuis tant d'années. En attendant, il devra soigner sa réputation pour obtenir la confiance d'une franchise compétitive s'il ne souhaite pas rejoindre une équipe en reconstruction et reprendre dans une situation qu'il a déjà connu avec Boston, il y a 5 mois seulement...