Marcus Camby Vs Rudy Gobert

Duel de génération compare une star actuelle avec son alter-ego du passé. Aujourd'hui, on continue notre mois spécial frenchy avec deux experts en défense. Rudy Gobert, défendu par Sylvain sera confronté à Marcus Camby et David.

Après Boris Diaw et Nicolas Batum, on continue notre mois spécial Frenchy avec ce nouveau duel. D'un côté ; David et Marcus Camby, de l'autre ;  Sylvain et Rudy Gobert. C'est parti pour un duel de pivots défensifs !

 

 

David : Après trois ans de fac dans le Massachussetts, Marcus Camby avait définitivement convaincu les experts. Ses 19.2pts et 9.4rbds en dernière année et sa capacité à contrer tout ce qui bouge (43 blocks en 11 matchs) suffiront à lui offrir une place en NBA lors de la légendaire draft de 1996.

Le premier pick, on le sait, sera pour Philly qui drafte Allen Iverson. Camby suit dans la foulée direction Toronto. Ce pivot de 2m11 bon en attaque et en défense fait rêver les Raptors, à tel point que Camby se retrouve donc sélectionné plus haut que Ray Allen, Kobe Bryant et Steve Nash pour ne citer que quelques grands noms de cette cuvée. D'ailleurs, un autre grand pivot défensif, ce cher Ben Wallace, ne sera même pas appelé par David Stern durant la soirée tant de talent est présent... Big Ben jouera finalement en NBA sans avoir été drafté et avec le succès qu'on lui connaît.

 

Marcus est en tout cas lancé. Il termine sa saison rookie avec 14.8pts, 6.3rbds et 2.1ctrs de moyennes. De bonne augure pour la suite et il intègre bien entendu le meilleur Cinq des rookies. Très vite titulaire, il monte en puissance défensivement en saison sophomore avec 12.1pts de moyenne cette fois mais 7.4rbds par matchs. Surtout, il est déjà meilleur contreur de la ligue avec 3.7 bashs par matchs. Il réussit cette saison les deux premiers triples doubles de sa carrière (15pts,12rbds 11ctrs et 13pts, 11rbs et 11ctrs). En 1998, l'aventure canadienne prend pourtant fin, il est échangé contre Charles Oakley et se retrouve donc membre des Knicks de New York.

 

Logiquement barré par la légende Patrick Ewing, Marcus Camby passe deux ans à sortir du banc derrière The Beast. Ses moyennes baissent mais il reste très efficace, surtout en retrouvant une place de titulaire en 2000 où il revient à un double-double de moyenne. Avec Big Apple, Camby connaîtra d'ailleurs les finales NBA avec une défaite contre les Spurs en 1999.

 

Après sa période new-yorkaise, Marcus Camby s'engage avec les Nuggets.Dans le Colorado, il devient le pivot titulaire et explose littéralement. Il formera un beau trio avec les deux All-Stars Carmelo Anthony et Allen Iverson et assoira sa supériorité défensive sur la ligue. En 6 ans à Denver, il marque 10.1pts, prend 11.1rbds et contre 3 tirs par rencontres. Il est meilleur défenseur en 2007 et meilleur contreur 3 années consécutives de 2006 à 2008. Seul Dikembe Mutombo a su en faire autant. 

Faute de résultat collectif, les Nuggz décident pourtant de transférer Camby qui se sent trahi. Marcus débarque à L.A chez les Clippers où il se décale en ailier fort à coté de Chris Kaman. Les Clippers sont encore "l'autre équipe de Los Angeles" à l'époque et malgré Baron Davis encore en forme, la saison est ratée, les Clipps ne vont pas en playoffs. 

En 2010, les Blazers sont victimes de la malédiction de Greg Oden et font venir Camby en envoyant Steve Blake et Travis Outlaw à L.A. Camby se restreint encore plus à son rôle défensif, il ne marque plus que 7pts par matchs mais assure toujours une dizaine de rebonds. Malheureusement, les blessures gâchent ses dernières années. Camby fait preuve d'une grande longévité dans la ligue en prenant sa retraite à 38 ans mais ses trois dernières saisons entre Houston, Portland et New York s'apparentent plus à un chemin de croix qu'une vie de basketteur.

 

Sylvain :  Rudy Gobert a toujours baigné dans l'univers du basket. Son paternel, Rudy Bourgarel, fut l'un des grands espoirs français dans les années 80. Du haut de ses 2m13, Rudy Sr quitte la France, à 19 ans, pour la NCAA et la fac de Marist. Là-bas, il évolue aux côtés d'un certain Rik Smits. Dans l'ombre du géant batave à ses débuts, il performe lors de son année junior avec 11 points et 7 rebonds par match. Mais, sa progression est stoppée nette : obligé de rentrer en France pour effectuer son service militaire, il abandonne son rêve de gloire aux Etats-Unis. Hanté par cette désillusion, Bourgarel ne confirmera jamais son énorme potentiel chez les pros en France, restant un éternel projet au Racing puis à Saint-Quentin.

 

C'est dans ce contexte que Rudy Jr grandit. A l'instar de son père, lui aussi, hérite d'un physique propice à la pratique du basket. A 9 ans, il fait ses gammes dans sa ville natale de Saint-Quentin puis au pôle jeunes d'Amiens dès ses 13 ans. Toujours à l'affût des jeunes talents, c'est le club de Cholet qui flaire en premier l'énorme potentiel de Gobert. Il rejoint le centre de formation des Mauges et connaît en cadet une forte poussée de croissance. Son physique hors norme commence à se dessiner. Il continue sa progression en décrochant en 2010, le titre de champion de France Espoir avec les choletais.

Dans la foulée, il intègre l'équipe de France U20 et participe activement à la médaille de bronze obtenue lors du Championnat d'Europe 2011 en tournant à 3,9 contres. Séduit par son profil, le coach Erman Kunter fait appel à ses services chez les pros. Rudy fait ses grands débuts en Pro A à 19 ans et apprend vite. Dès sa deuxième saison, il joue plus de 15 minutes avant d'exploser en 2013. Le choletais termine meilleur contreur de la Pro A (1,9 block) et s'affiche à 8.4 points. Des performances qui attirent forcément l'attention des scouts U.S. toujours en quête de big men.

 

Rudy se présente, donc, confiant à la draft 2013. Il est sélectionné au premier tour par les Nuggets à la 27ème position. Mais, il ne posera pas les pieds à Denver. Échangé contre Erick Green, il troque les Rocheuses du Colorado pour les montagnes de l'Utah. La hauteur, c'est justement ce qui a séduit le Jazz. Les 2m17 du français sont un pari sur l'avenir. Son année rookie, Rudy la passe entre la NBA avec un temps de jeu réduit (9 minutes de moyenne sur 45 matchs) et la D-League. A l'échelon inférieur, Gobert s'éclate : 13.9 points, 11.4 rebonds et 3 contres avec les Bakersfield Jam.

Le tournant interviendra la saison suivante avec la nomination du coach Quin Snyder en lieu et place de Tyrone Corbin. Le stratège mormon souhaite instaurer une défense de fer. Rudy a le profil idéal. Tout le contraire, du titulaire Enes Kanter qui est transféré en cours d'année à Oklahoma. Désormais, le champs est libre pour Rudy. Après la pause du All Star Game 2015, il bénéficie de 35 minutes de temps de jeu et devient le point d'ancrage de la raquette du Jazz. Ses 11 points, 13 rebonds et 2.5 blocks sur la seconde partie de saison, marquent les esprits. Les américains découvrent Gobzilla.

 

En 2015, Utah figure désormais parmi les outsiders à l'Ouest. La raquette Derrick Favors-Rudy Gobert ne fait plus rire personne. Hélas, cette saison sera émaillée par les blessures des cadres de l'équipe. Rudy n'échappe pas à cette série et rate plus de 20 matchs. Le tricolore progresse bien au niveau offensif (9.1 points), mais en l'absence de Rudy, la défense du Jazz devient poreuse. Utah échoue aux portes des playoffs avec une ultime défaite à L.A. lors du dernier récital de Kobe Bryant.

L'arrivée à l'intersaison 2016 de vétérans chevronnés comme Boris Diaw doit permettre à la franchise de passer un palier. Sur la première partie d'exercice, c'est bien le cas. La présence de Captain Babac à Utah galvanise Rudy. Mieux utilisé en attaque et en gros progrès sur pick'n'roll, il dépasse enfin les 10 points de moyenne (12.4 unités). Sur le mois de décembre, il atteint même 14.3 points à 77,8% de réussite ! Une performance qui le classe troisième joueur le plus adroit sur un mois, juste derrière Wilt Chamberlain. Plus régulier offensivement, il bat à trois reprises son record de points en carrière pour le porter à 27 points. De bonne augure pour la fin de saison des Mormons.

 

Résultats : 1-1. Pour les deux pivots, l'attaque n'est pas la priorité, ils sont présent lorsqu'ils le faut avec une dizaine de points de moyennes mais la défense reste leur point fort.

 

 

David : Plate-forme de son équipe, Camby était un pion essentiel de son équipe en attaque comme en défense. Capable de marquer sa dizaine de points par matchs, il laissait le rôle de leader offensif à d'autres mais se faisait particulièrement remarquer en défense. Contreur génial et capable de gêner les meilleurs pivots offensifs adverses, Camby prenait aussi énormément de rebonds.

Quand son pivot de 2m11 fait un pareil chantier contre les attaques adverses, difficile pour un coéquipier de ne pas être galvanisé. Camby mène son équipe par l'exemple en réalisant tout le sale boulot et en soulageant donc ses coéquipiers en défense tout en étant fiable en attaque avec 46% de réussite en carrière. 

Camby a réalisé 4 triples-doubles en NBA, tous avec 10 contres ou plus.

 

 

Sylvain : Si Gobert commence à s'épanouir en attaque, c'est bien défensivement que le français se distingue. Lorsque RudyCoptère sort les hélices, les contres pleuvent dans la peinture. Sa verticalité et son sens du timing en font un contreur hors pair, leader de toute la Ligue à l'heure actuelle avec 2.6 crêpes. Et lorsqu'il ne détourne pas la gonfle, The Stifle Tower barre le passage aux attaquants... une force de dissuasion à lui seul. L'an passé, les adversaires ne shootaient qu'à 41% face à ses tentacules, un must en NBA ! Rim protector par excellence, le coach Quin Snyder l'a bien compris et en a fait la pièce maîtresse de sa défense. A mi saison, le français est également en tête de la ligue pour le Defensive Rating et le Defensive Win Share, preuve de son impact sur les succès d'Utah cette année.

Le rebond est l'autre force de notre Rudy national. 7ème en 2016, il pointe son nez dans le Top 5 cette saison avec une moyenne de 12.5 prises. Incontournable sous l'arceau, Gobzilla est d'une régularité incroyable dans ce domaine, puisqu'il vient d'enchaîner 28 matchs avec au moins 10 rebonds (série en cours), un record de franchise.

 

Résultats : 2-1 pour Camby. Fort d'une longue expérience en NBA, Camby a eu plus le loisir de montrer qu'il pouvait être le patron de son équipe.

 

 

David : Le style de Camby est à montrer dans les écoles. Un peu léger en attaque tout en restant correct, Camby est un exemple en défense. Son placement est toujours parfait et il ne laisse jamais de répit à l'attaquant dont il s'occupe. Ses longs bras lui permettent de gêner et bloquer toutes les attaques adverses et sa vitesse, au meilleur de sa carrière, lui permettaient de revenir contrer en deuxième rideau les attaquants qui avaient percé. 

 

Sylvain : Encore un peu emprunté en attaque, il y a quelques mois, Rudy a indéniablement passé un cap cette saison. Plus confiant et plus posé balle en main, il fait désormais le nécessaire pour s'assurer des points faciles près du cercle. Le français maîtrise de mieux en mieux le bon tempo pour rouler vers l'arceau sur pick'n'roll. Ensuite, il utilise son immense envergure pour se débarrasser de son adversaire direct et asséner un dunk puissant. L'arrivée de Boris Diaw, expert en relation poste-pivot n'est sans doute pas étrangère à cette progression.

Adepte des travaux de l'ombre, Rudy excelle dans la pose d'écrans. Il est dans le trio de tête en NBA pour les screen assists, c'est à dire qu'il amène quasiment six paniers au Jazz grâce à ses écrans. Une efficacité qu'on retrouve dans sa sélection de shoots, puisqu'il émerge cette saison à plus de 66% aux tirs, se permettant même d'être leader au True Shooting Percentage.
 

 

Résultats :  3-2. Techniquement, comme en attaque, aucun des deux pivots ne prend réellement l'avantage sur son adversaire, un partout pour ce round. 

 

 

David : Camby est une bonne grande gueule comme on en fait plus. Il n'hésitait pas à se moquer des décisions de la NBA et des journalistes. Il ne comprenait pas quand il n'était pas appelé au All-Star Game malgré son impact et l'avait fait savoir. Pire lorsqu'il se retrouve meilleur défenseur de la ligue sans jamais intégrer le meilleur cinq NBA... chose qu'il trouve incohérente tant l'importance de la défense est énorme pour lui. 

Camby est tout simplement l'un des meilleurs pivots défensifs de l'histoire avec Dikembe Mutombo, Ben Wallace ou Alonzo Mourning. Bagarreur sur les parquets, trashtalker et capable de plusieurs mauvais coups, Camby n'est pourtant pas souvent impliqué dans des histoires extra-sportives... à une amende près pour possession illégale de stupéfiants.

 

Sylvain : En quatre saisons passées en NBA, Rudy s'est fait un prénom en NBA, là où son père avait échoué quelques années plus tôt. Le pivot du Jazz a su faire fructifier l'héritage familial et on ne voit encore que la partie émergée de l'iceberg. Gros bosseur et volontaire sur le parquet, il s'acquitte des tâches de l'ombre, sans jamais broncher... le role player par excellence indispensable à un collectif. Avec le déclin de la génération Parker, Gobert est amené à être l'un des cadres de l'équipe de France, en compagnie de Nicolas Batum et Evan Fournier.

En signant un contrat record en fin d'année dernière, Rudy sera le sportif français le plus payé l'été prochain. Mais pas de quoi se prendre la tête, le jeune homme reste discret en dehors des parquets. Fan de rap et de séries TV, il est également réputé dans la Twittosphère pour bloquer les comptes... un peu comme sur le terrain finalement.

 

Résultats : 3-3. La longue carrière de Camby lui donnerait l'avantage en terme d'impact mais on sent que Gobert et son début de carrière canon peut égaler l'aura de l'Américain. Comme l'extra-sportif entre en compte dans ce round, on donne le point à Rudy parce que la drogue, c'est mal !

 

 

David : Sans jamais avoir décroche le Graal, le titre NBA, Camby a brillé dans une ligue où la concurrence au poste de pivot était énorme. 4 fois meilleur contreur de la ligue, 2 fois dans la NBA All-Defensive Second Team et 2 fois dans la NBA All-Defensive First Team et Defensive Player Of The Year en 2007, Camby a assuré sa dose de titres individuels.

Collectivement, on ne peut pas vraiment railler Marcus qui est champion de division 2 fois avec les Knicks et 1 fois avec les Nuggets. Il atteint aussi les finales en 99 mais face à l'armada de Gregg Popovich avec Tim Duncan et David Robinson, il était difficile de boucler l'affaire. 

 

Sylvain : Côté récompense individuelle, Rudy n'en est qu'aux balbutiements de sa carrière. En attendant les futures nominations dans les cinq défensifs, il se console avec une sélection au Rising Stars Challenge en 2015. C'est dans l'Hexagone et sous le maillot tricolore que Gobert a récolté les trophées : Champion de France espoirs avec Cholet en 2010, médaillé de bronze lors du championnat du Monde en 2014 puis au championnat d'Europe en 2015... on rajoutera pour la route une Coupe de Picardie acquise en 2007 !

 

Résultats :  4-3 pour Marcus Camby, score final. Il est encore tôt pour Rudy pour se mesurer à Marcus. Encore une fois, ce duel est à l'avantage du joueur rétro qui a passé plus de temps en NBA et donc eu plus d'opportunités d'engranger des distinctions.

 

 

Article rédigé par Sylvain Hermer et David Kalmes
 

Episode 42 : Hedo Turkoglu Vs Nicolas Batum
Episode 41 : Andrei Kirilenko Vs Boris Diaw
Episode 40 : Patrick Ewing Vs Dikembe Mutombo
Episode 39 : John Stockton Vs Steve Nash
Episode 38 : Arvydas Sabonis Vs Marc Gasol
Episode 37 : Michael Redd Vs Kevin Martin
Episode 36 : Gary Payton Vs Chris Paul
Episode 35 Lamar Odom Vs Giannis Antetokounmpo
Episode 34 : Gilbert Arenas Vs James Harden
Episode 33 : Tim Duncan Vs Anthony Davis
Episode 32 : Rasheed Wallace Vs DeMarcus Cousins
Episode 31 : Special Halloween Gheorghe Muresan Vs Boban Marjanovic
Episode 30 : Tracy McGrady Vs Kevin Durant
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Episode 27 : Wilt Chamberlain Vs Shaquille O'Neal
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